| | | | Les contraires de croire : dans le mystère - supposer ; dans le problème - prouver ; dans la solution - douter. Le doute, sur cette échelle, n'est pas si glorieux à côté des preuves et des hypothèses. | | | | |
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| | | | Le mystère est généralement absent dans ce qui est humainement complexe, il se loge plus volontiers dans ce qui est divinement simple. | | | | |
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| | | | N'importe qui peut douter sur la Croix, c'est sur la Montagne que le doute aurait eu sa place. Aux certitudes on aurait dû n'accorder que le Désert. | | | | |
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| | | | L'œil des partisans des clartés définitives ne s'accommode qu'à une distance fixe et croit à l'assimilation. Tout nouveau savoir en élargirait la superficie. L'habitué des vies en reliefs paradoxaux possède une accommodation élastique, où la falsification et les vérités éternelles dessinent des courbes en profondeur et en hauteur, sans nous appartenir. | | | | |
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| | | | Il y a des vérités-racines et des vérités-greffes. Les premières sont si loin des fleurs qu'on serait tenté de les mépriser. Les secondes sont si artificielles qu'on ne croit pas à leur reproduction. | | | | |
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| | | | Le sage voit, que de l'expliqué il arrive, par plus ou moins de chaînons, à l'inexplicable. Pour le sot, l'expliqué est toujours un dernier chaînon. | | | | |
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| | | | Dans les crépuscules, le créateur sent l'approche du premier souffle, l'habitué de la clarté du jour les trouve irrespirables. Rarement le premier élan jaillit d'une source limpide. L'imagination, l'ami certain de l'incertitude (« amicus certus in re incerta » - Cicéron). | | | | |
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| | | | Être précis, c'est munir les faits de noms. Mais la vraie précision est le choix de verbes qui les lient. Le verbe, c'est l'action du poète et un simple constat du goujat. Le nom, c'est la liberté du poète et l'esclavage du goujat. | | | | |
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| | | | Plus on tente de s'éloigner du réel pour créer nos systèmes de vérités, plus sidérant est le constat qu'on le frise partout. Notre libre arbitre doit suivre de bonnes lois, c'est l'obéissance aux recettes qui est source de toute chienlit inextricable. | | | | |
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| | | | L'esprit n'a que deux fonctions, une ironique - égaliser et une intime - distinguer. L'obscurité sans poésie, jetée sur deux objets et qui les égalise, n'est pas ironique. Il faut chercher un haut angle d'éclairage qui fait coïncider les ombres. L'obscurité peut servir de fond, pas d'avant-scène. | | | | |
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| | | | Le sot accorde au palpable la force d'une loi et ne voit, dans l'abstrait, que de la contingence. L'intellectuel fait le contraire. | | | | |
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| | | | Chez l'homme sensé, le Pourquoi se moque de toute la multitude de Parce que. Chez le sot, c'est l'unique Parce que qui efface d'innombrables Pourquoi. | | | | |
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| | | | Sans ce qui existe l'imagination serait sans poids ; sans ce qui n'existe pas la vie serait sans ailes. | | | | |
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| | | | Le véridique face à l'inventé : aucun constat crédible pour peindre l'âme, le cœur ou l'esprit. Seule la qualité de l'invention y met des couleurs et des formes. Tout appel au triomphe de la vérité, dans ces canevas, ne fait que fausser la perspective. « Plus on est naturel, plus on est rattrapé par le cliché »* - Finkielkraut. La sagesse incréée ne peut être que niaise. | | | | |
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| | | | Les crédules font peu de cas de leurs convictions ; ceux qui les exposent le plus bruyamment sont les sceptiques. | | | | |
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| | | | Le bon sceptique : tout est possible ; le mauvais - tout est faux. Celui-ci pense qu'en niant il détruit ; celui-là laisse sa chance à toute ruine. | | | | |
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| | | | Deux points de vue féconds sur la vérité : elle est bavure ou miracle. | | | | |
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| | | | Le choix entre clair et obscur est rare. Le choix beaucoup plus fréquent et sérieux est entre ce qui s'accorde avec ta musique intérieure et ce qui fausse ses notes. Et tout n'est pas perdu pour Mozart : « Je ne sais pas écrire poétiquement ; je ne peux pas produire des jeux d'ombres et lumières avec ma parole ; je n'arrive pas à exprimer mes sensations par des gestes » - « Ich kann nicht poetisch schreiben ; ich kann die Redensarten nicht so einteilen, daß sie Schatten und Licht geben ; ich kann durch Deuten meine Gesinnungen nicht ausdrücken ». | | | | |
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| | | | C'est seulement aux questions sans intérêt, où règnent le pensif et le constatif, qu'on ne peut répondre que par un oui ou un non. Plus la question appelle de substitutions, plus le oui et le non s'équilibrent, dans leurs chances d'emporter la mise. L'esprit ironique consiste à donner un coup de pouce au perdant. | | | | |
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| | | | Ils passent leur temps à nouer ou à dénouer des nœuds ; je coupe la corde dès qu'elle devient droite. | | | | |
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| | | | Tremper sa plume dans un encrier trop clair signifie pour certains préconiser la clarté. | | | | |
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| | | | La vraie clarté répugne les photos, magnétophones et procès-verbaux. La vraie obscurité ne craint ni lampes ni incendies ni lunes. | | | | |
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| | | | Dans les repaires des certitudes on compte sur ses poings. Le dubitatif, dans sa caverne, se contente de points de repère. | | | | |
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| | | | Chose suspecte est la clarté qui dure, l'impuissance de trouver des mots de plus haute volée que ceux qui, plus tôt, nous avaient soulevés ou bercés. D'où l'intérêt des noms à variables, à multiples substitutions possibles. | | | | |
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| | | | Il y a des choses, et elles sont peut-être les plus belles, qui gagnent à ne pas être tirées au clair. | | | | |
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| | | | Le visible est illisible. La tâche d'artiste serait la tentative de traduction de l'invisible en lisible. | | | | |
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| | | | La clarté vaut mieux que le chaos dans tout récit de faits divers, c'est-à-dire 95 % de la littérature. Mais la clarté est signe de bêtise dans tout message à écouter au clair de lune. Il est plus difficile de s'écarter des cadences logiques que des cadences mécaniques. | | | | |
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| | | | Une énigme : même le coupe-gorges, même l'ingénieur, même le journaliste saoule son môme avec des contes de fées et non avec le contenu de son journal. Autrefois, le besoin du merveilleux s'éteignait vers 25 ans, de nos jours, à 5 ans, on sait, que le père Noël est un produit de grande distribution comme un ordinateur ou une assurance. | | | | |
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| | | | Les uns, les pratiques, ne voient que les choses sans voiles ; les autres, les lyriques, vivent de voiles ; les derniers, les ironiques, s'adonnent au dévoilement, en se moquant aussi bien des choses triomphantes que des voiles voués à la défaite. L'ironiste est celui qui sait renouveler le voile autour des choses en quête d'échos. | | | | |
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| | | | Pour voir du Chaos il faut de bonnes oreilles ; pour le faire parler - de bons yeux. Quand on invertit, naïvement, les rôles, on n'obtient que du désordre. Les moments à guetter : l'ordre s'avérant harmonie (l'esprit français reflété par Valéry), le désordre se sublimant en chaos (l'âme russe vue par Dostoïevsky). | | | | |
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| | | | Le naïf pense, que l'esprit n'a de tâche plus exaltante que chercher à dissiper une obscurité. Mais l'homme plus subtil part plus souvent d'une clarté obvie pour chercher par où la vie peut l'enténébrer de plus belle. « Ils seraient nombreux de savoir s'ils ne pensaient pas déjà savoir » - Gracián - « Muchos sabrían si non pensasen que saben ». | | | | |
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| | | | L'écriture, c'est un tour de ronde de nuit, dans une maison en train de se figer. Il est bon de pratiquer l'éteignoir des certitudes diurnes, mais il ne faut pas qu'un abat-jour devienne rabat-joie du doute vespéral. | | | | |
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| | | | Nier une absurdité peut apporter de la lumière aux autres, jamais à toi-même. L'absurdité de la chose niée se traduit en mesquinerie de la négation. Ne méritent d'être niées que des choses sensées. | | | | |
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| | | | Il semblerait (Freud) que, dans l'inconscient, il n'y ait pas de négation ; serait-il le désir n'atteignant pas la volonté ? Que garde-t-il de la logique ? - les connecteurs ? les implications ? - puisque la volonté commence par eux. Ce qui est amusant, c'est que, machinalement, on associe l'inconscient avec le travail de sape du diable, or, d'après de bons logiciens (Wittgenstein), la négation serait l'enfer (et l'identité - le diable en personne !). | | | | |
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| | | | Dans presque tout ce qui compte dans la vie on bute à l'impossibilité de dichotomies nettes. Le juste flou des frontières - tel est l'état d'esprit fin et honnête dans lequel Kant pratiquait sa critique : l'étude des crises, des cas frontaliers, extrêmes, où naissent des métaphores et langages conceptuels. | | | | |
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| | | | Le vrai savoir sert à affiner la qualité et l'épaisseur du doute, seuls ses aristocrates (Cioran ?) en font leur pierre de touche. Une bonne pierre d'achoppement convient mieux pour façonner le doute qu'un « mol oreiller » (Montaigne). | | | | |
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| | | | Les plus belles sensations du vrai proviennent non pas d'un doute coriace vaincu, mais de la capitulation devant une certitude désarmée. Il y aurait, dans notre âme, des semences de vérité restées au stade de germes, mais qui sont néanmoins aussi vraies que de lourds sillons de nos champs. | | | | |
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| | | | La sensation d'unité ou de système, chez un homme, vient souvent d'un manque trompeur d'aspérités à la suite de polissages répétés par l'autosatisfaction. La maîtrise n'est pas dans des volumes empilés, mais dans des contours en pointillé, sans connexité, dans des frontières. | | | | |
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| | | | Il est bon, que la foule se vautre dans des certitudes ; l'émeute naît du doute ; rien de moins dangereux qu'attroupement de bonnes consciences. | | | | |
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| | | | Tout cheminement d'homme, de nation, d'idée, pour un œil suffisamment perçant ou narquois, peut être vu comme une miraculeuse continuité ou une lamentable suite de volte-face. Toute critique, apologétique ou éreintante, est ridicule. | | | | |
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| | | | Ce livre contribue à démolir le dernier universal linguistique, celui qui verrait systématiquement le blanc vainqueur du noir, la lumière préférée aux ténèbres. Tous les propagateurs de lumières tapageuses se plaignent d'être mal compris (problème de messagerie !), tandis que les auteurs ténébreux se félicitent d'avoir seulement provoqué un écho silencieux (mystère des messages !) | | | | |
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| | | | Je préfère les ténèbres à la lumière, car lumière veut dire mouvement, reflet, sens de l'ombre. Seules les ténèbres préservent la valeur de ce qui n'est regardé par personne. Que d'autres pensent, que « L'homme ordinaire projette de l'ombre ; le génie projette la lumière » - G.Steiner - « The ordinary man casts a shadow ; the genius casts light » - tout génie a un stock de belles ombres, que ne voient que ceux qui sont à l'aise dans le noir. « Le génie maîtrise le chaos, seuls les sots tiennent à l'ordre »** - Einstein - « Genies beherrschen das Chaos, nur Dumme halten Ordnung ». | | | | |
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| | | | Chaque fois que vous trouvez mon mot trop clair, je suis sûr, que vous ne me comprenez pas. « Ce qui devient clair cesse d'être de moi » - Nietzsche - « Eine Sache, die sich aufklärt, hört auf, uns etwas anzugehn ». | | | | |
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| | | | La fascination devant le mystère de la flèche irréversible du temps aide à ne pas prendre pour solution l'envoi de flèches, toujours réversibles, dans l'espace. | | | | |
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| | | | Chez l'homme du savoir, les tendances de la raison façonnent celles du sentiment : la primauté de la largeur de vues, par exemple, se traduit par la part de l'étendue des émotions. Chez l'homme du cœur, c'est la forme de son savoir qui n'est qu'une translation de ses sentiments : un haut regard provenant d'une haute houle. | | | | |
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| | | | Une conviction sans connaissance est aussi creuse qu'une croyance née du seul savoir. Penser le non-cru ou croire le non-pensé relève, en définitive, du même don. | | | | |
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| | | | L'ordre, c'est l'idée du monde, le désordre, c'est le monde des idées, la « branloire pérenne » (Montaigne). La vie est un équilibre précaire entre ces deux univers, équilibre rompu tantôt par le savoir synchrone, le système, tantôt par le savoir diachronique, l'ironie. | | | | |
