| | | | L'attitude inepte : vilipender le progrès en brandissant les noms de la St Barthélémy ou de l'Holocauste. La seule régression qui vaille la peine d'être dénoncée est l'automatisme de la bonhomie. « Nous sommes automates dans les trois quarts de nos actions »*** - Leibniz – ce taux, aujourd'hui, décupla : « L'homme tourne à l'automate ; tout y sera, moins l'esprit ; cette loi est celle du troupeau »** - A.Suarès – ce qui t'échappa, c'est que l'esprit même, aujourd'hui, tourne au troupeau. Les cœurs y sont illégitimes, et les âmes - orphelines. | | | | |
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| | | | Le bien n'est jamais dans les buts - qui sont toujours louables. Il l'est encore moins dans les intentions - qui sont toujours hypocrites. Il est dans la nature des contraintes, que tu n'as même pas besoin de résoudre pour les accepter. « La grandeur de l'ame n'est pas tant tirer à mont, et tirer avant, comme sçavoir se circonscrire »** - Montaigne. | | | | |
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| | | | Pour réduire le litige entre le bien et le mal à une querelle de mots, je dirais qu'elle est dans le rapport entre l'éternel et le perpétuel. | | | | |
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| | | | Le mal, c'est le refus, par l'esprit, de lectures multiples ; mais même pris à la lettre, il est l'absurde assurance de la lecture phonétique des hiéroglyphes ou idéogrammes, confusion entre l'oreille raisonnante et le cœur résonnant. | | | | |
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| | | | La préméditation du mal cédant à l'automatisme du bien - les hommes y gagnent, l'homme y perd. | | | | |
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| | | | La confusion et l'hésitation accompagnent plus volontiers un geste de bien qu'une maligne visée. | | | | |
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| | | | Au-delà du bien et du mal, on tombe sur le bon ou sur le mauvais, ce qui est peut-être plus instructif mais moins constructif. Pour bâtir les châteaux en Espagne on a plus besoin de nuages que de briques. | | | | |
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| | | | C'est peut-être l'embarras infligé par l'idée de la pitié qui explique, que la tristesse se blottisse instinctivement en nous, tandis que la joie cherche à se répandre vers l'extérieur. Et comme l'écriture puise surtout dans l'au-delà de l'épiderme, elle est mieux pourvue en grimaces qu'en sourires. | | | | |
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| | | | Une belle sensation : tu te verses dans l'infini, c'est-à-dire, sans rien ajouter ni modifier dans une somme monumentale. Même une chute peut en être l'origine : « Qui tombe ne soustrait rien au Nombre sacré. La chute sacrificielle rejoint la source et y guérit »** - Rilke - « Wer fällt, vermindert die heilige Zahl nicht. Jeder verzichtende Sturz stürzt in den Ursprung und heilt ». Peu importe si c'est pour t'en réjouir ou pour « te tourmenter de visions infinies qui te dépassent » - Horace - « quid aeternis minorem consiliis animum fatigas ». Admirer l'horizon « assez vaste pour permettre de chercher en vain » (S.Beckett) ton regard délicieusement insignifiant. | | | | |
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| | | | La révolte du mal contre l'avoir avait engendré l'idylle socialiste ; celle du bien contre l'être - le souriant humanisme. De nos jours, les accointances du bien avec l'avoir et du mal avec l'être enfantèrent du monstre froid du libéralisme. | | | | |
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| | | | L'homme libre dénonce d'autant plus facilement la mentalité d'assisté, que la non-assistance à l'homme en détresse n'est un flagrant délit pour aucun code (on ne peut être pris que sur le fait). La pitié devint l'un des sentiments les plus honteux chez l'homme évolué. Chez le Français elle réveille du mépris, chez l'Allemand - de l'irritation, chez l'Anglo-Saxon - de l'indifférence sarcastique. | | | | |
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| | | | Dès que l'éthique prétend dicter le premier pas de l'esthétique ou de la mystique, l'inquisition ou le réalisme socialiste s'érigent en juges du mystère et du beau. Pas de cheminement dans le bien, pas de dynamisme, il n'est que dans le recueillement. Et si le mal n'était que dépassement du purement potentiel ? – « le mal devient vraiment mal dans la mesure, où il sort du potentiel » - Schelling - « das Böse ist nur bös, inwiefern es über die Potentialität hinausgeht ». La beauté ou le mystère se révèlent, le bien se laisse crucifier sans compter sur l'interprétation de ses stigmates. | | | | |
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| | | | La vraie pitié est indissociable du sentiment de sa propre honte, sans laquelle elle n'est que de la sensiblerie. Dans l'action, la honte est de la juste pudeur, et dans la réflexion – de la justice pudique ; et puisque les deux seuls dons que Zeus voulut répartir équitablement parmi les hommes furent la justice et la pudeur, la honte est primordiale, pour que le feu humain de Prométhée ait une coloration divine. « La vertu supérieure n'est pas vertueuse, la vertu inférieure ne quitte pas la vertu »** - Lao Tseu. | | | | |
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| | | | Le bien simplifie, le mal complexifie. C'est pourquoi il y a plus de diables que d'anges. | | | | |
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| | | | Tu n'effaces pas le mal d'autrui par du bien. Mais par le mal, tu effaces ton propre bien. Laisse le bien rêver au fond de ton âme, et ne le réveille pas pour le confier aux bras : « On ne peut libérer le Bien, sans libérer le Mal »* - Baudrillard. | | | | |
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| | | | On passe dans le camp du mal, chaque fois qu'on préfère au rêve – un acte : « Les bons sont ceux qui rêvent ce que les méchants font »** - Platon. Nous sortons tous ex-æquo de l'épreuve des actes ; c'est le rêve qui, seul, nous fait pressentir la troublante présence du bien, au fond de notre moi immobile. | | | | |
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| | | | Non seulement le faire, mais déjà le dire, nous expulse du royaume du bien, pour nous livrer au mal ; le bien appartient à l'écoute, au silence, à la contemplation ; c'est le bien qui est condamné à rester secret et ne relever que du mystère ; penser le contraire est bête : « Le Bien a pour vocation de se dire ; le Mal est lié au secret » - Mishima. Pas de dit sans dédit, pas de fait sans méfaits. | | | | |
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| | | | La destruction relève du bien, car elle innove, donc elle nie. Le maintien et la consolidation sont des mérites du mal qui préserve ce qui est acquis. La femme serait donc plus près du mal que l'homme. | | | | |
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| | | | La bonté est la faiblesse des hommes de cœur, la méchanceté est la force des hommes sans cœur. Préférer l'optimisme de la faiblesse au pessimisme de la force. | | | | |
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| | | | Pensée sans regard de la charité est demi-pensée. Charité sans analyse de la pensée est charité double. | | | | |
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| | | | Tenir au soi, connu et bien enraciné, c'est végéter. On gagne en vitalité, quand on suit l'appel du soi, inconnu et déraciné. Au lieu d'un arbre, te voilà un oiseau. Se faire partie de quelque chose qui est plus évolué que les deux soi, et qui est prêt à t'accepter pour frère. | | | | |
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| | | | Ne regrette pas de ne pas t'appartenir. Regrette de ne pouvoir te donner. | | | | |
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| | | | Tu cesses d'être ton toi (ou deviens plus que toi-même), dès que tu produis un mot ou une note qui ne découlent de rien (le moi n'a ni paroles ni notes) et qui émeuvent les autres. C'est pourtant le seul moyen de manifester que tu restes toi-même. Ces signes naissent près de ce point ineffaçable en toi, que n'atteignent ni les chaînes ni les courants. | | | | |
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| | | | Que j'envie celui qui est guidé par une étoile, dont la lumière atteigne la surface de sa vie et fait voir au chanceux la hauteur d'un présent vivable. La platitude de l'avenir et la profondeur du passé sont de mauvais séjours : « Celui qui est attaché à une étoile ne se retourne plus » - de Vinci - « No' si volta chi è fisso a una stella ». | | | | |
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| | | | La veille : l'angoisse du cœur et la paix de la tête. Le sommeil : la révolte de la tête et la charité du cœur. Bercées par la mort dans l'âme. | | | | |
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| | | | Le Bien ne se manifeste que dans le Beau. Le Vrai maintient la forme du Beau. Le Bien en sacre le fond. « Le beau, que tu es proche du bon ! »** - B.Jonson - « How near to good is what is fair ». | | | | |