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| | | | Le moi part toujours de la vacuité journalière et vise les horizons éternels. Il est moins qu'un pont, un simple bac branlant. La création en est le seul passager. Ne pas se transformer en radeau du naufragé, ni se laisser entraîner par le courant du quotidien. Ne pas voir dans la corde au cou une destinée de batelier, mais un salut de noyés. | | | | |
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| | | | Une étrange attirance qu'exerce le mot vérité sur ceux qui n'ont jamais pratiqué la logique. L'inertie verbale dictant le choix de leurs mots, ils portent une vague conscience de proférer à chaque instant des contrevérités et ils nomment vérité ce béat et fantomatique contraire du mensonge. | | | | |
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| | | | Les réserves de naïveté du sage furent plus vastes et plus sonores que les dépôts du savoir du robot, qui va lui succéder. La vérité de Dieu se manifestait mieux dans l'insu de l'artiste que dans l'omniscience du pédant. Et l'art est un rappel, que le manifeste traduit le révélé. | | | | |
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| | | | Une mise à sac des vieilles certitudes n'est féconde que si l'on réussit à en préserver des ruines excentriques, habitables par un doute nostalgique. Car terre brûlée est pire que terre bétonnée. | | | | |
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| | | | Justification de la divagation : il y a, en nous, un fond fuligineux, épais et ardent, que les plates clartés d'une cervelle surfacique ne parviennent pas à rendre, cherchent à l'animer et finissent par l'ensevelir. | | | | |
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| | | | Du bon usage de la lumière : au lieu de la refléter en faisceaux anonymes, l'emmagasiner et s'en servir, discrètement, pour enjoliver son obscurité intime extériorisable. Le plus bête est de s'attarder aux choses : « Tourné résolument du côté de l'illuminé et non pas de la lumière » - Goethe - « Bestimmt, Erleuchtetes zu sehen, nicht das Licht ». | | | | |
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| | | | L'homme est d'autant plus brillant, que plus miroitante est l'ombre qu'il sait projeter de l'astre caché. | | | | |
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| | | | Nous passons la première moitié de notre vie à nous débarrasser de quelques bêtises pesantes et à faire pencher la balance en faveur de l'intelligence. Mais dans la deuxième moitié, on fait l'inverse, avec un étonnement centuple et débouchant soit sur un sombre désespoir soit sur une joyeuse ironie. | | | | |
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| | | | L'homme subtil vénère, en hauteur, l'ordre et surmonte, en profondeur, le désordre. Le deuxième cas, pour l'homme intelligent, est beaucoup plus fréquent, et on peut dire, que la vraie anthropologie est avant tout une entropo-logie. Par un essor-hauteur de l'âme on surmonte l'homme plus sûrement que par son élargissement-distance (Nietzsche - « Distanz-Erweiterung innerhalb der Seele »). | | | | |
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| | | | Oui, la vie est un rêve, diurne ou nocturne, la raison ou l'érotisme, l'être ou le néant. Et comme toujours, c'est à travers leurs perversions que nous en touchons le fond : l'acte ou la possession, agir ou avoir. On jouit toujours à deux, et l'on jouit le mieux avec un partenaire vécu comme un mystère, et que ne voient pas ceux qui ne s'occupent que de problèmes visibles : « La physique est aux maths ce que faire l'amour est à se masturber » - R.Feynman - « Physics is to math what sex is to masturbation ». | | | | |
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| | | | Plus on va et mieux on comprend, que ce n'est ni la part du doute ni la part des certitudes qui déterminent le calibre d'un homme, mais bien la qualité des métaphores qu'il met en jeu, pour faire jouer son désarroi ou son arrogance. | | | | |
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| | | | Aucun beau mystère n'est né de mon savoir, mais celui-ci aide à me débarrasser des avortons et à régulariser des bâtards. C'est en pelotant mon ignardise que j'assure la descendance du rêve volage. | | | | |
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| | | | Dès que la lucidité devient seul juge, le spectre d'un vide stérile envahit ton regard. Et tu te réfugies auprès du premier asile, où est encore toléré le vague à l'âme, et le vide s'anime. | | | | |
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| | | | La plupart des choses vécues vaguement, dans notre âme, se décantent et se fixent à force des formalisations et des attributions de sens ; mais les meilleures d'entre elles, ne gagnent, au bout de ce cycle, que davantage de mystère, et l'on assiste à l'éternel retour du même, à la fusion entre le naïf, le formel et l'évanescent, entre le poids, la valeur et le souffle. | | | | |
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| | | | Tu ne parles jamais « pour ton propre compte » (Wilde), sans t'être grimé ; ton discours sera jugé d'après le respect, que tu as pour le dramaturge, le genre choisi pour ta pièce, la distance qui te sépare du premier spectateur. Deux bilans, également défendables, de ta saison : couac comique aux yeux du boulevard ou tragédie réussie aux yeux du démiurge : « La pièce, ce fut un triomphe, mais le désastre, ce furent les spectateurs » - Wilde - « The play was a great success, but the audience was a disaster ». | | | | |
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| | | | L'avenir appartient aux nations qui réussissent à se débarrasser du doute. L'ironie de l'histoire est, que ce mouvement, salutaire pour les hommes et suicidaire pour l'homme, est lié au nom de celui qui érigea en norme la forme la plus triviale du doute - Descartes. Le dernier à douter en Allemagne fut E.Jünger ; je ne sais où j'aimerais le croiser, à l'Hôtel Raphaël ou dans les tranchées du Caucase, avec une plume ou avec un fusil ? Le doute - la sourde certitude d'avoir quelque chose à se reprocher - ne survit qu'en Italie et en Russie. | | | | |
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| | | | Tous les métiers sont bons pour élever des cités radieuses, inondées de lumières : des contre-maîtres du savoir, des géomètres des émotions, des charpentiers de l'art. Mais pour concevoir de nobles ruines des ombres il faut des orfèvres, des virtuoses du vide, des artistes de la vie. | | | | |
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| | | | Plus on appuie sur la touche unique d'un système, plus on frappe à côté de la vie. « L'homme du système ne veut plus avouer à son esprit qu'il vit, que, tel un arbre, il aspire à l'ampleur autour de lui » - Nietzsche - « Der Systematiker will seinem Geiste nicht mehr zugestehen, dass er lebt, daß er wie ein Baum, in Breite um sich greift ». Cette perte d'ampleur vivifiante est due au manque de hauteur palpitante | | | | |
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| | | | Projetée hors de nous-mêmes, la lumière impose un ordre sédentaire auquel répugnent le cœur migrateur, l'âme vagabonde, l'esprit nomade. L'adresse ou les coordonnées définitives ne sont utiles que si tu attends une réponse de quelqu'un d'autre que toi-même, phénomène rare. | | | | |
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| | | | Ce qui est nouveau est rarement faux ; ce qui est souvent faux est rarement nouveau. Comme fidélité et beauté, mutuellement exclusives, chez les femmes et dans les traductions poétiques. | | | | |
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| | | | Ce que je cherche est absurde, ce que je trouve est lumineux (« je suis ce que je cherche » - Hölderlin - « Was ich suche, ist alles » ! Picasso : « Je ne cherche pas, je trouve » - j'invente ! - ce que je crée m'apprend ce qu'est la création). La recherche même est diabolique comme activité (ressource d'algorithmes), divine comme objet (source de rythmes). La mise en hauteur de la recherche, la mise en couleur des trouvailles - recettes pour les yeux redoutant le terre-à-terre et la grisaille. Gauguin s'égare : « Les impressionnistes cherchent autour de l'œil et non au centre mystérieux de la pensée » - il n'y a jamais de mystère dans la pensée, seul le regard peut s'en colorer, à la lumière du rêve : « Ce que je trouve ne se produit que comme dans un irrésistible rêve » - Mozart - « Das Finden geht in mir nur wie in einem starken Traume vor ». | | | | |
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| | | | As-tu connu un seul plumitif qui ne proclamerait pas la recherche de la vérité comme son haut objectif ? Il s'imagine, que les autres pataugent dans la duperie. La bonne plume se reconnaît par la capacité de séduire avec un mensonge vivant. Et elle laisse les autres se vautrer dans leurs mortelles vérités. « Les romantiques appelleront ironie cette virtuosité : jouons si bien, que nous soyons nous-mêmes notre dupe »** - Pavese. | | | | |
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| | | | Les facettes des hommes intéressants peuvent être lumineuses ou réfléchissantes. Elles éclairent ou obscurcissent notre vue. N'aurait-on pas franchi un seuil, où les seconds seraient plus nécessaires que les premiers ? | | | | |
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| | | | Sous un regard trop perçant la vie perd en échelle ce qu'elle gagne en lisibilité. | | | | |
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| | | | Le culte du doute cartésien débouche sur la prévalence du calcul. Deux objections à cette attitude. Dans le Vrai : le calcul enraie l'essentiel, la recherche du langage. Dans les Bien et Beau : l'utilitaire tuant l'admiratif devant le principe. | | | | |
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| | | | La précision est primordiale quand la requête est de forme : Que vaut (pourquoi, comment, quand, où) X ? Mais l'intelligence, c'est la spécification de X : modèles (substances), qualificatifs, négation, quantification, liens entre objets, tournures verbales. La présence d'inconnues, dictée par une intuition ou une foi, peut être plus féconde qu'une mécanique précision en résolution. | | | | |
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| | | | Opposer vérité à erreur - métier des sots ; vérité à vérité - métier des sages ; beauté à vérité - métier du poète. | | | | |
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| | | | En s'adressant à la réalité, dire, que tout n'est que vérité ou qu'il n'y a aucune vérité, revient au même : elle nous donne la notion de la perfection - donc elle est au-dessus de nos doutes, elle est inatteignable - donc rien de définitif ne sera jamais prononcé sur elle. | | | | |
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| | | | L'intégrité de ce qui est acquis est la norme des relations dépassionnées. Pour mieux se retrouver, dans des limites invétérées. La passion, c'est l'incitation aux annexions et séparatismes. Pour se retrouver soi-même, aux frontières obscures. | | | | |
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| | | | On te dit : ne parle que de ce que tu sais. Mais tu ne sais que ce dont tu parles (ce que tu viens de dire, non ce que tu vas dire). C'est par ta manière d'aborder l'inconnu qu'on te reconnaît : « Pour cacher aux autres les limites de ton savoir, rien de plus sûr que de ne pas les franchir » - Leopardi - « Il più certo modo di celare agli altri i confini del proprio sapere, è di non trapassarli ». | | | | |
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| | | | Un système, te dit-on, est une clef à ouvrir des serrures de la vie. C'est enfoncer une porte ouverte ! La vie nous envahit, il suffit de s'ouvrir devant elle. | | | | |
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| | | | Le doute en soi n'est pas meilleur que la certitude. C'est son sujet, ou mieux, les rapports nouveaux entre ses objets, qui le parent des ombres et des reflets. Dans la certitude, c'est le projet-passion qui peut l'illuminer. | | | | |
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| | | | Les paradoxes acérés tendent à laisser de profondes entailles. Cependant, tu devrais être coutures plutôt que coupures, rhaps-odie plutôt par-odie, liaison plutôt que lésion. Les plaies sont de la cervelle, le baume - du cœur. | | | | |
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| | | | La chose où ta voix se distinguerait le mieux peut s'appeler évidence. La chose dont tu dois t'interdire l'écho s'appelle bruit du monde. La chose dont le langage est tout de signes et dépourvu de sons s'appelle vérité. | | | | |
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| | | | Le doute même figurant dans l'arsenal du vulgaire, la noblesse me paraît de plus en plus désarmée. Je finis par la chercher partout ou pointe une quelconque capitulation. Surtout, face à un rêve : « Ne substitue pas à la vie – un rêve ; on ne triomphe que du réel » - Sénèque. | | | | |
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| | | | Se résigner à être incomplet après l'élimination du vulgaire. | | | | |
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| | | | Avis aux chercheurs de bonnes consciences ou de vérités : le Christ cale à la question « Qu'est-ce que la vérité ? », le Bouddha est muet quand on lui demande ce que c'est que le nirvâna. | | | | |
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| | | | Il faut se dire, que le passage de l'idée à la vérité est du même ordre que le passage de la lettre au mot. L'esprit est la maîtrise de la lettre ! | | | | |
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| | | | Que d'inepties se profilent derrière le fier « C'est la vérité qui m'importe » ! Je dresse plus souvent les oreilles quand j'aperçois une complaisance au mensonge qui traduit mieux l'attachement à ce qui pousse vers la vérité. | | | | |
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| | | | Tout le monde est persuadé d'être le plus sujet au doute critique. Mais le vrai doute, le doute compatissant, complaisant et presque complice de la vérité à abattre, est rare. | | | | |
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| | | | Le doute n'est pas un flair du faux (charlatanisme délibéré), mais une liberté du vrai (imposture fatale). Douter, c'est horror vacui, c'est la reconnaissance de la vacuité des choses et la volonté de la remplir. | | | | |
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| | | | Les convictions seraient la lie de l'esprit. Mais sans en avoir goûté l'amertume, on n'apprécierait pas assez l'ivresse qui les précède. | | | | |
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| | | | Prendre, à tous les coups, parti du chaos, face au système, est puéril ; il faut les défier, tous les deux, le premier avec du génie, à la recherche d'une nouvelle harmonie, le second avec de la passion, pour provoquer une nouvelle secousse. Frayer avec le génie tout en fréquentant la passion s'appelle avoir de la hauteur dans sa vie sentimentale. | | | | |
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| | | | L'incertitude nous fréquente tous et met à l'épreuve notre force de probité. C'est notre rôle dans la pièce courante qui détermine si nous allons la déguiser ou la travestir, l'exhiber dans ses oripeaux ou l'étouffer dans des paillettes de la certitude. | | | | |
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| | | | La rigueur ne mène qu'au nécessaire, il faut de la passion pour accéder au suffisant. | | | | |
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| | | | La conscience exhibe plus d'obscurités, que l'inconscience n'en dévoile de clartés. | | | | |
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| | | | Dans le naturel on agit, dans l'artificiel on crée. Tout ce qui est naturel - le cœur ou l'âme - aspire à la clarté. Survient ce sacré esprit et nous livre à une nouvelle et époustouflante obscurité. | | | | |
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| | | | Même le doute est réparti équitablement entre canailles et justes. Mais ce n'est pas la même région - très basse pour les premiers - qui en est frappée. | | | | |
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| | | | Mon ennemi - le hasard des actes ; mon ami - la fatalité des mots. | | | | |
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| | | | Seule une clarté de tête peut rendre un vague à l'âme. | | | | |
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| | | | Jadis la médiocrité se réfugiait dans le vague, aujourd'hui elle se sent plus à l'aise dans la clarté. Être « l'ombre : ou trace des ténèbres dans la lumière ou trace de la lumière dans les ténèbres » - G.Bruno - « l'ombra : o traccia di tenebra nella luce, o traccia di luce nella tenebra ». Maîtriser la répartition des ténèbres et des lumières est le signe d'un artiste. Par exemple, la clarté de ce qui s'éteint, l'obscurité de ce qui éblouit. « Il faut souffler sur quelques lueurs pour faire de la bonne lumière »** - R.Char. | | | | |
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| | | | Rien que de belles ombres, même dans l'oubli des choses nécessaires, même d'une méchante lumière – ma réplique à Nietzsche : « rien que de la lumière, même par-dessus de méchantes choses »* - « Licht, nur Licht auch über schlimme Dinge ». | | | | |
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| | | | L'évidence est conçue (les idéalistes) ou perçue (les matérialistes). Mais on parle de deux choses différentes : vérité ou adhésion. L'idéaliste du vrai peut être matérialiste du beau. | | | | |
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| | | | La vérité est une chatterie à but hygiénique, la chimère est une hygiène à but orgiaque. | | | | |
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| | | | Le doute est toujours un recul, il n'est donc jamais de l'inertie comme la plupart des affirmations qui n'aiment pas voir des horizons s'effondrer. | | | | |
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| | | | Dans l'urbanisme de l'esprit, le doute, contrairement à la foi, s'occuperait de voirie plutôt que d'architecture. Entretenir les impasses, où sont logées des vérités. L'ironie serait au service social : brasser les niaiseries et loger les révélations aux mêmes adresses et sous les mêmes enseignes. | | | | |
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| | | | La distance apporte de la lumière à l'amitié et de l'obscurité à l'amour. Mais le meilleur, et le plus rare, en toi, perd en saveur, à tout afflux de netteté. Cherche donc la compagnie de l'ami et dérobe-toi à l'assiduité de la maîtresse : dans la clarté amicale, réjouis-toi de l'attrait des ombres vacillantes et dans des limbes amoureux, inspire-toi d'une lumière intraitable. | | | | |
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| | | | Les meilleures rencontres sont nocturnes. Les meilleurs adieux sont diurnes. Il vaut mieux, que le premier pas soit impénétrable et le dernier - inoubliable. De nuit, les contours flottants rapprochent ; de jour, l'accommodation du cœur éloigne. | | | | |
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| | | | Pour sortir du temps, la négation est aussi stérile que l'acquiescement. La bonne voie est la hauteur de l'éternel retour, à rebours du progrès et du doute ; elle est la vie aux frontières et non pas leur franchissement. Même Lao Tseu se fait contaminer par la bougeotte : « Sortir, c'est vivre ; entrer, c'est mourir ». | | | | |
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| | | | Espérance : accorder au miraculeux une place au milieu des terreurs causales, folle échappée hors du temps. Le désespoir est une pose bête : substituer des causes aux emballements. | | | | |
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| | | | Aucun geste consolateur final en vue, se dit le matérialiste en se mettant à hurler au désespoir. Le beau mystère du monde me fait oublier l'absurdité ou l'horreur des problèmes et des solutions dans ce monde, se dit l'idéaliste, cet « Inconsolé, à la Tour abolie » (Nerval), et s'enivre d'espérance, qui est à l'opposé de la lucidité : « L'espoir qui émerge de la réalité, tout en la niant, est la seule manifestation de la vérité » - Adorno - « Hoffnung ist, wie sie der Wirklichkeit sich entringt, indem sie diese negiert, die einzige Gestalt, in der Wahrheit erscheint » - la vérité est toujours une solution, tandis que toute espérance niche dans des mystères. | | | | |
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| | | | L'espoir - la flèche qui ne quitte pas l'arc bandé ; le désespoir - la découverte qu'aucune cible touchée n'ennoblissait l'effort des cordes. « Rien de plus apaisant qu'un canon chargé » - Heine - « Es gibt nichts stilleres als eine geladene Kanone ». Devant mon adversaire surarmé, l'action triomphante, l'arc est mon arme de dissuasion, censé ne jamais servir. | | | | |
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| | | | Je préfère mes passages-éclairs dans le royaume des ombres, où rien ne marche, au séjour prolongé dans la république des lumières, où rien ne danse. | | | | |
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| | | | Ignorer ce que nous savons est une bonne astuce de créateur d'idiomes qui finit par n'apprécier que le savoir de ce que nous ignorons. | | | | |
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| | | | Comment on échappe à l'ennui mécanique des oui-non : par l'absurde (syntaxique ou sémantique), par l'indécidable (Gödel !), par le paradoxal (méta-connaissances). Toutes les trois échappatoires ne sont que langagières, accessibles seulement aux maîtres des meilleurs langages. | | | | |
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| | | | L'erreur du mensonge est de ne pas afficher sa date et se croire aussi éternel que la musique. La vérité honnête, en revanche, marque son champ en reconnaissant qu'elle est aussi passagère que les faits. « Je n'ai rien contre le mensonge, mais je déteste l'imprécision » - S.Butler - « I do not mind lying, but I hate inaccuracy ». | | | | |
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| | | | La négation n'a de sens qu'en tant que position, tandis que la résignation ne vaut qu'en tant que pose. « Détourner le regard : que ceci soit ma seule négation ! »*** - Nietzsche - « Wegsehen sei meine einzige Verneinung ! » La résignation a donc plus de ressources en expressivité, comme la négation - de sources d'ennui. Mais, en restant dans l'immédiat, « l'acquiescement éclaire le visage, le refus lui donne la beauté » - R.Char. | | | | |
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| | | | Chercher à atteindre la face voilée de l'astre - ils appellent ça rêver ! Rêver, c'est vivre de ce que dévoile sa haute orbite, le revers n'éclipsant jamais l'endroit en qualité des ombres. | | | | |
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| | | | Face à la prolifération de gourous et manitous, performants et transparents, je me rapproche des saints, moyenâgeux et ombrageux. | | | | |
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| | | | Abondance de lumière, sans qu'aucun feu ne l'entretienne - l'une de ses inventions qui forment le futur robot. Abondance d'espace, abondance d'espoir, abondance d'esprit - qui « ne sont pas pour nous » (Kafka). | | | | |
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| | | | On cherche le mieux ce qu'on est certain d'avoir déjà en puissance, on cherche la forme d'un contenu plus consistant que le mot, plus rigoureux que la réalité. Chercher ce qu'on n'a pas est pratiquer le coup de dés. La science et l'art opposés au hasard. | | | | |
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| | | | Il faut façonner le doute de l'homme en artiste et la certitude des hommes - en comptable. | | | | |
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| | | | Les mauvais chercheurs, en remontant les causes, aboutissent aux fondements, justificateurs et apaisants. Les bons y tombent sur le vide : les calculateurs se mettent à clamer leur désespoir et les rêveurs redoublent d'enthousiasme à cause de la gratuité prouvée et merveilleuse de leurs premiers emballements. | | | | |
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| | | | Gymnastique de la rigueur : réussir, brillamment, à employer une incertitude alternative, rebelle à l'embrigadement dans des régiments syllogistiques. | | | | |
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| | | | Tu adhères à cette certitude : un contre tous, tu ne peux pas avoir raison, et voilà qu'un doute paralysant te gagne : non seulement tu ne serais pas le meilleur, mais aucune lance ne se croiserait avec la tienne. Et tu finiras par bâtir ta propre arène qui, faute de panaches et de dames, ressemblera de plus en plus à une ruine. | | | | |
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| | | | L'âme, c'est la pression sous la membrane de ton regard ou sous l'épiderme de tes gestes, l'appréhension. L'esprit, c'est la compréhension, l'universalité de l'im-pression de lumière. Le cœur, c'est l'incompréhension, l'existence de l'ex-pression des ombres. L'âme éclectique est condamnée à osciller entre l'impressionnisme et l'expressionnisme. | | | | |
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| | | | La pureté est stimulante : c'est le récit des plus pures des vérités qui se prête le mieux à l'écart, à l'abandon, à l'invention. | | | | |
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| | | | Pyrrhon : « Comment peut-on savoir si le sage est sage ? » - par trois choses : par la rigueur de la descente au degré zéro de la raison, par le confort de la solitude qu'on y découvre et par la nature de la résignation de n'y trouver ni fenêtres ni toit. | | | | |
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| | | | Que me font les poids et places, dont l'attribution est le seul mérite de la rigueur dans l'art, si je crée dans l'impondérable et le dépose dans mes ruines, conquises de haute lutte ! | | | | |
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| | | | Ils savent ce qu'ils disent sans le savoir chanter ; je m'efforce de chanter sans savoir ce que j'en dis. De nos jours, il faudrait inverser l'adage : « Où est l'esprit, là est le chant » - « Ubi spiritus est cantus est ». Leur visée – être cacique des caciques ; j'ambitionne le genre du cantique des cantiques. | | | | |
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| | | | La même exigence doit dicter les seuils de clarté ou d'obscurité au-delà desquels l'objet quitte le domaine de l'art. Seuls les grands osent l'harmonie du clair, mais l'harmonie de l'obscur est plus chaude. | | | | |
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| | | | Je ne m'éclaire pas de la pensée d'autrui, je l'éclaire, mes horizons lui servant d'écran. | | | | |
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| | | | Dans ce monde il y a beaucoup plus d'impuretés nettes que de puretés confuses. | | | | |
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| | | | Pour comprendre ce que nous sommes, c'est peine perdue, que de faire marcher nos affaires ou raconter nos tribulations ; nous nous mettons à placer l'espoir dans faire danser nos rêves ou chanter nos joies, mais la déconfiture finale de ces introspections ne fait que redoubler notre perplexité. Et l'on finit par se rendre à cette belle évidence : l'incompréhension du soi est la meilleure source de nos enthousiasmes. | | | | |
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| | | | Sur les axes essentiels, honte – fierté, force – faiblesse, chaos – ordre, plaisir – douleur, tu n'arrives pas à placer les valeurs de ton soi, opération pourtant presque banale lorsqu'il s'agit des autres ; cette indétermination t'oblige à t'inventer. « Quand je pénètre dans moi, je bute sur le chaud et le froid, la lumière ou l'ombre, l'amour ou la haine » - Hume - « When I enter into myself, I stumble on heat or cold, light or shade, love or hatred » - ce n'est pas dans un bloc de marbre qu'il te faudra sculpter ta statue crédible, mais ex nihilo. | | | | |
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| | | | Étranges étiquettes - « inutile et incertain » - que Pascal attribue à Descartes, tandis que celui-ci n'est justement qu'utile et certain. Comme ce lourdaud de Spinoza bourré de connaissances pratiques et traité par Voltaire de « subtil et creux ». | | | | |
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| | | | À tous les illuminés-prophètes, dont la première lumière tourne irrévocablement en éclairage public, je préfère un enténébré poète, dont les dernières ombres servent de fond à mon étoile. « Je suis fils de la nuit. Ne suis ni prophète ni médecin, mais conducteur des âmes » - Homère. | | | | |