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| | | | Deux attitudes également inacceptables : coller, avec certitude, des étiquettes du bien ou du mal sur tout geste ou ne pas croire à l'opposition du bien et du mal. Agir, c'est labourer ; dormir, c'est libérer. Le besoin de garder secret le bien n'est que l'aveu de lucidité remarquant une strate du mal dans toute couche retournée du bien. | | | | |
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| | | | Ne s'intéressent au bien des hommes ni ne le recherchent que les régimes tyranniques. Ce qui engendre un mal si cyclopéen, que pratiquer un bien secret et personnel devient accessible même aux indifférents. | | | | |
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| | | | Jadis, pour être juste il fallait être bienveillant ; aujourd'hui, il suffit d'être bienveillant pour être injuste - l'impartialité est le sens de la justice des machines. | | | | |
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| | | | Ils voient la racine du mal dans le mensonge, dans le trucage, dans l'irrationnel. Tandis qu'il envahit le vrai, le translucide, le raisonnable. Le mal est vraiment radical (« das radikal Böse » de Kant), et la racine s'appelle (tout) acte (et le poing nu y est aussi pernicieux que la technique, dans laquelle Heidegger place son mal radical à lui, semblable à Sartre ou aux Orthodoxes, avec leur manque d'être, en tant qu'origine du mal, à rapprocher de l'oubli de l'être). Et aucun péché originel n'en couvre la moindre parcelle ; le seul palliatif étant agir, les yeux et l'âme éteints. | | | | |
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| | | | L'explication de la paix d'âme du salaud d'aujourd'hui : contrairement aux époques précédentes, il ne voit plus les bleus, plaies et bosses de ses victimes. Le bâton pesait sur la conscience beaucoup plus que papier et cartes de crédit. « La conscience tranquille nuit à la santé de l'âme » (Euripide) et finit par l'étouffer. | | | | |
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| | | | On comprend l'homme par sa réaction face à une hyène égorgeant une gazelle. Trois familles se présentent : justifier, maudire, faire confiance à la vie - réalistes, humanistes, ironistes. | | | | |
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| | | | L'imbécile de demain dira de plus en plus souvent - je veux comprendre, le médiocre - je peux faire et le sage - je dois me taire. | | | | |
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| | | | Les frontières entre l'actuel et le virtuel s'estomperont dans le siècle à venir. Dans un musée, on vous fera voir des idées, des mots ou des images, que cultivaient des siècles bornés par la souffrance, le doute et l'arbre. La transaction et l'interaction évinceront définitivement le vol et le don, le poing et la larme. | | | | |
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| | | | Quand il n'y aura plus de pollution matérielle, les belles âmes s'en prendront à la pollution verbale. Toute personne, employant des expressions non-traduisibles immédiatement par des machines, verrait chuter ses chiffres de vente. | | | | |
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| | | | Il ne faut pas penser, que les amputés du sens de la honte soient des cyniques ; le plus souvent ce ne sont que des innocents - et si c'était la même chose ? - le vrai casse-tête ! | | | | |
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| | | | Impossible de mettre les ailes au service de nos exercices de reptation terrestre. Sur Terre, l'aile pèse et freine ; dans l'air, étouffe la gravitation. | | | | |
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| | | | Défendre le faible au nom des valeurs du fort - telle est l'attitude confortable des intellectuels d'aujourd'hui à indignation facile. Je suis pour le noble, à résignation difficile, et qui est toujours un faible et qui méprise la morale du fort. | | | | |
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| | | | Signe d'artiste : fuir la paix, chercher le cygne à protéger ou l'hydre à abattre. Sans combat, tu es machine ou macchabée déambulant. La vie est un miroir de nos solitudes ou un mouroir de nos attachements. | | | | |
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| | | | Comme la poésie nous soulève par son inspiration de l'inexprimable, le bien nous touche par la conscience de sa propre impossibilité, ou plutôt de celle d'émaner de nous-mêmes : « le bien réel ne peut venir que du dehors, jamais de notre effort » - S.Weil. | | | | |
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| | | | Le bien imaginaire est incolore, le mal imaginaire est plein de couleurs. Le bien réel est inépuisable, le mal réel est creux. Comment être sincère dans une pièce d'imagination ? | | | | |
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| | | | L'éthique n'échappe à l'ironie que par ses moyens esthétiques. L'esthétique ne peut s'appuyer sur l'ironie que si elle se donne des fins éthiques. | | | | |
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| | | | Ni le beau ni le vrai n'ont de contraires intéressants ; ils n'ont que des complémentaires, tels ennui ou rêve ; de même, le bien se complète par l'ironie, et puisque le bien est divin, on est tenté d'attribuer l'ironie – au Satan ; j'ai beau chercher ceux qui maîtriseraient les deux, je ne trouve que Dostoïevsky. « Notre Démon est à la mesure de notre Ange » - Jouhandeau - la formule ne s'applique qu'à ceux qui connurent la souffrance ou la pureté ; elle exclut le repus de la terre. | | | | |
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| | | | Le sens de la pitié commence par le renoncement à l'ambition, c'est pourquoi les femmes ont la dent moins dure que les hommes. Le sens du beau commence par le visage de femme, c'est pourquoi il y a si peu de femmes-artistes et pourquoi, pour certains, la vérité occidentale est dévoilement d'Orientales. | | | | |
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| | | | En politique, le cœur est toujours à gauche, la raison - à droite. La pitié vient du cœur, la justice - de la raison. La honte qui t'empêche d'encenser le berger lauré, la haut-le-cœur qui te retient de vanter le mouton ruminant les lauriers. Qu'il est ennuyeux de porter la cervelle du loup et la tendresse de l'agneau ! | | | | |
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| | | | Pour nous blesser, on vise, en nous, ce qu'on voit. Ne montre donc pas ce qui ne défie personne : ton cœur, tes ailes. Et qu'on ne voie que tes mains et pieds. | | | | |
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| | | | Les hommes de demain seront de trois castes : développeurs, exécutants, marchands. Les décideurs d'aujourd'hui deviendront tous marchands, les chercheurs - développeurs, les artistes et les incapables - exécutants. | | | | |
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| | | | Dans le monde futur, il n'y aura pas de contraintes morales, chacun consacrera, librement, au moins 7% de ses revenus aux œuvres de charité, ne demandera jamais plus de 3% d'intérêts sur les prêts octroyés à ses enfants et versera des sommes correctes sur le compte de sa mère renvoyée dans un mouroir. « Une nouvelle base du 21-ème siècle – une nouvelle responsabilité de chaque dollar » - Obama - « A new foundation for the 21st century - a new sense of responsibility for every dollar » - de siècles de l'art au siècle-dollar. | | | | |
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| | | | La grandeur, dans ce monde, est sans pitié, et la charité - sans grandeur. La sagesse du serpent ne sait plus s'entendre avec la pureté de la colombe. L'homme libre, cet esclave-maître, prit parti pour le mal. « L'homme de bien est libre, même s'il est esclave ; l'homme mauvais est esclave même s'il est maître » - St Augustin - « Bonus etiam si serviat, liber est ; malus autem si regnat servus est ». | | | | |
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| | | | La hauteur du goût, la largesse du geste, la profondeur de la parole ne devraient pas être dictées par le cadre de ta vie. Parfois, en changeant celui-ci, on arrête, par le même, la générosité du riche, l'appel à la justice de l'esclave, le panache du poseur. | | | | |
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| | | | Tantôt il faut se laisser guider par l'origine du premier pas, tantôt par le barycentre des contraintes, tantôt par l'épicentre des buts. Et non par la circonférence de la galerie. | | | | |
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| | | | Une larme, dans laquelle se déforment les lignes et les choses, inspire plus de grandes divinations que les lentilles grandissantes de la praxis. | | | | |
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| | | | L'homme de troupeau, c'est l'homme fort ; la pitié reste l'apanage de l'homme noble en déroute ; les valeurs sans prix ne gagnent rien dans une transvaluation ; l'intelligible est un matériau de l'art plus souple que le sensible - quand on comprend tout cela, on ne garde de Nietzsche que ses métaphores et l'on jette sans regret, à la poubelle, ses pensées. | | | | |