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| | | | Tant de mes lumières mesquines doivent être éteintes, pour que je puisse me livrer, ravi, aux ombres projetées par mon seul astre, mon anti-étoile. « Égaliser les lumières, unifier les ombres »*** - Lao Tseu – on s'approfondit dans l'Un, on se rehausse dans l'unification d'arbres | | | | |
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| | | | La clarté dans la tête - irremplaçable pour mieux cerner ton vague à l'âme. | | | | |
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| | | | Méfie-toi de ton évidence grise ; prends conseil auprès de ton excellence bleue. | | | | |
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| | | | La lumière pragmatique inonde le quotidien des hommes qui vivent de plus en plus dans l'illusion d'un milieu sans ombres. D'où la chute de l'art et de la philosophie, qui ne vivent que des ombres. « Au fond de chacun, il y a son noyau inconnu, masse d'ombre qui joue le moi et le dieu » - Valéry. Mais dans l'inconnu il y a autant de sources d'ennui que dans le connu : « L'inconnu passe pour grandiose » - Tacite - « Ignotum pro magnifico est ». | | | | |
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| | | | Plus achevé est l'autoportrait, que tu dessines, plus faux et reproductible il est. Et tu renonces aux traits nets au profit des points sans modulations visibles. | | | | |
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| | | | Quand on a chassé les choses, de son champ de vision, on arrive à cette délicieuse identité entre lumière et ombres, mot et pensée, temps et espace. | | | | |
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| | | | Le sot étend le suffisant, le sage approfondit le nécessaire, le délicat hausse leurs domaines de valeurs respectifs jusqu'à ce qu'ils deviennent de vagues constellations scintillantes. | | | | |
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| | | | Les profonds : d'austères arêtes en continu reliant des obscurités ; les hautains et superficiels : épris de belles clartés discrètes se riant des arêtes. Dissertations, concentrations. | | | | |
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| | | | Le dévoilement peut être aussi respectable que le voilement ; il suffit de s'attarder davantage sur la qualité des voiles que sur la quantité de tes traits infidèles. | | | | |
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| | | | N'être sûr de rien, pour un sot, signifie incapacité de prouver ; pour un homme d'esprit - capacité de falsifier une vérité prouvée, de créer un nouveau langage dans lequel ce qui fut vrai ne le serait plus. | | | | |
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| | | | Le faible, par son doute naïf, annonce la fin du règne de l'évidence et aboutit à une évidence sans relief. Le fort, par ses certitudes intuitives, rappelle les secousses, sans lendemain, du doute et se bâtit des ruines pittoresques hantées par un doute apaisé. | | | | |
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| | | | La terrible preuve de notre totale disparition finale : impossible de donner à notre regard une intensité quelconque sans la présence de nos yeux et même de nos mains. Notre âme s'éteint avec la lumière dans nos yeux. | | | | |
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| | | | J'aime cette indétermination d'échelle de la profondeur-hauteur de Zarathoustra, du savoir-pouvoir des Cahiers de Valéry, du jouir-vomir de Cioran. Cette lecture fait de vous fabricant de balances, inventeur d'altimètres ou de tortures. | | | | |
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| | | | Ils sont dans une nuit naturelle et ils cherchent des porteurs de lumières ou de reflets ; je suis dans un jour artificiel, où je reconstitue un jeu d'ombres originelles. | | | | |
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| | | | Les questions vagues et les réponses flagrantes – tel est le goût du temps. Les questions nées d'une lumière, les réponses produisant de beaux jeux des ombres – tel devrait être ton exigence. | | | | |
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| | | | La plus précieuse sagesse de la vie : savoir de quelle illusion il faut se débarrasser et à laquelle – s'accrocher. Fractions futiles et fictions utiles (« fictions légitimes » - Montaigne). | | | | |
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| | | | Ce qui est certain te permet de t'entendre avec les autres ; ce qui est incertain – de t'entendre toi-même. Les sceptiques, qui ne s'intéressaient qu'à l'incertain, étaient peut-être les meilleurs spécialistes du soi. | | | | |
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| | | | C'est par le choix des lieux, dignes qu'on s'y perde, qu'on reconnaît le mieux son âme-sœur. Là où l'on se connaît, règne la logique tribale, artisanale ou minérale. « Se connaître est la démangeaison des imbéciles » - Bernanos. On ne connaît que ce qu'on partage : « Se connaître, c'est fatalement prendre sur soi le point de vue d'autrui » - Sartre. | | | | |
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| | | | La bonne lumière est donnée à tout le monde ; c'est le choix des choses et surtout des écrans – forme et fond ! – qui nous classe parmi les créateurs, initiateurs des jeux des ombres. | | | | |
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| | | | Joli paradoxe : de la profondeur nous vient la lumière impassible, et la hauteur ne nous envoie que des ombres scintillantes. | | | | |
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| | | | L'édifice artistique débute par la profession d'un style couronnant final, pour se terminer par le test des fondations. Il s'avère, que bâtir sur l'inconnu est le seul moyen d'accéder, un jour, au statut envié de ruines et d'éviter celui de terrain vague ou d'épave. « Mes efforts sur des chantiers échoueront sur un rivage pour y traîner comme une épave ruinée » - Goethe - « Meine Bemühungen ums Gebäu werden an den Strand getrieben und wie ein Wrack in Trümmern daliegen ». | | | | |
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| | | | Mon jeu d'ombres est pris, par des yeux délicats, pour lumière. Cette interchangeabilité est une véritable chinoiserie de yin et de yang. Peu m'importe votre lumière ; je l'enveloppe de mes ombres. Et vos ombres ne m'émeuvent que si j'en devine le soleil : « Ceux qui sont hideux au soleil ; ceux qui gagnent à accueillir le froid et l'obscurité » - Canetti - « Menschen die an der Sonne gehässig werden. Menschen, denen Kälte und Finsternis gut tun ». | | | | |
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| | | | Créer de l'ordre, dans les limites d'un langage fixé, est une banalité. Y introduire du désordre, pour créer un nouveau langage, est une chose rare. | | | | |
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| | | | Il n'y a rien de connu qu'on ne pourrait pas rendre, derechef, encore plus caché ou secret. Le contraire, évangélique, est bon pour intimider le désordre du menteur, mais non pour intimer l'ordre au mentor. | | | | |
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| | | | Parmi les choses auxquelles l'art réussit à donner une forme il y a toujours plus de sujets de négation que d'acquiescement, d'excentricité que d'authenticité. L'image de ton être est dans la forme évasive du vase et très peu dans son contenu compréhensible. Donc, ni métamorphose (perfectionnement, sacrifice, développement) ni préservation (authenticité, sincérité, fidélité), mais – création (forme, enveloppement, modelage). C'est ainsi qu'il faut comprendre Canetti : « ce qui est sans forme ne peut se métamorphoser » - « das Gestaltlose kann sich nicht verwandeln ». | | | | |
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| | | | Il y a en moi ce que je crois et connais, et ce dont je me méfie et ignore. Je m'évertue à ne parler à autrui qu'au nom de la seconde facette, la première étant commune à tous. « Ce qu'on sait de quelqu'un empêche de le connaître » - Ch.Bobin. Mais il faut croire en son ignorance de soi ; c'est ce que voulait dire Lao Tseu : « Si tu ne crois pas en toi-même, personne ne te croira ». | | | | |
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| | | | Dans ma Caverne du nécessaire, la lumière du possible me fait admirer les ombres de l'impossible. R.Char invertit les couleurs : « L'impossible nous sert de lanterne ». À Derrida il sert de matériau : « La seule invention possible, l'invention impossible ». | | | | |
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| | | | Ce qui, en toi, est visible – te cache. C'est ta manière de voiler l'invisible qui t'exprime le mieux. | | | | |
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| | | | Quand tu découvres l'éphémère de ce qui est le plus solide et le solide - de ce qui est on ne peut plus éphémère (« Seul l'éphémère dure »** - Ionesco), rien ne s'écroule dans ta tour d'ivoire ; mais tu révises la place accordée à son toit, ses souterrains, ses fenêtres, et tu vois que, fonctionnellement, ton édifice s'inscrira désormais tout naturellement dans le style architectural des ruines. « Là où s'élevait une maison bien réelle, surgit un édifice inventé » - Rilke - « Wo einmal ein dauerndes Haus war, schlägt sich erdachtes Gebild vor » - toi, pour qui la réalité s'appelait – mystère : « Ce qui, aux autres, n'est que mystère, symbole, substance invisible, est pour Rilke – une palpable, une parfaite réalité » - L.Reisner - « То, что для других – тайна, символ,
невидимая субстанция – для Рильке осязаемая, совершенная реальность ». | | | | |
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| | | | On fait bien, en dissipant le vague autour du secondaire, des problèmes, en y apportant de la lumière. Mais méfie-toi de l'inertie qui te ferait profaner l'obscurité sacrée du mystère. Ou, pire, - te désintéresser de toute lumière, au milieu des solutions incolores. | | | | |
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| | | | Avec le connu, on n'a besoin que de normes et d'empreintes ; c'est dans la mesure que l'on touche à l'inconnu, que le style se met à compter ; le mode inscriptif y paraît le seul valable, le descriptif, le prescriptif et même le proscriptif étant plutôt bêtes. | | | | |
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| | | | T'être familiarisé avec toutes les meilleures plumes du monde tua en toi le lecteur ; aucune chance que tu tombes encore sur un auteur à la hauteur de Nietzsche, à l'intelligence de Valéry, à l'ironie de Cioran. La source livresque s'est définitivement tarie. De bonnes soifs ne peuvent dorénavant jaillir que de toi-même. | | | | |
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| | | | Ton visage ne se donne ni au discours ni aux couleurs ni à la musique. La première sensation est celle d'un voile, que tu cherches à rendre le plus fidèle possible. Du maximum de la fidélité seconde naît le seul décalque crédible – le masque. « C'est lorsqu'il parle en son nom propre que l'homme est le moins lui-même. Donnez-lui un masque, et il se dévoilera »** - Wilde - « Man is least himself when he talks in his own person. Give him a mask, and he will tell you the truth ». | | | | |
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| | | | On se nourrissait aux Lois mythiques des Conciles ou aux Lois mirifiques des Académies ; désormais on ne s'alimente qu'aux Hasards de la Bourse. Et ça marche à défaut de ne plus danser. | | | | |
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| | | | Quand tu te seras rendu compte, que ce qui projette les plus belles ombres est ta propre étoile, que tes murs ne peuvent pas tenir longtemps debout, que toute sortie est plus que jamais sans objet, que ta profondeur n'est qu'une hauteur mal renversée, - tu reconnaîtras, que ta Caverne devint tes ruines. | | | | |
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| | | | Deux sortes disjointes de lieux : ceux où tu te montres et ceux où tu te caches. La seule illusion architecturale durable qui permettrait d'exercer ces deux modes d'existence au même endroit semble être les ruines. | | | | |
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| | | | Tes ombres doivent témoigner, que tu ne te faisais pas d'illusions sur ta proximité d'avec des astres. | | | | |
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| | | | Dans notre Ouvert humain, tant de suites de pensées, d'images ou d'émotions qui tendent vers notre commencement miraculeux ou vers notre fin abyssale, et aboutissant, toutes, aux valeurs-limites hors de nous, inspirant l'amour ou la terreur. Mais, contrairement à ce qu'en pense Hölderlin : « Je crois être sans fin, puisque je me sens sans commencement »*** - « Weil ich anfanglos mich fühle, darum glaub ich, daß ich endlos bin », ces deux bornes s'ignorent. | | | | |
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| | | | Tes contraintes – les points d'indifférence ; ton but – le centre de gravité intouchable ; entre les deux – tantôt ton Ouvert (Hölderlin, Rilke et Heidegger) tantôt ton Fermé (Valéry) - tes moyens d'artiste : la hauteur et les rythmes de tes circonférences. | | | | |
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| | | | Deux manières d'amplifier le possible : modifier le modèle – par ajout, suppression, substitution – ou inventer de nouvelles requêtes, représentation ou interrogation. Deux manières de filtrer le nécessaire : conditionner le modèle par des hypothèses topiques et le langage – d'hypostases tropiques. | | | | |
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| | | | L'optimiste résiste à l'incompréhensible, le pessimiste s'attriste du compris. | | | | |
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| | | | La philosophie : ne s'intéresser qu'aux mystères, les traduire en problèmes, se désintéresser des solutions en laissant à chacun atteindre les siennes, à sa portée. | | | | |
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| | | | Mieux tu te peins - plus tu t'ignores et mieux tu te comprends. Et tu comprends, que les autres ne te connaissent que d'après caricatures. | | | | |
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| | | | L'art de douter d'un savoir est plus délicat que l'art de le maîtriser. « Si tu veux m'apprendre quelque chose, apprends-moi, en même temps, à en douter » - Ortega y Gasset - « Siempre que enseñes, enseña a la vez a dudar de lo que enseñas ». | | | | |