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| | | | On s'aperçoit un jour, que tout ce qui est perfectible en l'homme n'est que secondaire. Et que l'essentiel est incorrigible et immuable. On abandonne, avec regret, Tolstoï et se joint, à son corps défendant, à Dostoïevsky. | | | | |
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| | | | Derrière le mal tu ne vois aucun visage, tandis que tout bien cherche à se loger dans un sourire familier. Le diable, c'est l'anonymat des hommes, le diable n'existe donc pas ; Dieu, c'est le désir de confier ta joie aux yeux chers, yeux absorbant ton regard. | | | | |
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| | | | En quête du sens de la vie, tous les hommes se retrouvent plus ou moins aux mêmes horizons. La vraie différence réside peut-être non pas dans les itinéraires pressentis mais dans les sens qu'on étouffe pendant le parcours. Les plus prometteurs, pour que l'on puisse prétendre à la droiture et au souffle égal, paraissent être la honte et la pitié. | | | | |
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| | | | L'ignorance présente toujours des signes extérieurs du mal (et un intérieur sain et vide), le savoir en porte des tumeurs intérieures (et un extérieur plein et livide). La sottise étouffe la honte, l'intelligence la camoufle. | | | | |
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| | | | De l'influence néfaste de la langue sur l'éveil du sens moral : en français, il n'y a pas de mots non ambigus pour désigner le bien et le mal. Bien manger et avoir mal aux dents occultent ce que voient si nettement Allemands et Russes. | | | | |
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| | | | L'esprit a sa source dans la culture, le rêve - dans la nature, mais le bien ne réside ni dans la nature ni dans la culture, c'est un intrus de la fête de l'homme, un exilé dans la patrie des hommes. | | | | |
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| | | | Ce temps béni, où la graisse, en leur montant à la tête, irriguait, en passant, le cœur ! Aujourd'hui, la graisse se dépose directement dans les têtes, et le cœur s'enfonce dans un régime sec. | | | | |
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| | | | Nos symboles animaliers du bien et du mal, agneau ou hyène, sont trop criards et banals. Chez les Hindous, le cygne ou la vache intriguent davantage, le premier interprétant le mal et la seconde incarnant le bien. | | | | |
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| | | | Le mal - tout ce qui m'oblige à lutter (même le doux Jésus m'y invite : « que celui qui n'a point d'épée vende son vêtement et achète une épée », par la voie de Mercure, de surcroît ! Et que ce décembriste, ami de Pouchkine, y est plus chrétien : « Nos mains cherchèrent l'épée et se trouvèrent chargées de fers » - « К мечам рванулись наши руки, и лишь оковы обрели »). Le bien - tout ce qui me rend capable de fidélité ou de sacrifice. Et l'intersection n'est jamais vide. Le sacrifice se prouve par détachement du visible, la fidélité - par attachement à l'invisible. | | | | |
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| | | | Ils sont tellement habitués à se laver les mains qu'ils oublient d'avoir une sale conscience. | | | | |
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| | | | Être au-delà du Bien et du Mal paraît - à Nietzsche et à Valéry - être la condition de la liberté. C'est une liberté qui est déjà à portée des meilleures des machines. L'esclavage du rouge au front ne se programme qu'en deçà de l'homme. | | | | |
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| | | | L'horreur de notre époque : la haine n'emplit que des âmes incapables de pitié pour le faible ; la pitié ne visite que ceux qui sont incapables de haine du fort. | | | | |
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| | | | Un goût ne peut pas être parfait sans l'ironie, cette arme du vaincu ; une âme ne peut pas être haute sans l'élan de la pitié pour un malheureux plus pur que toi. Valéry, qui ne fut jamais meurtri ni n'eut d'amis en ruines, reste affreusement incomplet. | | | | |
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| | | | Aux yeux des autres, la hauteur s'associe avec ce qui est cruel et la goujaterie - avec le débonnaire. Tandis qu'à leurs propres yeux le hautain défait et honteux se morfond sur un banc des accusés et le mufle triomphant s'érige en procureur ou juge, ignorant la pitié. | | | | |
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| | | | Les scélérats oublièrent le remords ; il ne travaille plus que les purs. | | | | |
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| | | | L'homme parfait : une fusion entre Rousseau (la pitié de l'homme naturel) et Cioran (l'ironie de l'homme inventé). Les grands imparfaits : Nietzsche – le faible sans pitié, et Valéry – le fort sans ironie. | | | | |
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| | | | La bonne pitié ne cherche ni à consoler ni à comprendre, mais à vivre en exalté l'absence de remèdes. | | | | |
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| | | | Presque malgré moi je suis réduit à l'état, où je ne peux plus nuire à personne, à l'état d'innocence ; et je découvre, que l'innocence est le boulet le plus sûr pour nous attacher au banc des accusés. | | | | |
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| | | | Le bien ne survit pas à son cocon originel de rêves ; éclos en chrysalide de reptation, il se métamorphose en répugnant parasite d'actes. Rêver, c'est renoncer à l'irréversible. | | | | |
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| | | | Un Asiatique disait, que l'univers se produisait par le bien, l'obscurité et la passion. Je me demande si ce n'est pas la même et unique chose. Cela dit, les trois s'opposent à la machine et la défient. | | | | |
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| | | | Pourquoi n'y a-t-il ni Gnose de la laideur ni Gnose de la sottise comme il y a une Gnose du Mal ? La rancune serait-elle plus vivace que la nausée ou le dédain ? | | | | |
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| | | | Le bien n'est peut-être que sym-bolique, l'Un platonicien ; c'est dans le multiple, le dia-bolique, que s'incarne le mal. La parabole va au symbolique, l'obole sied au diabolique. C'est pourquoi l'inventeur de nouvelles variables – le créateur d'inconnus de Nietzsche - cherche dans l'unification un rachat ou un équilibre. « L'harmonie est l'unification, la pensée commune de ce qui pense séparément » - Pythagore. | | | | |
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| | | | Le mal se faufile, se colle à toute tentative de faire le bien, telle une ombre. Et l'on cherchera à se détacher des choses pour rester pure lumière, pour être le bien. | | | | |
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| | | | Les dogmatiques de tout poil pensent que, en agissant, ils engendrent soit le bien soit le mal ; la-dessus, ils suivent, étourdiment, le mal-inspiré Platon : « Les bons sont causes du bien, hors de cause pour tout mal ». On peut être dans le bien, jamais – le faire. | | | | |
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| | | | La pitié, aux yeux de l'homme moderne, désigne un faible, et son inquiétante hantise, c'est d'en faire partie. Il préfère la justice du robot à la pitié de l'homme. | | | | |
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| | | | Je préfère la pitié, fibre tendue par un appel intérieur, à la compassion, flèche fixée sur sa cible. Jaillissement d'une source vitale ou adaptation au relief aléatoire. | | | | |
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| | | | Aujourd'hui, c'est un robot qui t'accorde l'aumône. Le salut du mendiant suivit le progrès humain : la pitié, la lâcheté, la mécanique. | | | | |
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| | | | Quand ton âme fait taire tous les motifs, le bien apparaît comme tentation et même chute (« La tentation est pire que le meurtre » - le Coran). Tu te mets à douter de l'origine des ailes qui cachent ta honte. Tu te mets à douter de l'origine des ailes qui cachent ta honte. Tu apprendras à porter ton âme en écharpe. | | | | |
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| | | | Il est si facile, aujourd'hui, d'être juste qu'on en oublie d'être bon - c'est à cela qu'aboutit « être bon est chose facile, le difficile c'est d'être juste » - Hugo. | | | | |
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| | | | Ce qui me rendit le bien sujet digne de curiosité, c'est l'unique cafouillage, chez les sages, pour le définir : « la connaissance des choses » - Sénèque ; « ce qui est utile » - Spinoza ; « ce qui élève et valorise » - Goethe. Mais je ne peux pas le voir comme « ombres furtives, accablements humides, nuages fugitifs » - Nietzsche - « Zwischen-Schatten, feuchte Trübsale, Zieh-Wolken ». | | | | |
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| | | | Le vrai ne se juge qu'en profondeur - d'où le peu d'intérêt que je lui porte. Le beau m'emballe par la hauteur - d'où mon prurit aux épaules. Mais le vrai casse-tête, c'est le bon, qui ne convainc que par l'absence de toute épaisseur, de toute propagation, tout en étant à l'opposé de la platitude et de la clôture, c'est un Ouvert vivant de ses limites inaccessibles. | | | | |