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| | | | Toi, en chevalier errant ? Ou ton étoile en astre errant ? Sur un chemin – tes pas errants ? Non, dans tes ruines, laisse l'errance à ton regard, fidèle à tes abattements ou enthousiasmes. | | | | |
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| | | | La musique ne peut sauver un discours que s'il est impénétrable. Les obscurités pénétrables (Mallarmé et Valéry) dépendent beaucoup moins de la musique ; une fois l'œuvre pénétrée, ou bien on s'aperçoit, que tambourinage est son interprétation la plus juste (Mallarmé), ou bien qu'une orchestration, plus subtile qu'à première ouïe, s'impose à notre esprit (Valéry). | | | | |
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| | | | Ton écrit, pour rendre ton regard, passe, hélas, par le double filtre de la raison et de la langue ; et le résultat, ce n'est pas ton visage, mais son pâle reflet, à contrecœur. « Tout ce que j'ai écrit me paraît de la paille en comparaison de ce que j'ai vu » - St Thomas. | | | | |
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| | | | Après le maintien sournois dans les ténèbres intérieures, voici l'entretien courtois de la lumière extérieure, mais ils sont toujours aussi peu nombreux, ceux qui tiennent à leur propre bougie, ne jetant que leur propre ombre : « Je rendrai l'électricité si accessible, que seul l'aristocrate se permettra le luxe de s'éclairer à la bougie » - Edison - « I want to make electricity so cheap, that only the rich can afford to burn candles ». Mais le néon commun éclaire désormais et le pâtre et l'écolâtre ; les bougies ne décorent plus que des garden-parties. « L'intellectuel est une bougie, que l'amour allume » - Emerson - « A scholar is a candle which the love will light » - une fois l'amour éteint, on ne trouve plus d'intellectuels. | | | | |
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| | | | Ce qui est le plus fécond, ce n'est ni la solution issue des réponses, ni le problème entrant dans des questions, mais le mystère jaillissant des images. Comme le Parménide ou la Caverne de Platon, ou la Procession plotinienne, ou l'éternel retour nietzschéen. Et la réalité, que nous ne pouvons appréhender qu'en images ou tropes, n'est pas moins mystérieuse : « On ne peut parler des choses qu'en images ou analogies » - W.Heisenberg - « Man kann von einem Sachverhalt nur in Bildern und Gleichnissen reden ». | | | | |
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| | | | Avoir besoin d'une vérité, d'une foi, d'une liberté ou les maîtriser – deux cas qui presque s'excluent ; seul un maître peut se permettre les fastes du cynisme ou le luxe du scepticisme. La plus précieuse des maîtrises – l'art des contraintes qui entretienne une distance irréductible entre toi et l'absolu et en chasse toute familiarité. | | | | |
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| | | | Le soi est si loin de ce qui se montre, se dit ou se fait, que ce soit par les autres ou par toi-même, que le désir d'être soi-même, - le fondement de la bonne conscience, - est une aberration des sots. À moins qu'être soit ce qui subsiste, quand tu fermes tes yeux, pour créer un écran, et ta bouche, pour laisser parler ta plume, et laisses tomber tes bras, pour jouir des images insaisissables. | | | | |
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| | | | Les certitudes sont le lot des commentateurs et des critiques. Chez tout vrai auteur, même réputé tenir fermement aux systèmes, on trouve du ton dubitatif et humble. Les systèmes inébranlables qu'on daube sont le plus souvent des fantômes nés dans la grise imagination des zoïles. Tout homme ayant assez de hauteur d'âme finit par avoir un système profond, mais il sait, que « même le plus grand des systèmes n'est qu'un fragment »* - F.Schlegel - « auch das größte System ist doch nur Fragment ». | | | | |
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| | | | La vie saine est l'intérêt qu'on porte à la lumière tout en n'en percevant que des ombres. La perte de cet intérêt s'appelle la folie, un tête-à-tête avec les ombres. | | | | |
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| | | | Qu'est-ce qui te plonge dans une folie désirable, différente de celles qui sont à portée de tout le monde ? - c'est le choix d'un bon moment, pour la déclencher, et de bonnes choses, pour en recevoir des empreintes. Le goût et la maîtrise plutôt que le désir et l'abandon. N'y est pas fou qui le veut, mais seulement celui qui le peut. | | | | |
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| | | | Plus profonde est notre quête de connaissance, de certitude, d'ordre du monde, plus haut nous apparaîtra son silence final. La meilleure intelligence ne mène qu'à un meilleur effroi. | | | | |
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| | | | On arrive à formuler une bonne philosophie non pas à partir d'un doute du vrai, mais d'un fanatisme du beau ou d'une foi du bon. | | | | |
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| | | | Notre moi est un grand muet, comme Dieu ou la réalité ; être d'accord avec soi-même est une ânerie impossible. Mieux on s'interroge, moins on se comprend. « L'homme est un inconnu pour lui-même, et il ne sait jamais ce qu'il est capable de produire sous une provocation neuve » (volé chez St Augustin) - Claudel. La bonne imposture – la création de solitaire entravé ; la mauvaise – le libre dialogue avec le moi inconnu. Wagner, à son insu, traduisit cette amère ironie : « Seul celui qui est en accord avec soi-même est libre » - « Wer ganz seinem Wesen gemäß, vollkommen im Einklang ist, der ist frei ». | | | | |
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| | | | Mouton robotisé : il énonce, docte, pour la n+1-ème fois, la façon de marcher et ainsi enrichit son esprit, en se gargarisant de sa rigueur. Poète : sa danse imprévisible, sans pareil et libre, met à nu mon âme. | | | | |
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| | | | Savoir se passer de certains nœuds, dans la chaîne : expérience – représentation – langage – interprétation – sens, s'appelle intuition ; ne pas savoir les reconstituer en remontant les passages entre eux, s'appelle bêtise. | | | | |
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| | | | Je sais d'avance, que, quels que soient mes serments de fidélité à l'un des royaumes de la pensée, très rapidement je n'en serais plus un digne sujet, j'en serais même un exilé, marqué de lèse-majesté irrépressibles. C'est là où se trouve la différence entre un ironiste et un sceptique, « une espèce de nomade, qui a en horreur tout établissement fixe » - Kant - « eine Art Nomaden, die allen beständigen Anbau des Bodens verabscheuen ». | | | | |
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| | | | L'art de la négation : les uns voient le refus d'une espérance niaise dans le désespoir et y chutent ; les autres lui opposent l'espérance des délicats et rehaussent leur regard. « C'est l'optimisme niais qui nous déprime : le pessimisme lucide, lui, est vivifiant » - Matzneff. | | | | |
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| | | | L'histoire des hommes ou des idées : plus nettement on y voit le hasard, plus résolument on le chasse de son œuvre. Ceux qui, au contraire, y décèlent une loi, vouent, généralement, au hasard leur œuvre. | | | | |
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| | | | L'amour, la femme, l'image gagnent à n'être vus qu'en tant que fantômes intouchables. Et Dieu mort, c'est à dire, Dieu qui perdit tout besoin d'une référence au réel, Dieu devenu fantôme, rejoignit les meilleures sources du beau chez les vrais créateurs. | | | | |
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| | | | La sagesse et la puissance sont tout de maîtrise des contraintes et très peu de savoir des sources et fins. Parmi les contraintes : la méconnaissance de soi et la maîtrise d'autrui – presque le contraire de Lao Tseu : « Connaître autrui est intelligence ; se connaître est sagesse. Maîtriser autrui est force ; se maîtriser est puissance ». Le sage compromis serait l'ubiquité : « Tout homme est deux hommes et le véritable est l'autre » - Borgès - « Todo hombre es dos hombres y el verdadero es el otro ». | | | | |
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| | | | À quoi dois-tu t'attendre, si tu mets au centre ce qui t'est le plus énigmatique et impénétrable, toi-même ? – au jeu passionnel des ombres, à la perte de repères, au vertige. Et qu'ils sont sots, ceux qui se disent : « placez-vous au centre, et le vrai, le juste et le paisible vous appelleront » - Emerson - « place yourself in the middle, and you are impelled to truth, to right and contentment ». | | | | |
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| | | | Peut-être, un seul et même chapitre aurait dû comprendre et Ironie et Doute : « L'ironie est une clairvoyance » - de Gourmont. | | | | |
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| | | | Se connaître signifierait unité du sujet et de l'objet, projet digne des robots. « Ce que je peux être pour moi, je l'ignore moi-même » - Pirandello - « Di ciò che posso essere io per me, non lo so io stesso ». | | | | |
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| | | | L'homme et ses cibles : l'un finit par s'abîmer dans leurs fondements, l'autre n'arrive plus à se détacher des traces, que ses flèches avaient laissées dans les choses, le troisième, poète ou philosophe, comprend que pour les toucher il faut toujours viser plus haut, il se voue à la hauteur de l'azur ou de la pensée. Mais tous meurent, le carquois plein (A.Chénier n'est pas le seul à plaindre), car, bêtement, ils font flèches de tout bois. | | | | |
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| | | | Je suis inondé de cette lumière qui existe avant tout langage et ne vaut que par sa source mystérieuse refusant toute reproduction verbale. « Les pensées sont les ombres de nos sentiments » - Nietzsche - « Die Gedanken sind die Schatten unserer Empfindungen ». Quand on tient à l'intensité, tout reflet par le mot prend inexorablement la consistance des ombres. Mais vu du côté de la lumière, la vie ayant abouti à un livre et la parole étant traduite en chant, on dit : « J'ai vécu comme une ombre ; et pourtant j'ai su chanter le soleil » - Éluard. C'est l'intensité de la danse des ombres, et non pas l'intensité de lumière en marche (l'angélologie avicennienne ou thomiste), qui fait reconnaître l'ange. | | | | |
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| | | | L'ambition suprême de ma réflexion face à l'insondabilité et l'ineffabilité de mon moi : être une belle ombre d'une lumière inaccessible, ombre projetée en hauteur. Je plains ces piteux connaisseurs ou maîtres de leurs soi-mêmes transcendantaux ou immanents, se vautrant dans leurs profondeurs viabilisées : « L'objectif suprême de ton évolution : devenir maître de ton soi transcendantal, être le soi de ton soi » - Novalis - « Die höchste Aufgabe der Bildung ist, sich seines transzendentalen Selbst zu bemächtigen, das Ich seines Ichs zu sein ». Quand tu es dans la forme, tu ne peux être que dans le nous dialogique, du côté des ombres. | | | | |
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| | | | La pureté : le plus idéaliste des sens, la vue, débarrassée de sa facette matérialiste, devient regard ; le plus matérialiste, le toucher, libéré de sa fonction idéaliste, devient caresse. | | | | |
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| | | | L'âme n'a pas de secrets ; elle peut avoir des mystères. Plus ton geste tente de les dévoiler, plus je doute de leur existence. | | | | |
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| | | | Il est impossible de jouer à cache-cache avec ce qui nous bouleverse de l'intérieur ; aucune révélation de notre moi, due à la sincérité ou à la perspicacité, n'est sérieuse ni intéressante. Celui qui, néanmoins, y croit, parle de recherche de la vérité et finit par tomber sur ce que trouve n'importe quel sot sans le moindre effort d'authenticité ou d'imagination. Seule une libre invention est capable de rendre quelques traits de notre visage, et encore… | | | | |
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| | | | Ce n'est pas en connaissance mais en appétence de soi qu'il faut progresser : il faut se vouloir à défaut de se connaître. Se connaître voudrait dire maîtriser la tension de ses cordes (« il faut se connaître pour régler sa vie » - Pascal), mais, pour interpréter une belle mélodie, d'autres dons sont plus vitaux. | | | | |
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| | | | Deux attitudes devant l'écriture : partir d'une question (à laquelle personne n'aurait encore apporté de réponses) et creuser des réponses profondes ; partir des réponses déjà connues, les traduire en une haute Question, inviter tout lecteur non-aptère à y apporter sa propre réponse. | | | | |
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| | | | De clarté en clarté – aboutir, pour s'y illumuner, dans une haute obscurité, accueillante et palpitante. Au lieu de sombrer : « De brouillard en brouillard – clarté plus grande » - Canetti - « Von Nebel zu Nebel größere Klarheit ». La clarté n'est jamais haute ; toute conquête de clartés est un rognement d'ailes. | | | | |
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| | | | Le contenu, le frisson de la vie, est de porter un bon regard à une bonne hauteur, où ne naissent encore ni questions ni réponses. La flamme est impure, quand on dit, que « la vie est brûler des questions » - Artaud, mais avec des seules réponses, elle manque de bonnes ombres. | | | | |
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| | | | L'espérance trouble les choses vues, mais élève la vue : « On voit à la mesure de son espérance » - Ch.Bobin. | | | | |
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| | | | Un homme me devient intéressant, quand je n'ai pas besoin de chercher la lumière, dont il est l'ombre. La primauté de l'ombre ; l'absence de lumière criarde. « La lumière publique obscurcit tout »*** - Heidegger - « Das Licht der Öffentlichkeit verdunkelt alles ». | | | | |
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| | | | Les contraintes, ou le filtrage, ne devraient pas écarter des objets de nos partitions, mais en écarter des angles de vue, des clefs, qui ne promettent aucune musique. Tout objet, sous un regard électif, peut devenir digne de nos cordes : « Je ne cherche pas la définition. Je tends vers l'infinition »** - G.Braque. | | | | |
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| | | | Soit une chose, C, son implexe, Im, et notre parcours, P, au-dessus de la chose, entre les moments t1 et t2, vécu avec l'intensité In. Héraclite nous dit, que l'égalité, C(t1) = C(t2) est impossible ; Nietzsche nous suggère qu'avec In suffisamment grande, cette égalité est métaphoriquement possible – l'Éternel Retour ; Valéry dit qu'il n'y a pas de choses, que des implexes, qui sont toujours unifiables, Im(t1) = Im(t2), - l'Éternel Présent. | | | | |
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| | | | Le monde devient si translucide, si bien viabilisé et éclairé, qu'on a le droit de s'interroger : qu'y fais-je avec mes ténèbres ? Et dire que jadis on pouvait clamer, fièrement et bêtement : « Comment émettre de la lumière dans ce monde envahi par les ténèbres ? » - Dostoïevsky - « Как светиться в мире, утопающем во тьме ? ». Émettre des rêves serait une autre issue : « Qui est plongé dans les ténèbres, allume un rêve » - N.Sachs - « Wer im Dunkeln sitzt, zündet sich einen Traum an ». | | | | |
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| | | | Aucune sophistique ne pallie le mauvais goût ; mais le bon goût conduit toujours à une sophistique extérieure, en délicat équilibre avec la dogmatique intérieure. Le dogmatique est celui qui enflamme son esprit des croyances ; « le sophiste est celui qui purifie son âme des opinions » - Platon. | | | | |
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| | | | L'intelligence supérieure se reconnaît dans les lacunes volontaires, dans ces hiatus qui ne sont que respect du mystère, quand toute autre forme de liaison, discursive ou conceptuelle, profane le vide sacré. | | | | |
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| | | | Quand tu es sûr de ton «chemin», tu redoutes le trouble et le frisson qui peuvent te jeter hors de tes ornières. Mais quand le frisson même est ton «chemin», tu fuiras le continu de la voie pour te livrer aux pointillés de la voix. La volonté musicale peut se passer de chemin banal, quoi qu'en pense Lénine : « Où il y a la volonté, il y a un chemin » - « Где есть воля – там есть путь ». Mais là où il y a une représentation, on n'a pas besoin de chemins, ou plus précisément – de pieds, on se contente d'ailes. | | | | |
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| | | | Le visage est toujours problématique ; la parole sans grâce le réduit au grade de solution lisible, la parole inspirée en fait un mystère visible. Ce que ne semble pas voir Ch.Bobin : « Le vrai bonheur – un visage inconnu, que la parole peu à peu éclaire ». Le bonheur – dédier ton mot à un visage qui en devient vivant tout en restant incompréhensible : « Écrire, c'est affronter un visage inconnu » - Jabès. | | | | |
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| | | | Leurs théories du soupçon ou du déguisement partent de l'hypothèse d'une authenticité possible, dans le verbe ou dans le geste, qui rendraient fidèlement notre moi, habituellement inavouable ou cachottier. Authenticité impossible, car seule l'invention-création (que Valéry appellerait transformation, car toute création est de la traduction, ce qui suppose un original à transformer) est le vrai visage de l'homme, la visagéifiction. La seule vraie différence entre artiste et mouton-robot est dans les deux acceptions du terme de modèle : le second reproduit le modèle courant, le premier en crée une représentation nouvelle. | | | | |
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| | | | Toute science a une facette artistique ; mais là où une question n'admet plus qu'une seule réponse, l'art est impossible. Comme, d'ailleurs, la philosophie : « Philosophie, somme de tous les sujets sur lesquels il est possible de différer d'opinions » - Valéry. | | | | |
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| | | | Avoir de la profondeur veut dire connaître à fond tous les niveaux intermédiaires ; avoir de la hauteur – les ignorer altièrement. | | | | |
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| | | | Aucune extase devant ce qui est compris ne vaut celle de l'incompréhensible. | | | | |
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| | | | Le fanatisme est bon quand ses réponses, dues au goût, sont floues et le scepticisme – quand ses questions, dues à l'intelligence, sont nettes : « Rien de plus bête que le scepticisme vague » - Valéry. | | | | |
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| | | | Ils n'ont que le vague et le font passer pour le sentiment ; je n'ai que le sentiment et je ne le rends que par des ombres, ombres le contraire du vague. | | | | |
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| | | | Le sage n'abandonne pas ses convictions, il abandonne le langage suranné dans lequel elles furent énoncées. | | | | |
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| | | | Le libre arbitre a ses merveilleuses lois qu'il ne nous appartient pas, hélas, d'explorer, mais seulement d'admirer en silence. Pourquoi Loi plutôt que Chaos ? Pourquoi Valeur plutôt que Mesure ? Pourquoi Frisson plutôt que Calcul ? | | | | |
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| | | | L'intentionnalité est la construction de l'arbre linguo-conceptuel d'accès à l'objet visé : un simple nœud-nom, dans le cas le plus flagrant, une forêt-réseau logico-sémantique, dans le cas le plus embrouillé. | | | | |
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| | | | Ce qu'on connaît est presque sans importance pour la qualité de notre écriture ; c'est dans la docte ignorance que se manifestent le mieux nos frissons et nos recherches : « Qui questionne et s'étonne a le sentiment de l'ignorance »** - Aristote. Elle accompagne l'étonnement jusqu'à sa chute dans une certitude passagère. « La docte ignorance n'est pas le commencement de la philosophie, mais la fin des sciences » - H.Arendt, où elle s'appellera savoir indocte. | | | | |
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| | | | Dans l'essentiel, toute recherche de fondements, d'ancrages ontologiques, aboutit au noble néant des ruines, sans dates ni noms, intemporelles et innommables, où l'on frissonne, admire et rêve. Dans l'inessentiel, on a le choix entre l'étable et la salle-machines, où l'on rumine. | | | | |
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| | | | C'est l'incompréhension et la perplexité qui rendent la vie désirable. « Donnez un but précis à la vie : elle perd instantanément son attrait » - Cioran. Le sot est plus souvent myope que presbyte : « Je sais où je vais, mais pas où je me trouve » - Picabia. | | | | |
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| | | | Dans l'exposé de ce qui est connu, tous les hommes atteignent des statures comparables ; c'est dans le style de nos attouchements de l'inconnaissable, que notre vraie valeur s'affirme. Et Wittgenstein : « Moins tu te connais et te comprends, moins grand tu es » - « The less somebody knows & understands himself the less great he is », n'y est bête qu'au second degré. | | | | |
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| | | | Pour vivre du regard détaché des choses vues, il ne suffit pas que tu voies que tu rêves, il faut ne voir qu'en rêvant. | | | | |
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| | | | On commence par trouver la beauté dans les choses vues ; ensuite, on s'imagine qu'elle réside dans nos yeux ; et dans le meilleur des cas, on finit par reconnaître une miraculeuse concordance entre la beauté conçue et la beauté perçue. L'expression de cette harmonie s'appelle regard. | | | | |
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| | | | Sophistes, cyniques et sceptiques sont de mauvais nihilistes : indifférents, calculateurs ou apophatiques, là où le nihiliste est enthousiaste, créatif et confiant, - dans la fabrication libre de ses propres points d'attache ontologiques. | | | | |
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| | | | Le bon nihiliste est celui qui reconnaît notre incapacité de formuler des buts dignes de la merveille humaine et qui se résigne à n'en ébaucher que des contraintes. | | | | |
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| | | | Les Anciens apparaissent à ton horizon, auréolés de génie pur et de profondeur abyssinale, et ils te servent d'appui et de consolation. Mais plus on va, plus on se rend compte qu'ils sont plus bêtes que nombre de tes contemporains, que, pourtant, tu méprises, - et la Terre reçoit soudain une terrible secousse, et tu te retrouves dans tes ruines primordiales, sans aucun Atlas complice. | | | | |
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| | | | On peut chanter le hasard comme on chante une loi ; il suffit de ne pas présenter ce qui n'est dû qu'à lui comme résultant d'une grande loi. Avoir chassé le hasard de nos modèles (« éliminer le hasard » - Hegel - « den Zufall zu verbannen ») signifierait, que ceux-ci coïncident en tout point avec la réalité, ce qui est insensé. | | | | |
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| | | | Que puis-je savoir de mon soi, à part le sum découlant de cogito me cogitare ? La conscience contient si peu de conscience de soi. Il y a ceux qui se vantent de se connaître (et composent des panégyriques de la connaissance de soi – Grothendieck) et ceux qui s'inventent. La présentation est chaude, vague et muette, la représentation – froide, nette et éloquente. Le cogito n'est pas une formule logique, mais une équation à variables, dont chacun crée les domaines de valeurs. | | | | |
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| | | | L'éternel retour est retour dans ta Caverne, est reconnaissance, que la découverte d'une lumière naturelle n'apporte rien de plus, et que retourner à la source artificielle, à ton propre feu, - n'est ni faiblesse ni bêtise ni honte. | | | | |
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| | | | Quel que soit le sens qu'on donne à opium du peuple - suspension du questionnement, foi ou espérance – même la tête la plus subtile n'échappe pas à ce besoin vital ; son opium sera : la dogmatique, pour calmer son angoisse, la sophistique, pour caresser son amour-propre, l'ironie, pour les alterner. L'angoisse allonge les bras, la requête approfondit les choses, l'espérance rehausse le regard. « En tout cas, l'espérance mène plus loin que l'angoisse » - E.Jünger - « Auf alle Fälle führt die Hoffnung weiter als die Furcht ». | | | | |
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| | | | Dans la réalité il n'y a que matière et esprit ; les deux questions correspondantes, à l'origine des sciences et de l'art – pourquoi la pesanteur ? pourquoi la grâce ? - se rencontrent, curieusement, chez S.Weil. | | | | |
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| | | | Quel sens mettre dans la dissimulation de celui qui avoue ne pas se connaître ? Le même gâchis que l'authenticité des sots. | | | | |
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| | | | Il faut reconnaître : l'éternel retour, pourtant incontournable, est un cercle vicieux. Pour un regard qui navigue entre la profondeur et la hauteur et arrive à ce constat désabusé : fixer des commencements ou des fins, au lieu de les supposer ineffables, ne fait qu'abaisser nos trajectoires. Et le mythique recommencement archétypal, l'écho du sacré dans l'acte, ne tient jamais ses promesses. | | | | |
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| | | | N'a le droit de s'appeler mystère que ce qui est solution de Dieu. Le mystère de Dieu est hors de notre portée ; mais il se trouvent des hommes misérables qui prétendent le pénétrer et en font leur solution ou l'y comparent : « Les mystères divins me conviennent mieux que les solutions humaines » - Chesterton - « The riddles of God are more satisfying than the solutions of men ». | | | | |
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| | | | Avec qui associe-t-on sa meilleure espérance ? La mienne ne connut, dans le temps, aucune évolution et ne quitta jamais le poète. Sa chronologie, chez les sots insensibles : le politicien, le journaliste, l'homme d'affaires ; chez le sot sensible : le poète, le savant, le philosophe ; chez le sage insensible : le philosophe, le savant, l'homme tout court ; chez le sage sensible : l'homme tout court, le savant, le poète. | | | | |
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| | | | Nous connaître, c'est connaître notre âme, mais celle-ci est exposée au souffle d'un esprit supérieur, dont tout contact nous est interdit, - celui qui dit se connaître ne connaît que ses glandes. Ou, au mieux, ses muscles : « Ce que je connais de moi-même est ce qui prend par à l'action » - Bergson – c'est à dire une misérable surface de ma face invisible dont la profondeur m'est interdite et que seule réinvente la hauteur de mon âme. | | | | |
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| | | | Aux trois éléments – eau, terre, air – sont associés trois courants vitaux : la fontaine, les racines d'un arbre, le souffle – le souterrain, le terre-à-terre, le hautain – la philosophie, le savoir, la poésie ; ils brillent, culminent et se poétisent grâce à la pureté et à l'intensité, ces courants du feu, du génie. Et même si « de braise d'arbre en braise, notre arôme s'affaiblit » - Rilke - « von Holzglut zu Holzglut geben wir schwächern Geruch », la métamorphose de Phénix nous rendra la fontaine, l'arbre et le souffle. | | | | |
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| | | | Les mêmes profondeurs visitent tous les hommes, mais c'est le talent, c'est à dire la hauteur, qui détermine si les tentatives de les rendre resteront platitudes ou se solidariseront avec des envolées. La hauteur ne peut être qu'inventée ; la platitude est bien réelle. « C'est l'excès de la signification suggérée, c'est le fait de transformer le courant sous-terrain en un courant de surface, qui nous abaisse jusqu'à la prose »** - Poe - « It is the excess of the suggested meaning - it is the rendering the upper instead of the under current of theme, which turns into prose ». | | | | |