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| | | | Dieu créa le remords, pour nous donner le rêve des défaites ; les hommes créèrent le repentir, pour que nous rebondissions vers une promesse de victoire. | | | | |
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| | | | Ils pensent, que le mal vient de la faute, tandis qu'il vient beaucoup plus souvent de la certitude d'être immunisé contre elle. L'innocence ou la perfidie produisent le même taux de forfaits (les premiers passant du rêve à l'acte, les seconds dotant l'acte – de rêve). « Justifier à moi-même mes propres actions – dernière infirmité du mal »** - Byron - « To justify my deeds unto myself, the last infirmity of evil ». | | | | |
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| | | | Ils attribuent aux autres la volonté de faire le mal et se bercent de la certitude de ne pas vouloir en faire eux-mêmes. Des âmes malivoles (Rabelais) n'existent pas. Le mal est dans la fusion même du vouloir et du pouvoir (appelée souvent – ô ironie ! - le devoir), et l'ultime chance du bien étant une barrière étanche entre eux. | | | | |
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| | | | L'origine du mal – l'objet de ta bonne action n'est jamais le bon ; et non pas à cause de ta faiblesse ou hypocrisie, mais parce que le bien est sans objet ; le mal, c'est ton choix de l'objet qui porterait le bien. Le bien commence par l'invisibilité du choix initial et l'illumination de la fin. | | | | |
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| | | | Une source certaine du mal – la justification de l'acte par le motif ou par la finalité. Pourtant, c'est dans le motif (sub ratione boni, ex integra causa) ou dans la finalité (ad finem) que se trouve la seule possibilité du bien. Le bien serait-il pure potentialité, et le mal – son développement toujours intempestif ou défectueux (ex quovis defectu) ? « Toute action est a-morale par définition » - H.Arendt. | | | | |
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| | | | Le mal éthique, comme la barbarie esthétique, ont pour origine l'application de la facilité de la vérité à la déraison du bon ou au chaos du beau. La préférence du littéral au figuratif. « Le littéral, c'est le barbare » - Adorno - « Das Barbarische ist das Buchstäbliche ». C'est quand on arrive à vivre de métaphores qu'on devient homme de bien. | | | | |
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| | | | Le mal n'est jamais dans une déviation, ni dans l'existence du chemin ni dans ses provenances ou destinations, - mais dans le cheminement même. À moins que le départ réel des pieds ne serve qu'à entretenir l'exil immobile et virtuel de l'âme : « Les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent pour partir » - Baudelaire. | | | | |
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| | | | Tu es à l'œuvre du mal, dès que tu te sens débarrassé de la honte. Mais même la conscience d'être en faute, face à l'omniprésence du mal, n'est guère un antidote. Le mal se faufile dans toute œuvre du bien comme le terrible précède le beau. | | | | |
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| | | | Pour te mettre à rêver, ne laisse pas ta nuit de Walpurgis se transformer en nuit d'orgie. | | | | |
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| | | | Le mal : avoir la liberté de traiter son prochain en créature divine et le traiter en robot ; le bien : avoir la liberté de traiter son prochain en robot et le traiter en créature divine. | | | | |
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| | | | L'effroi, le jour où tu te diras : il ne reste plus un SEUL beau livre, que tu n'aurais pas encore lu ; et la conscience, jusqu'à présent étouffée par la bonne lecture, qui se remettra à te tarauder de plus belle. « De bons livres plus une conscience en paix, voilà la vie idéale » - Twain - « Good books and sleepy conscience : this is the ideal life ». | | | | |
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| | | | Plus stoïque est ta sérénité face au mal, plus ironique est ton « angoisse devant le bien » (Kierkegaard) | | | | |
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| | | | Au-dessus du bien et de la liberté de le choisir (« Dieu n'a point fait l'homme droit, mais capable d'être droit » - St Augustin - « nec Deus fecerit rectum hominem ; sed qui rectus posset esse ») est la miraculeuse faculté d'y prêter attention, faculté qui s'appelle conscience. | | | | |
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| | | | Chez les Grecs et les Russes, le beau et le bon se fusionnent aussi étroitement que, chez les Romains et les Français – le beau et le vrai (le compromis entre les deux serait une philocalie, l'union des trois). Le mot de Dostoïevsky : « Le monde sera sauvé par la beauté » - « мир спасёт красота » - mènera les premiers vers la bonté et les seconds – vers la vérité : « Ce qui s'y présenta comme une beauté s'avérera vite une vérité » - Schiller - « Was wir als Schönheit hier empfunden wird bald als Wahrheit uns entgegengehn ». | | | | |
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| | | | Le vrai appartient à la raison ; le beau réside dans l'âme. Mais nos rapports avec le bien se forment à travers l'un ou l'autre : « le beau est un enjeu terrible ; pour le gagner le diable défie Dieu, et l'âme humaine est ce champ de bataille » - Dostoïevsky - « красота страшная вещь, здесь Бог с диаволом борется, а поле битвы - сердца людей ». | | | | |
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| | | | Les balivernes nietzschéennes sur le surhomme et sur la volonté de puissance proviennent de sa méprise : il prit la recherche de la vérité – effectivement, une manie des sots ! – pour la morale (qui suppose le respect du faible et le sacrifice par le fort). Heidegger, en n'y voyant que la machine, fut plus lucide : « La vérité de l'être revendique le sacrifice de l'homme » - « heidegger » - de deux concepts cadavériques résulte ou, plutôt, surgit le geste vital, le sacrifice, ce concept vital appelant, en général, au renoncement du geste ou même au suicide en musique : « La mort est la hauteur insurpassable de la vérité de l'être dans le chant du monde » - Heidegger - « Der Tod ist das höchste Gebirg der Wahrheit des Seyns im Gedicht der Welt ». | | | | |
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| | | | Nous avons peut-être deux âmes : une forte et héroïque, sachant faire des sacrifices, et une faible et sainte, osant la fidélité. Elles auraient deux canaux d'échanges : l'ironie face à la force et la pitié pour la faiblesse. « Dans la pitié, l'âme forte sacrifie à l'âme impuissante sa supériorité » - O.Spengler. | | | | |
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| | | | Sur la balance du bien et du mal, la conscience est son point d'appui ; plus elle tend vers le bien, plus d'effet prend le levier du mal et plus chargée doit être l'extrémité du bien pour espérer un équilibre. | | | | |
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| | | | La beauté n'est pas une lumière mais déjà une réfraction par le prisme de notre âme ; le retour aux sources n'a pas de sens. Le mal n'est qu'une zone virtuelle du spectre d'une lumière des actes ; avec un prisme exigeant, tu arriveras toujours à l'afficher sur l'écran de ton âme, quel que soit l'acte. | | | | |
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| | | | En dehors des cas pathologiques, le choix entre le bien et le mal, avant l'action, ne se pose quasiment jamais. Ce n'est pas le choix, mais la sensibilité au problème même du mal, qui désigne l'homme du bien : savoir déceler, après toute action, le fil du mal qu'elle produisit ou introduisit. Le mal, c'est la manipulation, « le bien, c'est la manifestation » - Kierkegaard. | | | | |
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| | | | Aucune relation entre ta (non-)participation à l'œuvre du bien et l'intensité de l'angoisse qui t'étreint. La gratuité du bien est absolue. L'être y est plus près de la source mystique que le devenir : être bon y est la seule solution du problématique faire le bien. Certains prêtent au Christ (à travers Nietzsche) cette belle parole : « Pour être bon, il suffit d'être faible »*** (Enthoven). | | | | |
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| | | | Cette sotte fiction : l'âme humaine déchirée entre Dieu et Satan ; le vrai déchirement – trouver satanique toute action s'inspirant de la pensée tournée vers Dieu. Il n'y a pas de Satan, il y a inaccessibilité de Dieu par l'action. Voir le Satan, c'est manquer d'ironie qui en confirme l'inexistence : « L'ironie est un trait d'esprit qui dévitalise la réalité du mal » - Baudrillard. | | | | |
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| | | | De l'irréductibilité des sens : dans le bien, le beau ne doit jouer aucun rôle ; dans le beau, il faut aller au-delà du bien. La pitié est la valeur extrême du bien, il faut donc aller même au-delà de la pitié, devenir impitoyable – tel est le message – nullement anti-humaniste ! – de Nietzsche ! | | | | |
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| | | | Le sot pense être capable d'être bon et juste ; le sage comprend, que l'existence même des sens de bien et de justice en prouve la tragique inaccessibilité. Fausse espérance et vrai désespoir. Épicure n'y a rien compris : « Le juste reste hors inquiétude ; tandis que l'injuste en est frappé au plus haut point ». C'est la montée du rouge au front qui te fait sentir la proximité de la justice : « Plus je suis juste et plus je suis coupable » - Levinas. | | | | |
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| | | | Le mal se nourrit de toute action ; le seul moyen de l'épuiser est de ne jamais lever le bras. L'homme est à l'opposé de Méphistophélès (« Une partie de cette force qui veut toujours le mal, et fait toujours le bien » - « Ein Teil von jener Kraft, die stets das Böse will und stets das Gute schafft ») - il est l'un irréductible qui, en même temps, veut le bien et fait le mal. | | | | |
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| | | | Le mal n'est jamais ni un sujet ni un objet, il est un immédiat complément d'action voulu par un verbe par trop transitif et pas assez réflexif. | | | | |
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| | | | La sublimation du mal, par le ton de ton verbe, ne le ramène pas au royaume du bien : la profanation du bien, par l'action de tes bras, l'entache du mal indélébile. La sublimation est une opération d'esthétique et non pas d'éthique. | | | | |
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| | | | Que ton cœur soit plus près du plus faible ; que ton esprit ne défie que le plus fort ; que ton âme ne s'attarde en aucune compagnie et reste seule et désarmée. | | | | |
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| | | | Cloué au banc des accusés, je ne perçois pourtant aucun juge ; ni le réquisitoire de Dostoïevsky ni la plaidoirie de Nietzsche – « qui a le droit de juger ? » - ne me concernent ni ne m'intéressent. « La réflexion éthique a la primauté sur la réflexion ontologique en nous dédiant à cet autre en qui Dieu se révèle, en tant que déjà coupables » - Levinas. | | | | |
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| | | | Le sens du bien, c'est le sens de la honte : proclamer l'innocence du devenir, c'est avouer le vide de l'être. | | | | |
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| | | | Le bon et le juste ne sont que d'arbitraires et relatives projections des absolus Bien et Justice. Et Maître Eckhart y est étonnamment bête : « La bonté s'engendre dans le bon, et cela est également ainsi du vrai et de la Vérité, du juste et de la Justice, du sage et de la Sagesse » - « Die Güte zeugt sich in dem Guten, das gilt auch ebenso von dem Wahren und von der Wahrheit, von dem Gerechten und von der Gerechtigkeit, von dem Weisen und von der Weisheit ». | | | | |
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| | | | L'état de compassion est signe de maturité de l'âme. Mais ce qui m'intéresse le plus, c'est quelle en fut l'avant-dernière saison ? Le remords, l'angoisse, la toquade ? Et c'est ainsi que l'amour s'appellera pénitence, faiblesse ou force. | | | | |
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| | | | L'être débute avec la honte de la faute originelle (« Au fond de l'être de l'étant se trouve la faute » - Jaspers - « Seiendes ist im Grund seines Seins schuldig ») ; versé dans le devenir, il se mute en destin (« Le destin est la vocation du vivant pour la faute » - Benjamin - « Schicksal ist der Schuldzusammenhang des Lebendigen ») ; ce qui me gêne dans le devenir, c'est son innocence (« Unschuld des Werdens » - Nietzsche). | | | | |
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| | | | Il n'y a pas de combat entre le bien et le mal ; c'est le combat qui est le mal. | | | | |
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| | | | Le bien est intouchable ; aucune réflexion, et encore moins, aucun acte ne t'en approche. Le mal est fait dans les mêmes proportions par des éclairés et par des ignares, par des agités et par des fainéants. Et Arendt a tort : « La triste vérité, c'est que le plus de mal est fait par ceux qui ne se posent jamais la question du bien ou du mal » - « The sad truth is that most evil is done by people who never make up their minds to be good or evil ». | | | | |
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| | | | Être conscient du mal : savoir, que dans tout ton arbre, héraldique, idéel ou gestuel, se niche un serpent ; et tu ne sais jamais si, pour te tenter, il te tendra un fruit, une fleur ou une ombre. En l'attendant, que l'espérance s'occupe de ton arbre : « Si ton arbre reste verdoyant dans ton âme, un chant d'oiseau y naîtra peut-être » - proverbe chinois. | | | | |
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| | | | Le bien est essentiel, car il n'a pas de contraire (et Plotin y jongle mal : « il est nécessaire qu'il y ait des maux, s'il faut qu'il y ait quelque chose de contraire au Bien », tout en étant, ailleurs, meilleur logicien que Sartre : « l'être n'a pas de contraire »). Le mal naît du changement de lieu d'exercice, lorsque, au lieu de jaillir au cœur, la source du bien se met à emporter le bras. | | | | |
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| | | | Le bien est faux s'il est cause, le mal est vrai s'il est effet d'une action. Maintenant vous savez ce que veut dire : « Tous les faux biens produisent de vrais maux » - proverbe chinois. | | | | |
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| | | | Tu te projettes vers l'extérieur – tu es inondé de honte ; tu te recroquevilles à l'intérieur de ton âme – tu y bois la pureté. De la rencontre entre ces deux regards naît la sagesse ; Platon se montre myope en opposant le philosophe aux coupables et aux âmes saintes. | | | | |
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| | | | L'action, dans la sphère du bien, est comme l'observateur, dans un microcosme, - elle perturbe la bonne mesure. Une fois débarrassé de cette gangue, on pourra dire, que « de toutes les choses, la plus exacte mesure est le Bien » - Aristote. | | | | |
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| | | | Réévaluer n'est pas renommer (umwerthen – umnennen de Zarathoustra) ; un nouveau langage est changement de modèle, beaucoup plus que de vocabulaire. La raison accepte facilement la mutation du vrai en faux, par une substitution de langages ; mais le cœur s'insurge lorsqu'on procède de la même manière avec le bien et le mal. Pourtant, l'analogie est irréfutable. C'est que la raison est plus près du langage temporel et le cœur – de l'interprète intemporel. | | | | |
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| | | | Dieu créa l'axe du bien sans en fixer ni le point zéro ni l'unité de mesure ; reconnaître l'inquiétante mobilité de ces deux paramètres est signe de la liberté et de la noblesse d'un homme, mais c'est ce qui le prive et de la paix d'âme et de la sérénité d'esprit. Le sot soit encense un bien absolu soit fustige un mal absolu, tandis que n'est absolue que l'existence de l'axe. Aucun repère n'éloigne définitivement ton acte de la proximité axiale du mal. | | | | |
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| | | | Un homme fort et sociable prônant la morale nietzschéenne ne peut être qu'un salopard ; elle n'est noble que chez ceux qui, comme Nietzsche lui-même, sont et se sentent infiniment seuls et faibles. | | | | |
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| | | | Oui, l'homme a une inclination naturelle au bien et une vocation à porter le fardeau du remords ; mais il ne peut plus s'en apercevoir, sur les routes plates, où le porte la facile inertie. | | | | |
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| | | | Les âmes naïves s'imaginent, que le malheur du monde ne viendrait pas de la force des pires mais de la faiblesse des meilleurs ; c'est la force même qui est l'origine du mal, et le pire mal se produit lorsque les meilleurs y accèdent et s'en servent. | | | | |
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| | | | Pourquoi est-il impossible de se débarrasser du mal ? - parce qu'il est impossible d'être juste sans loi ou d'être véridique sans logique. | | | | |
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| | | | Si je devais associer le bien avec un élément, je choisirais la terre, cachottière et immobile ; l'air soulève, et le bien est sans ailes ; l'eau coule, et le bien est hors le temps ; enfin, le feu doit être alimenté, et le bien est auto-suffisant. Gibran en fait un drôle de gourmet : « quand le bien a faim il cherche des aliments jusqu'aux sombres souterrains, et quand il a soif il l'étanche même avec des eaux stagnantes » - « when good is hungry it seeks food even in dark caves, and when it thirsts it drinks even of dead waters ». | | | | |