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| | | | Ces deux efforts isolés : ne voir dans la réalité que mystères, ou tenter d'accorder au mystère autant de poids qu'à la réalité, - quand ils ne sont pas coordonnés, le délire te guettera au tournant. « Le monde comme un rêve, le rêve comme un monde » - Novalis - « Die Welt wird Traum, der Traum wird Welt » - la tâche du regard, les yeux ouverts, ou le travail de la hauteur, les yeux fermés. | | | | |
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| | | | N'apprécier que des chemins inaboutis (des Holzwege de Heidegger), à travers une forêt obscure (la selva oscura de Dante), et t'abandonnant au pied de ton arbre, qui sera ton œuvre, la ruine des chemins et clartés. | | | | |
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| | | | La vertu, en pleine lumière, ne peut être que petite vertu, comme le péché, commis dans des ténèbres, n'est que petit péché. « Le péché n'est pas dans la ténèbre, mais dans le refus de la lumière » - Tsvétaeva - « Грех не в темноте, а в нежелании света ». Le vice s'appuie sur la nette raison, la vertu cherche sa raison dans le vague à l'âme : « Les vertus ont leur siège dans la partie irrationnelle de l'âme »* - Aristote. | | | | |
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| | | | À prendre les choses comme elles sont, on se retrouve avec les mains pleines et le cerveau vide. | | | | |
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| | | | En dehors de la gastronomie, que savons-nous de l'authenticité de l'escargot ? Avec les mots tu ne peux construire que la coquille, que l'autre n'appréciera qu'en géomètre, en chef de cuisine ou en oiseau de proie. Ton école de peinture s'appellera exil ou ruine ; et tu y dessineras, indifféremment, tantôt une coquille, tantôt une carapace et tantôt une muraille. | | | | |
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| | | | On n'interroge jamais la réalité ; toute requête, inévitablement, naît déjà au-dessus d'un modèle ; à la réalité on ne peut adresser que prières, hymnes ou malédictions. | | | | |
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| | | | Les certitudes appartiennent aux modèles interrogeables ; elles ne qualifient une intelligence ou un savoir qu'au second degré. On ne peut parler d'illusions humaines de la liberté ou de la vérité, que si l'on ne dispose pas de bons modèles ou ne les maîtrise pas. La certitude en absence de bons modèles est soit une plate bêtise soit une profonde intuition soit un haut rêve. | | | | |
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| | | | Je ne connais pas un seul philosophe, dont le calibre gagnerait quoi que ce soit à s'appuyer sur un système. Le poids intégral d'une vraie sagesse réside exclusivement dans ses métaphores. « Le trésor tout entier du savoir et du bonheur humains n'est fait que d'images »*** - J.G.Hamann - « In Bildern besteht der ganze Schatz menschlicher Erkenntnis und Glückseligkeit ». | | | | |
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| | | | Pour percer le mystère de la lumière en soi, nous sommes réduits à la Caverne platonicienne ou aux phénomènes kantiens ; mais le mystère de la vie fait partie de la réalité lumineuse, tandis que le vrai gouffre se trouve entre le mystère réel, comprenant les phénomènes, et le problème de la représentation, dans laquelle lumière et ombres ont le même statut. C'est la solution langagière qui nous escamote et déforme cette triade. | | | | |
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| | | | L'ignorabimus correspond à la partie de l'ignoramus, à ces choses qui n'admettent pas de représentation : ni par objet ni par relation ni par prédicat. Et Kant et Gödel nous apportent des preuves interprétatives de leur existence. | | | | |
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| | | | La lecture d'Héraclite ou Platon : leur logique enfantine n'empêche pas leur poésie à vous atteindre ; la lecture de leurs collègues contemporains : une lourde pseudo-logique qui vous envahit sans aucune promesse poétique – une terrible conséquence de la traduction d'images fluides en concepts secs. | | | | |
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| | | | C'est pour mieux scruter l'horizon ou fixer le firmament que Nietzsche ou Cioran s'entourent de ruines. | | | | |
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| | | | Le soi n'est ni dans les réponses, ni dans le questionnement, ni dans le parcours de la question à la réponse, ni dans le silence ; si, après ces quatre négations, tu te sens authentique, tu te trompes de voies ou de voix. Notre essence restera soit hypothétique soit utopique soit mythique ; seule l'existence est authentique. | | | | |
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| | | | Nous sommes tous également impuissants dans la vision du lointain ; c'est seulement en profondeur ou en hauteur que nos regards diffèrent, en gagnant en poids ou en intensité. Et celui qui croit, que « plus on prend de la hauteur et plus on voit loin » (proverbe chinois), se trompe de dimension. | | | | |
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| | | | Il vaut mieux créer du chaos avec des idées claires plutôt qu'un ordre plat avec des idées vagues. | | | | |
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| | | | Abandonner le certain pour l'incertain est bête (même si le mouton fait l'inverse) ; transformer l'incertain en certain est à portée des machines ; c'est la découverte de l'incertain dans le certain qui est l'apanage de l'homme lucide. | | | | |
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| | | | La foi en soi – une double aberration qui, curieusement, s'avère être plus acceptable que la connaissance de soi, où, systématiquement, on se trompe soit de connaissance soit de soi. Comme quoi une double négation de la raison est parfois presque de la raison. | | | | |
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| | | | Les étapes d'approfondissement, aboutissant à l'illusion du soi : je n'affirme pas ce que je suis ; je ne suis pas ce que j'affirme ; le Je et le Moi sont identiques et également inapprochables. Et si « être un homme, c'est savoir distinguer son Je et son Moi » (S.Weil), l'homme est un fieffé illusionniste ! | | | | |
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| | | | C'est dans la proportion entre nos firmaments cachés et nos horizons visibles que se bâtit notre demeure. Contrairement aux intuitions géométriques apparentes, notre intériorité doit être haute et notre extériorité - profonde. | | | | |
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| | | | L'espérance rationnelle ne peut être que sophistique, comme le désespoir irrationnel veut être cynique ; c'est pourquoi ton espérance doit être irrationnelle et ton désespoir - rationnel. Il faut savoir donner tort à Platon, face aux sophistes, et à Descartes – face aux scolastes. | | | | |
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| | | | Être homme du savoir voulait dire, jadis, être fasciné par les mystères de l'univers, de la vie et de l'homme ; aujourd'hui – connaître l'adresse URL du manuel d'autorité, sur des problèmes et solutions de ce jour. | | | | |
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| | | | Que trouve-t-on dans son âme ? - une musique silencieuse, une peinture des yeux fermés, une raison d'avant le Verbe, des attirances sans objets, et la tâche humaine d'introspection est tout de traduction ; je n'y vois aucune place pour la dissimulation, le refoulement, l'aliénation – toutes les philosophies du soupçon ne s'adressent pas à l'homme, mais au robot, qui s'imagine, que ses copies sont plus authentiques que ses dissimulations. | | | | |
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| | | | Se méconnaître, c'est, en permanence, faire que le Même soit autre, exotique, ce qui entretient l'intensité des sensations et constitue le retour du Même. | | | | |
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| | | | Plus profond est ton nouveau savoir, plus haut sera le siège de ton nouveau doute. | | | | |
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| | | | Comment sauver du ridicule les sages delphiques ? - en reconnaissant l'équivalence de ces trois étapes : connais-toi toi-même – lis la vie toi-même et en toi-même – traduis ce que tu y entends. À la sortie, même si tu ne t'y reconnais pas du tout, ce serait le seul soi authentique. Le soi connu est misérable ; c'est le soi inconnu qui est notre trésor, pour l'observateur et non pas pour le marcheur : « Aller au bout de soi-même est une stratégie de pauvres »** - Baudrillard. | | | | |
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| | | | Au même lieu méditerranéen, où j'inventais et l'astre et la chose et l'ombre, Nietzsche chercha la lumière et Valéry trouva l'illumination - pour mieux peindre leurs ténèbres. Entre la hauteur du premier et la profondeur du second, je m'y sens à l'aise, en oubliant les astres et les choses et en vivant des ombres. | | | | |
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| | | | Derrière le terme de vie – deux réalités radicalement différentes : le fruit rationnel des expériences et observations des autres et de toi-même, d'une part, et de l'autre - la source mystérieuse de tes vibrations, chants ou angoisses, au fond de toi-même. C'est au courant de la seconde que ton œuvre doit s'écrire ; la première, c'est ce fameux pinceau qui doit être absent de ton tableau. | | | | |
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| | | | Dans les profondeurs – une complexité, dans les hauteurs – un mystère, dans l'ampleur – une invention ; les trois - à vous couper le souffle ; ce qui fait soupçonner de platitude toute proclamation de sots, faite clairement, simplement et naturellement. « Il faut une audace immense pour se débarrasser de ce mot - naturellement » - Chestov. | | | | |
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| | | | L'âme serait créée avant le corps (Platon) et aurait pour siège le cerveau ; l'âme ardente serait dans le cœur (Aristote) pour équilibrer le froid cerveau ; l'âme serait à la couture entre le cerveau et le corps (Descartes), dans une glande pinéale ; la théorie du transfert des soupçonneux nous la ferait croiser jusque dans le bas-ventre. Où qu'on loge le regard, ce n'est pas aux yeux d'en dicter la hauteur. | | | | |
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| | | | La netteté des images modernes est due à l'absence de frissons qui, jadis, formaient un tremblement ou un aura autour des mots, des idées et des gestes. | | | | |
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| | | | Que tu déclares le réel impénétrable ou perméable, les idées ou les métaphores y trouveraient des ressources comparables ; le vrai rêve ne s'évanouit pas au contact des choses, comme le vrai esprit est à l'aise au milieu des fantômes. | | | | |
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| | | | Théoriquement, on peut imaginer un être vivant, muni d'un tel cerveau et de tels sens qui ne permettraient aucune représentation sensée de la réalité ; seule cette abracadabrante hypothèse justifierait le scepticisme. Mais la vie, visiblement, est un miracle qui va dans un sens opposé au soupçon et favorable à la foi, c'est à dire à la poésie : « Il est aisé d'être poète parmi les dieux »** - Y.Bonnefoy. | | | | |
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| | | | L'existence de lois de la nature démunit de son aura tout subjectivisme transcendantal : qu'on se fie, intégralement, à ses sens ou qu'on s'en méfie, on aboutit aux mêmes modèles. Celui qui doute de l'existence de corps célestes, d'atomes ou d'espèces, bâtit des châteaux de cartes phénoménologiques ; celui qui n'en doute guère, envoie des vaisseaux inter-planétaires, maîtrise la matière et l'énergie et doute de soi-même. | | | | |
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| | | | Proclamer illusoires la réalité, la liberté, toutes les valeurs métaphysiques, c'est déclarer la guerre à la raison, la dégrader. Le soupçon intellectuel auquel répugnent les sens ne vaut pas plus que la croyance populaire, que le sens approuve. | | | | |
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| | | | Le non-poète s'intéresse à deux choses : aux miroirs et aux objets. Aux objets les plus pesants et aux miroirs à reflets fidèles. Tandis que le poète guette surtout les objets invisibles et se crée des outils à réflexion musicale de fantômes. Pour nous inonder d'une musique qui n'est nullement reflet du bruit du monde. | | | | |
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| | | | Quand on a des palettes assez riches et des tableaux assez ambitieux, la convergence absolue, avec un autre maître, n'est plus possible, et elle serait même un signe suspect de banalité. Donc, on ne peut pas être attiré vers ses semblables : « Passez, ceux qui pensez comme moi ! » - Handke - « Gleichgesinnte, nicht melden ! ». | | | | |
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| | | | Les représentations conceptuelles ne sont jamais homomorphes ; une infinité de structures et d'opérations de la réalité échappera toujours à nos modèles humains. Mais puisque les seuls modèles parfaits sont des modèles mathématiques, le réel, c'est à dire la perfection même, serait une réalisation de la mathématique. Au commencement et de la représentation et de l'objet est le Nombre, la seule raison de leur concordance. | | | | |
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| | | | Une illusion stérile et bête : il y aurait en nous un soi secret, dont la recherche et la fouille constitueraient le sens de notre existence ; le plus souvent, ces gribouilleurs nous assomment avec des platitudes, où ne perce rien de personnel ni d'unique. C'est la forme même de la recherche, même si son objet n'est désigné que par de vastes et vagues contraintes, qui reflète mieux notre soi qui n'est valable qu'introuvable et ne vaut rien une fois trouvé. | | | | |
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| | | | Quelle est la leçon du flux héraclitéen ? - oublier le fleuve et penser aux entrées, aux commencements hors temps absorbant et la profondeur et la surface par recours à la hauteur intense. Ne serait-ce pas l'éternel retour, fidèle au commencement intégral ? L'initié, serait-il celui qui pratique le culte des initii - des commencements ? | | | | |