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| | | | Le bien n'est jamais dans l'œuvre ; il est irrémédiablement entaché par toute forme de force, que ce soit dans le geste ou dans la pensée. C'est l'âme coupable et non pas l'esprit capable qui colore nos actes, et Hamlet cherche des couleurs du mauvais côté : « il n'existe ni le bien ni le mal, c'est la pensée qui les crée » - « there is nothing either good or bad, but thinking makes it so ». Le bien est l'émoi silencieux, pudique, humble et immobile de l'âme, bien que son objet puisse être altier, grandiose et remuant. | | | | |
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| | | | Le bien est une fin de l'homme, mais le mal, ce n'est ni une déviation ni une tentation sur le chemin, c'est le chemin lui-même. Tout cheminement nous fait pencher du côté du mal : « penchant au mal, destination au bien » - Kant - « Hang zum Bösen, Bestimmung zum Guten ». Le libre arbitre (Willkür) fondu avec des choses vues, c'est le mal ; le regard, moulé par la liberté, c'est le bien. | | | | |
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| | | | L'opposition entre le bien et le mal (le ressentiment nietzschéen) est bête, puisque le vrai mal naît de l'incompatibilité entre le muscle et le rêve. La vraie innocence est la vraie honte, puisque pour atteindre à l'une ou l'autre, il faut aller au-delà du bien et du mal, dans une même direction. | | | | |
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| | | | Ils pensent que le mal vient des créatures du souterrain ; tandis que c'est, au contraire : puisque le mal est omniprésent à tous les étages, l'homme conscient se réfugie dans un souterrain ou se contente d'une ruine. | | | | |
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| | | | La honte face au bien inaccessible, le sacrifice au nom du beau – ce sont nos faiblesses ; tandis que tout usage de notre force est banal et presque mécanique : « L'originel ne peut apparaître que dans la faiblesse »** - Hölderlin - « Das Ursprüngliche kann nur in seiner Schwäche erscheinen ». | | | | |
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| | | | Pour savoir si l'homme tient vraiment à l'œuvre du bien, il lui faudrait mettre d'abord une camisole de force : l'homme « aux bras liés est capable d'accomplir énormément de bien » - Dostoïevsky - « со связанными руками может сделать бездну добра ». | | | | |
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| | | | L'une des plus grandes énigmes de la Création : le mal métaphysique, le mal moral et le mal physique auraient la même origine. Et là où le linguiste réclamerait trois noms différents, le sage percevrait le souffle du même Verbe. | | | | |
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| | | | La vision la plus bête – et la plus répandue ! - du problème du Mal : il y aurait deux antagonistes, Dieu et Satan, qui, dans notre cœur, se livreraient à une lutte (c'est du Dostoïevsky mal lu) ; tu te trompes ou te laisses séduire par Satan, et voilà que tu œuvres pour lui. Dieu peut se passer de Satan et de luttes ; Il crée notre conscience et nous laisse libres ; c'est ainsi que la honte précède toute prise de décision (hypo-crisie !) et se mue, à la fin, en conscience trouble, chez l'homme libre et conscient, ou en bonne conscience – chez l'esclave insensible. « La honte est un mouvement de sens opposé à la conscience » - Levinas - conscience psychique ? conscience morale ? C'est la conscience interne, et non pas le fait externe, qui reflète et incarne – je dirais même – crée ! - le Mal. | | | | |
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| | | | L'idée est ce qui doit être justifié ; la bonté et la beauté sont mouvements d'âme se passant de toute justification ; ce qui est dit de bonté – donc, des idées - n'est pas bonté, et dire, que « la beauté est idée, beauté et vérité sont une seule et même chose » - Hegel - « die Schönheit ist Idee, so ist Schönheit und Wahrheit dasselbe », est inepte ! | | | | |
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| | | | Si tu n'es ni paralytique ni laideron ni idiot de village, il existe sur Terre au moins un être humain, que tu as rendu malheureux. Comment peut-on vivre sans honte ? Aujourd'hui, on l'étouffe par une anesthésie douteuse du véridique : « Le bonheur, c'est pouvoir dire la vérité sans faire souffrir personne » - Fellini - « La felicità è poter dire la verità senza far soffrire nessuno ». Jadis, poursuivi par la honte, on fut plus exigeant, comme Socrate ou Tolstoï : « Le bonheur, c'est le plaisir sans remords » (« Счастье – это удовольствие без угрызений совести ») et vécut malheureux. | | | | |
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| | | | La liberté, si importante en éthique, est inutile en esthétique : la grâce ou le donné s'y passent de notre liberté et vont tout droit à l'âme sans interpeller notre volonté. « La liberté n'est pas de décider, mais d'être décidé » - Enthoven - la liberté est de savoir au nom de quel sacrifice tu décides et au nom de quelle fidélité tu es décidé ! | | | | |
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| | | | Ils ont beau aller au-delà du beau et du hideux (Baudelaire), ou du bien et du mal (Nietzsche), la bonté et la beauté, inséparables de l'âme, nous rattrapent tous. Les plus obtus, ou les plus rapides, ou les plus sourds, s'imaginent y tomber seulement sur le vrai livide ou sur l'être insipide et se mettent à hurler à la mort de Dieu, tandis que, par cette fission, c'est leur propre vie qui fiche le camp au profit de la seule cervelle. | | | | |
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| | | | Le fond de l'homme est fait du Bien ; mais toute tentative de lui donner une forme, c'est à dire d'agir, produit du Mal, qui donc n'est que de la forme. | | | | |
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| | | | Le vrai Mal ne sort blanchi d'aucun confessionnal ; le Mal est, par définition, sans rédemption possible ; il est sécrété, chaque fois que l'âme croit avoir entendu une réponse à son interrogation du Bien, ce grand muet, contrairement à ce grand orateur qu'est le Beau. | | | | |
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| | | | Les valeurs métaphysiques n'ont pas de négation : le Bien qui nous travaille n'a pas besoin d'un Mal qui n'existe que dans l'acte et jamais – dans le cœur, comme le frisson du Beau dans l'âme n'a rien à voir avec le frisson du dégoût dans les yeux ou dans la raison. | | | | |
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| | | | La liberté dans notre métaphysique : le bien n'est pensable que grâce à la liberté de faire des sacrifices ; le vrai ne se fixe que dans la fidélité au langage, au libre arbitre dans la construction de modèles ; mais le beau n'a aucun rapport avec la liberté, l'art est une liberté en soi. | | | | |
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| | | | Le bien est l'essence de l'homme, entourée d'inévitables accidents, dont le nom est – le Mal. Mais toute définition doit se fonder sur la nécessaire essence et non pas sur la contingence des accidents : « À quoi te sert ta philosophie, si tu t'attardes au mal accidentel » - Shakespeare - « Of your philosophy you make no use, if you give place to accidental evils ». | | | | |
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| | | | Qu'est-ce qui est à l'origine de l'homme, la chute d'un ange ou la socialisation d'un prédateur ? La première version, la rousseauïste, est invraisemblable, le progrès global paraissant être une norme. Mais la seconde hypothèse voudrait dire, que Nietzsche a raison, et que la pitié mène à la décadence, à la chute. Seulement, il ne faut pas oublier, que sans la pitié, la société ne peut converger que vers deux modèles : le mouton et, en second lieu, - le robot, les deux espèces ignorant aussi bien la chute que l'essor. | | | | |
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| | | | Progrès en pureté : exhiber la main donnante, cacher la main par l'objet qu'elle donne, voir, dans les deux, des ombres honteuses d'un regard lumineux. | | | | |
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| | | | Le premier sentiment des paléochrétiens fut la repentance, métanoïa, – une noble pose ! Car le mal, c'est faire souffrir ; mais il n'est pas de geste, dont ne souffrirait quelqu'un ; donc, le seul moyen de se rapprocher du bien est la honte primordiale. « Le repentir, un gage troublant mais précieux de notre nature plus noble » - Fichte - « Es giebt Reue, ein beunruhigendes, aber doch köstliches Unterpfand unserer edleren Natur ». | | | | |
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| | | | Le besoin, qu'a un cœur profond d'agir, est une source du mal, au même titre que le besoin, qu'a un haut esprit, de nommer est une source du hasard. On va jusqu'à les confondre : « Le Mal est la volonté de nommer à tout prix » - Badiou. | | | | |
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| | | | L'intelligence sait qu'il n'existe aucun vaccin contre le mal, que tu ferais ; et c'est un silence et non pas un conseil qu'elle attend de ton cœur : « Le dernier mot de l'intelligence est une humble et douloureuse requête à la bonté » - A.Suarès. | | | | |
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| | | | Le face-à-face, le bien contre le mal, n'existe pas ; n'existe que le bien qui introduit le mal, chaque fois que tes mains levées au ciel sans réponses tombent et s'occupent de la terre sans questions. | | | | |
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| | | | Notre étonnante faculté de rejouer, mentalement, une mélodie, sans qu'aucun bruit ne retentisse ; le mal, c'est comme ce bruit, il n'est pas l'absence de bien, mais cette onde sonore ravageuse que produit le bien renonçant à la musique du rêve et se matérialisant en bruit des actes. | | | | |
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| | | | Misérable ! - si tu penses pouvoir choisir entre le bien et le mal, comme on choisit entre le respect et la violation d'une loi, et que tu prétendes ainsi accéder à la liberté, - tu n'es qu'un esclave d'une raison sans cœur. | | | | |
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| | | | On te juge le mieux lorsque tu te donnes ; mais dans ce que tu donnes, c'est à dire dans ton offrande en tant qu'œuvre, on ne perçoit que la direction vers toi, ou ton soi déjà articulé, jamais ton soi inconnu, celui qui te poussait à te donner – un cercle vicieux, c'est ce que voulaient dire Nietzsche ou Sartre : « On se perd en se donnant »**. | | | | |
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| | | | L'origine de l'éthique ne peut se trouver que dans la hauteur d'un ciel vide ; les misérables cherchent à la fonder dans de vaseuses cogitations ontologiques. | | | | |
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| | | | La fonction primordiale de la comédie et de la tragédie est d'entretenir en nous l'ironie et la pitié, ces deux meilleurs sentiments humains ; j'ai bien peur, que la tragédie est morte, puisque la pitié a définitivement tari dans les cœurs des hommes ; pourtant c'est la pitié qui apporterait à nos passions – la purification (catharsis) - Aristote. | | | | |
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| | | | Deux lamentables artifices, fondés sur une négation mécanique : Baudelaire et Nietzsche, s'imaginant qu'en renonçant au beau ou au bon, on puisse les rejoindre, les réinventer ou les réévaluer au-delà du bien et du sublime, qui, eux, sont toujours en-deçà de nos épidermes, cervelles et âmes. | | | | |
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| | | | En agissant au nom du mal, tu n'as que la peur ; en agissant au nom du bien, tu as, en plus, la honte. | | | | |
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| | | | Pour survivre ou seulement pour pouvoir vivoter sans trop de cauchemars ni remords, le bien, plus que de cécité, a besoin de paralysie. Le bien conscient ou agissant est un imposteur. Le bien est une langue muette : « Le bien, c'est une langue, qu'entend le sourd et voit l'aveugle »* - Twain - « Kindness is the language which the deaf can hear and the blind can see ». Homère, découvrant le beau, Œdipe découvrant le vrai, en deviennent aveugles. | | | | |
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| | | | Génie du Mal est une élucubration jamais réalisée ; tout génie porte haut son cœur d'humaniste ; la seule hiérarchie verticale qui ne s'écroule pas sous un regard croisé du vrai, du beau et du bien est donc la hiérarchie des talents. Aucun génie que je connaisse ne manque de noblesse ; celle-ci en fait partie intégrante. | | | | |
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| | | | La seule haute félicité au monde est le frisson – enthousiaste ou tragique – devant le miracle de la vie (le beau) ou de l'homme (le bien). La rencontre de ces deux frissons s'appelle amour, ce nom inconnu, qu'on donne souvent au Dieu connu. « L'amour rend l'homme égal de Dieu » - Feuerbach - « Die Liebe identifiziert den Menschen mit Gott ». | | | | |
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| | | | Aucune lumière n'éclaire le problème du mal ; on ne peut en mesurer l'ampleur incontournable qu'à l'ombre de ta honte ; n'écoute pas Confucius : « La conscience est la lumière de l'intelligence pour distinguer le bien du mal » - la bonne conscience n'est faite que d'ombres ! | | | | |
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| | | | La source intarissable du péché : l'inexistence d'actions libres. « Difficile de faire le bien, sans multiplier des sources du mal »* - Ruskin - « It is difficult to do good without multiplying the sources of evil ». | | | | |
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| | | | Le seul bien, accompli, indubitable, inarticulé, est en moi ; une fois hors moi, et portant mes initiales ou empreintes, il est juste bon pour le remords ou la honte. Et St Paul n'a qu'à moitié raison : « Dans ma chair, le bien n'habite pas : vouloir le bien est à ma portée, mais non pas l'accomplir ». | | | | |
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| | | | Oui, nous sommes, tous, sortis de la tragédie grecque ; mais les lignes d'héritage divergèrent : de la culpabilité innocente d'Œdipe ou de Prométhée, les uns s'accrochent à l'innocence, décrétée par une loi extérieure, d'autres se morfondent dans la culpabilité, né d'un chaos intérieur. On est livré au robot ou à l'aigle. | | | | |
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| | | | Pour Nietzsche, au-dessus, ou mieux, au-delà de tous les axes, bien - mal, puissance - maladie, nihilisme – acquiescement, surhomme – dernier homme, seigneur – esclave, ce qui compte, c'est la mesure dite intensité, la pose, véhémente et incohérente, et non pas une position, sobre et argumentée. Pour se permettre d'être impitoyable et éhonté, par combien de hontes et de pitiés avalées a-t-il dû passer ! | | | | |
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| | | | Tu deviens vraiment sensible au mal, quand tu sens un mal sortir, irrévocable, de tes mains agissantes et qui pourtant n'auraient commis aucune faute. | | | | |
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| | | | Les plus lumineuses des vertus, comme les plus sombres des vices, gagnent à ne pas être avoués ou divulgués, gagnent soit en pureté soit en intensité. Les plus belles lumières et ombres vivent de l'hypocrisie. | | | | |
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| | | | Le Bien se loge loin des bras, et encore plus loin – du cerveau ; le fait et le pensé, même appuyé par le bel écrit, ne nous rapprochent en rien du bon (le beau est l'aveu d'impuissance du bon) ; la morale descriptive et l'éthique prescriptive n'ont aucun contact avec le Bien. | | | | |
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| | | | Le Bien se blottit en-deçà de ton cœur, et au-delà - reste invisible ; le Mal, lui, saute aux yeux, chaque fois que tu lèves un bras ; ceux qui disent que voir le Mal, c'est mal voir (Leibniz), ont un regard trop presbyte. | | | | |
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| | | | Il existe un bel et grand mystère du Bien, avec sa jauge qui s'appelle la Honte, mais il n'y a pas de mystère du Mal. Le mal s'annonce, menaçant, à toute tentative de traduire le mystère du bien en problème, il s'incarne dans sa traduction en solution. | | | | |
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| | | | La liberté humaine est dans le choix d'actes et de mots, censés rendre nos sentiments qui restent grands muets ou grands absents de la scène vitale ; ni l'amour ni le bien ne sont connus qu'à travers traductions ; tout langage du bien, qu'il soit verbal ou gestuel, ne peut être qu'elliptique (réduit à l'action, le mal, lui-même, ne serait qu'« ellipse du bien » - Plotin). | | | | |
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| | | | La rancune de ceux que tu rendis malheureux soulage le poids de ta honte ; c'est leur gentillesse et leur sourire qui sont proprement insupportables. | | | | |
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| | | | Le mensonge non suivi d'action peut n'être que songe ; la vérité traduite en action est toujours porteuse de mal ; tandis qu'une sagesse de foire proclame que « le mal est entré dans le monde par le mensonge » - Kant - « das Böse ist von der ersten Lüge in die Welt gekommen ». | | | | |
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| | | | Tant que j'habite la réalité, c'est à dire l'action, la mauvaise conscience me suit ; on ne peut la calmer qu'en plongeant dans le rêve : « Je sais que je suis enchanté ; cela suffit pour garder ma conscience en paix » - Cervantès - « Yo sé que voy encantado, y esto me basta para la seguridad de mi conciencia ». | | | | |
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| | | | Une certaine noblesse des Anciens venait de la distinction qu'ils faisaient entre la morale pour l'âme et celle pour l'action ; chez les modernes, seule la dernière survécut, ce qui, paradoxalement, amena la funeste paix d'âme, aequitas animae, dont rêvait l'Ancien, tout en les débarrassant du ballast de la noblesse qui est, avant tout, le sentiment de honte, periculum animae. | | | | |
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| | | | Le premier calmant des troubles de la conscience est l'action, avec ses illusions sur le droit (consistant en connaissance des lois et des codes) et la puissance (se réduisant de plus en plus à l'appui sur un bouton). « Que nos bras forts soient notre conscience »** - Shakespeare - « Our strong arms be our conscience » - la cécité des muscles se compléta par la surdité des cœurs et le mutisme des âmes. | | | | |
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| | | | La vertu, aujourd'hui, est si bien calculée, si sage et presque intelligente que, sur ce fond, le vice apparaît comme plutôt sympathique et naturel. On n'est plus au bon vieux temps, où n'importe quel Pécuchet, ayant effleuré quelques almanachs, pouvait clamer que la vertu « est belle, car le vice est bien bête » - Flaubert. | | | | |
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| | | | La voix du beau est tournée vers la hauteur extérieure, elle s'y matérialise sous forme de création ou de goût ; la voix du vrai est au bout de la langue, elle peut se contenter même de la platitude. Mais la voix du bien n'est destinée qu'à notre profondeur intérieure ; projetée à l'extérieur, sous forme d'actes ou de raison, elle n'engendre que la honte et le désespoir. | | | | |
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| | | | Peut-on être caressant, le ventre creux ? Il y a plus de chances de tomber sur un tendre chez les affamés que chez les rassasiés. Tous les pieux appels de remplir les estomacs avant les têtes, pour améliorer l'humanité, donnent à l'estomac rempli un poids démesuré et vident la tête de tout doute impondérable. | | | | |
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| | | | Être bon n'est souvent qu'une évidente bêtise des hommes d'esprit, tandis qu'être méchant témoigne parfois de leur esprit ; l'ironie est leur esprit, comme le sérieux est la bêtise des écervelés. | | | | |
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| | | | La confusion entre être bon et être bon pour quelque chose (confusion héritée, peut-être, de Platon et de son agathon : « L'essence de l'idée platonicienne est de rendre bon pour quelque chose » - Heidegger - « Das Wesen der idea ist, tauglich zu machen »), elle explique la perte de prestige du bien en Occident ; le russe, avec ces deux termes nettement séparés (хороший et добрый) continue à y voir quelque chose de sacré. | | | | |
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| | | | Le vice - se servir de la fontaine du bien comme de l'eau courante, d'un système d'irrigation ou d'arrosage, y voir un outil ou un moyen ; la vertu – mourir près d'elle, les mains et les genoux pliés, y voir une noble contrainte. | | | | |
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| | | | La liberté spirituelle est une valeur mineure, se réduisant à une banale évaluation de la part du conformisme ; la seule liberté, qui mérite réflexion, est la liberté éthique, le pouvoir de sacrifier son soi connu, pour rester fidèle à son soi inconnu, être autre (Sartre). | | | | |
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| | | | Si les sophistes et Nietzsche effacent la frontière entre le bien et le mal (die Grenze zwischen Gut und Böse verwischt sich), cela ne veut pas dire que la vie en soit entachée au même point, mais que, au royaume des actes, cette frontière est impossible à tracer ; mais devant la conscience et devant les mots, cette frontière est chaque fois recréée et redessinée avec netteté, par la sensibilité ou par le talent. Platon et Aristote nous ennuient avec leurs valeurs ou prix fixes, tandis que ce sont des vecteurs à variables (des arbres !) qui décrivent mieux le monde. | | | | |
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| | | | Si faire retentir ta musique intérieure est ton premier souci, ce n'est pas du remplissage de la salle que tu t'occuperas en premier, mais de son acoustique, c'est à dire d'un vide utile. Si l'œuvre du bien existe, elle serait bien dans la fidélité à la musique et dans le sacrifice des ovations, à l'opposé de : « le Mal revient où le vide est attesté » - Badiou. | | | | |
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| | | | Il n'y a que deux valeurs métaphysiques - le beau et le bien ; les aveugles du beau tâtonnent sur l'être, les sourds du bien se disputent l'avoir. Mais les plus éclopés se vautrent dans la platitude du vrai, où l'on ne trouve ni profonde beauté ni haute bonté. | | | | |
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| | | | Ce qui nous exclut des orbites du Bien, c'est que nos trajectoires sont tracées par des Codes. | | | | |
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| | | | Tous savent que sur la voie du mal on n'atteint jamais le bien ; peu savent que toute voie du bien mène au mal ; les vraies routes du bien sont impraticables et ressemblent, en tout point, aux impasses. | | | | |
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| | | | Le bien est grandiose, puisqu'il n'est, Dieu merci, que possible ; le mal est minable, puisqu'il est, hélas, nécessaire. | | | | |
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| | | | On rêve de l'acte vertueux, ensuite – de l'acte exempt de péché, puis – du péché sans pénitence, et l'on finit, systématiquement, avec la honte, le seul vestige inébranlable de nos édifices moraux. | | | | |
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| | | | La morale articulée, servant de justification de nos actes, n'a pas grand-chose à voir avec la morale inarticulée, cette valeur métaphysique, à l'origine de nos péchés, de nos hontes et de nos enfers. On a raison de bannir la première de nos meilleures sources, mais il n'est donné à personne d'endiguer le flux de la seconde, flux né dans des hauteurs inconnus des actes. | | | | |
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| | | | L'homme défait, l'homme du sous-sol, abandonné des choses et des hommes, lie sa déconfiture à la perversion de la morale ambiante, veut s'ériger en surhomme par un affect du commandement, mais finit par témoigner de la pitié la plus banale, la pitié de soi-même ; faute de contacts reconnaissants ou reconnaissables, il proclamera la distance même – intensité, ce qui n'est visible et sensible qu'à lui-même. | | | | |
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| | | | Le bon choix d'objets de ton ironie et de ta pitié : se moquer de ce qui n'est grand que parce que pesant, caresser ce qui n'est petit que parce qu'impondérable. | | | | |
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| | | | Pauvreté du dictionnaire : la liberté-grâce de l'esthétique n'a pas grand-chose en commun avec la liberté-ascèse de l'éthique et encore moins – avec la liberté-regard de la mystique. | | | | |
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| | | | La démocratie est dans la négation : l'énumération exhaustive d'actes passibles de peines publiques ; la tyrannie, c'est l'affirmation - du bonheur, de la grandeur, de la justice. À réfléchir, pour ceux qui voient le mal dans la négation ; non pas pour renier la démocratie, mais pour se résigner à vivre dans le mal et pour se méfier du bien, qui ne se contente pas d'affirmer, mais passe à l'acte. | | | | |
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| | | | Dans ce que notre sens inné perçoit comme manifestations, ou tableaux, du bien, l'action proprement dite ne joue que le rôle de pinceau ; un bon regard peut y passer outre, sans nuire à la vérité ou à la complétude de la perception du tableau. | | | | |
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| | | | L'ironie est une réaction de la sensibilité au sens, tragiquement intraduisible, du bien. Quand le bien théorique (venant de Dieu) fait défaut, on voit dans le bien pratique (allant vers l'homme) – une réaction de l'humour à l'absurdité du destin. | | | | |
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| | | | Ne meubler ton habitat, les ruines, que d'un banc des accusés, où se morfondrait ton incurable honte – tout le contraire du surhomme, pour qui la culpabilité est un symptôme de dégénérescence et être bien-portant – le comble des béatitudes ; sur ces deux points, ce brave homme est indiscernable du dernier des goujats. C'est curieux que la bassesse cherche la compagnie des aigles, tandis que la hauteur se réclame des chauve-souris. | | | | |
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| | | | La puissance éthique – la pitié, la puissance esthétique – le talent, la puissance mystique – la création ; c'est bien étrange que le surhomme, prônant la volonté de puissance, ne le voie pas, et se rabatte sur la fumeuse vie, dans laquelle ne réussissent, aujourd'hui que des sous-hommes. | | | | |
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| | | | Il est très instructif de se rendre compte que les critères, à l'origine de ces couples d'opposés : le talent – pour beau-inexpressif, l'action – pour bien-mal, l'intelligence – pour vrai-faux, sont si profondément différents, que chacun d'eux est presque inapplicable aux deux autres couples. | | | | |
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| | | | Le mal, c'est le silence de la honte ; c'est pourquoi le vrai contraire du mal, cette grisaille de l'âme, n'est guère le bien rosâtre, mais - la noblesse qui commence par un rouge au front ! | | | | |
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