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| | | | Vivre de commencements signifie s'adonner à la pureté du présent, que la révélation du passé munit d'intelligence et de profondeur, c'est à dire de moyens, et la néantisation par le futur – d'ironie et de hauteur, c'est à dire de contraintes. Le contraire des laborieux poursuivants de buts : « Pour un créateur, ce n'est jamais la source qui compte, mais uniquement jusqu'où il est allé » - S.Zweig - « Nie entscheidet beim schöpferischen Menschen von wo er ausgegangen ist, sondern einzig wohin und wie weit er gelangt ist ». | | | | |
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| | | | Plus les hommes veulent exhiber ce qu'ils sont, plus insignifiants ils paraissent. On signifie par son pouvoir d'invention d'un soi introuvable. | | | | |
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| | | | Pas de déclaustration possible de la Caverne, elle n'a pas d'issues ; on peut seulement la transformer en sobre et misérable lanterne, s'imaginant plus puissante que nos ombres, ou en glorieuse taverne, où danseront nos ombres enivrantes. | | | | |
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| | | | Proportionnellement, il n'y a pas plus de preuves dans le genre argumentatif que dans le genre aphoristique ; et, normalement, avec un ouvrage du premier genre, après y avoir éliminé tous les remplissages de liaison, remplissages superflus et mécaniques, on devrait n'avoir sous les yeux que des maximes. | | | | |
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| | | | Les hommes, c'est à dire les sujets, s'inscrivent dans ton modèle, comme toi-même, tu en fais partie ; modéliser un homme, c'est donner la mesure de son valoir en reflétant l'univers modélisé dans ses savoir, vouloir et devoir face à cet univers ; strictement parlant, l'univers n'existe que reflété ainsi, il est toujours hypothétique. | | | | |
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| | | | Du cycle l'admiration – l'inquisition – l'ignorance (Montaigne) faire une simultanéité, tel est le but de l'éternel retour. | | | | |
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| | | | Deux notions creuses, aux trajectoires semblables ou parallèles, – le hasard et le destin. Sensées apporter du mystère à ce qui n'est qu'ignorance et faiblesse. Le scientifique les formalise en tant que lois, et le poète les reformule en métaphores. | | | | |
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| | | | N'être que l'ombre de toi-même – une belle perspective, surtout si tu avais préféré une lumière mystérieuse aux banales lanternes de la cité. Encore mieux – que les ombres soient ton vrai ouvrage portant des reflets des nobles objets, filtrés par ton goût des ténèbres. | | | | |
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| | | | Peut-être que le plus beau rêve ne s'oppose guère à la réalité, mais est la sensation du monde tel qu'il est, et donc de l'inconnaissable et de l'intouchable, et non pas de tel qu'il se fait, du paru et connu. | | | | |
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| | | | L'être est fusion de la matière (représentation) et de la musique (expression), de la loi et de la liberté, de la dogmatique et de la sophistique, du connaître et du paraître. L'extinction de la seconde composante, de celle, où l'on veut briller ou prier, nous ramène aux robots ou moutons qui ne peuvent que narrer ou parer. | | | | |
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| | | | À quoi me sert l'indubitabilité de mon moi qui, indicible et impassible, cogite, s'il reste un grand inconnu pour l'autre moi qui souffre ou qui s'exprime ? | | | | |
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| | | | Tout homme lucide fait, tôt ou tard, cette découverte : s'imaginer l'emporte sur s'analyser, dans la vraisemblance et la qualité des contours de soi qu'on esquisse. | | | | |
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| | | | On reconnaît le sot par la place du hasard : chez le sage, la loi du haut regard fait oublier le hasard des choses ; chez le sot, le hasard d'un regard, superficiel ou profond, doit dévoiler la pseudo-loi des choses. | | | | |
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| | | | L'être, que reniflent les creux, est ce que représente la chose sans notre œil et sans lumière : « O Soleil ! Toi, sans qui les choses ne seraient que ce qu'elles sont » - E.Rostand. Les ombres de notre regard seraient à déplorer encore davantage. D'ailleurs, le regard est davantage une humble répartition d'ombres qu'une orgueilleuse projection de lumières ; la lumière, c'est du je peux !, et les ombres – du je veux ! | | | | |
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| | | | Le soi, dont on parle, représente, en nous, deux antagonistes : le soi inconnu qui frissonne et crée et le soi connu qui produit et maîtrise. Quand nous comprenons, que nos vraies défaites ne sont pas dues à l'adversité extérieure, mais à l'incommensurabilité entre nos deux soi, le muet et le bavard, tous les deux à l'intérieur de nous-mêmes, nous touchons au sentiment tragique. La création est d'autant plus haute, que l'esprit se met du côté de l'inconnu et l'âme déborde vers le connu. C'est la victoire sur le soi connu que salue Lao Tseu : « Qui se vainc soi-même a la force de l'âme », puisque le soi inconnu, c'est l'âme. | | | | |
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| | | | L'acquiescement au monde n'est pas sa compréhension suivie d'une approbation, mais, presque au contraire, son incompréhension, profonde et émerveillée, suivie d'une tragique résignation de son haut parcours. | | | | |
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| | | | La discontinuité de tout regard sur le monde, qu'il soit philosophique, scientifique ou poétique, est inévitable, et ceci – en deux sens : à la verticale à cause du changement, toujours possible et toujours discret, de langage et à l'horizontale, puisque toute chaîne causale se brise si facilement, que ce soit en début, à la fin ou au milieu. | | | | |
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| | | | L'Ego, le moi, le Je – celui qui cherche, celui qui se cherche, celui qui trouve – trois facettes pleines, se refermant sur un vide innommable. | | | | |
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| | | | Quelle autre démonstration d'une existence hors espace-temps que le moi, se révélant dans cette coordination miraculeuse entre les sens, le cerveau, les muscles, la conscience métaphysique ! Tous accessibles à tout moment et en toute circonstance, dans un parallélisme et une unité inconcevables ! | | | | |
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| | | | Le soi se loge quelque part sous la boîte crânienne, observe la conscience et déclenche des actes ; aucun oracle delphique, aucun cogito, aucun réseau ne neurones ne m'éclaire sur son mystère ; il est la flèche de Zénon qui, visiblement, vole, mais, pour ma raison, - reste immobile. Aucune solution donc du problème grec de connaissance ni du problème égyptien de vérité (personne ne souleva mon voile), qui nous illuminerait sur le mystère du soi, où le connu et le vrai restent impuissants | | | | |
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| | | | Le point commun entre la poésie et la mathématique : la forme engendre le contenu – un mystère de l'âme, un mystère de la raison ; la réalité se pliant, Dieu sait pourquoi, - devant la liberté. L'imagination est ascendante (vers l'intonation) en poésie et descendante (vers l'intuition) – en mathématique, et D.Hilbert oublie d'en donner le sens : « Celui-là abandonna la mathématique et devint poète ; il manquait d'imagination pour être mathématicien » - « Der hat die Mathematik aufgegeben und ist Dichter geworden, für die Mathematik hatte er zu wenig Fantasie ». | | | | |
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| | | | Il y a des ombres qui ne demandent que de l'éclaircissement ; la philosophie n'y sert à rien, la science y suffit ; on s'enferme dans une bibliothèque. Et il y a des ombres, dont le seul intérêt est le mystère de leur source et l'émoi de leurs danses ; aucun savoir n'y apporte rien ; c'est une haute tâche poétique ; exécutée avec profondeur et intelligence, elle devient philosophie ; on reste dans sa Caverne. | | | | |
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| | | | Je ne connais aucun édifice philosophique, dont les étages sauraient servir d'habitat à un regard exigeant et libre ; les seuls lieux d'intérêt et de vie y sont les souterrains et les ruines : « pour épuiser un philosophe : réfléchir dans ses perspectives jusqu'à tomber dans un cul-de-sac » - Sartre. | | | | |
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| | | | L'authenticité peut être définie comme l'appropriation de notre essence articulée ou attribuée, c'est à dire d'un reflet misérable d'un mystère lumineux, indicible et inclassable. | | | | |
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| | | | Ton âme a deux foyers : celui qui perçoit et celui qui conçoit ; le premier doit être romantique – être plein et, pourtant, vivre du manque ; le second doit être classique – vivre du vide et créer la plénitude. La vie, projetée vers la profondeur, prend forme de l'être, projetée en hauteur – le fond du créer. | | | | |
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| | | | Le passage monotone du n-ème au n + 1-ème pas, l'échéance de l'authenticité (Sartre ) ; la chute, après l'appel, sans espoir, de la source du point zéro, la déchéance de l'inauthenticité (Heidegger – Verfallen des Uneigentlichen) - deux échappatoires à la hauteur du point final. | | | | |
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| | | | Le naturalisme ne s'oppose pas à l'artificialisme : la nature, c'est le fond, et l'artifice, c'est la forme de l'existence ; et quand on les confond, cela donne du rousseauïsme ou du dandysme. | | | | |
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| | | | Dans le ton de ses fragments, Nietzsche est d'une noblesse insurpassable ; dès qu'il cherche la cohérence ou la reconnaissance, avec des hiatus, liaisons, faits ou preuves, il sombre dans la même banalité que tous les autres penseurs. | | | | |
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| | | | Se connaître, c'est comprendre l'instrument, dont on est appelé à jouer : tambour, fanfare, haut-bois ou triangle ; mais cette connaissance n'existe guère pour l'homme-orchestre, l'homme-compositeur ou l'homme-silence qui sont condamnés à se réinventer, en se vidant avant tout premier son. | | | | |
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| | | | Celui, qui est dépourvu de musique intérieure, de bonne ouïe ou de bonne attente, ne voit pas l'intérêt de disposer d'un vide extérieur, de son acoustique humaine et de son silence divin. | | | | |
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| | | | Voir ce que les autres ne voient pas est, le plus souvent, illusion des sens et nullement signe d'un talent ; faire aimer, ou au moins rendre lisible, l'invisible en est beaucoup plus révélateur. | | | | |
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| | | | Pour comprendre l'origine de « Qui n'est pas contre vous, est avec vous » de Jésus, ce n'est pas la peine de sonder son cœur, il suffit de remarquer, que cet excellent logicien le déduisit de son « Qui n'est pas avec Moi, est contre Moi ». L'erreur des hommes est d'y prendre le moi inconnu pour le connu, sinon ils auraient moins de peur et plus d'espérance. | | | | |
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| | | | Le soi n'est ni un but salutaire ni une contrainte problématique, mais un mystérieux commencement, le point zéro, jamais en contact avec le premier pas. « Commencer mais ne jamais finir par le soi » - Buber - « Bei sich beginnen, aber nicht bei sich enden ». | | | | |
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| | | | Toutes les arènes sont trop inondées de lumière et affichent la date du jour ; le renoncement au combat peut n'être qu'une envie d'ombres et d'éternité : « La résignation pousse ses perspectives jusqu'au bord des ténèbres »** - G.Benn - « Resignation führt ihre Perspektiven bis an den Rand des Dunkels ». | | | | |
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| | | | C'est le lieu et la nature de ce qui est rigoureux et de ce qui est flou, dans les concepts et dans le discours, qui prédétermine la stature d'un philosophe : le flou poétique des concepts et le flou poétique du discours (les pré-socratiques, Nietzsche), la rigueur prosaïque des concepts et la rigueur prosaïque du discours (Aristote, Kant), le flou poétique des concepts et la rigueur prosaïque du discours (Hegel, Schopenhauer), la rigueur poétique des concepts et le flou poétique du discours (Valéry). C'est la dernière combinaison qui est la plus heureuse. | | | | |
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| | | | Les deux clans, ceux qui dissimulent leur vie et ceux qui l'exhibent, sont également bêtes ; on ne peut exhiber que du connu, tandis que dans le dissimulé peut se cacher l'inconnaissable ; l'attitude digne est la recherche de l'expression, poétique avec l'inconnaissable et intellectuelle avec le connu. Notre vie est ce que nous réussîmes à exprimer ! | | | | |
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| | | | Dans la connaissance de l'objet réel, on ne s'appuie que sur sa représentation, c'est à dire une substance avec ses attributions quantifiées, et l'on oublie son image analogique qui est une véritable source de la représentation et une donnée immédiate de l'objet. | | | | |
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| | | | Entre la perception d'un objet et la mise en mémoire transitoire de son image – aucun traitement conceptuel peut ne se produire ; mais que mémorise-t-on, au juste ? - grande énigme de la mémoire ; à chaque sens correspondrait un type de stockage, mais sans représentation conceptuelle ! Un vrac cru et sans substance. | | | | |
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| | | | La chose relève du mystère, si tout examen approfondi l'exhausse. | | | | |
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| | | | Se prendre pour un astre ou pour la nuit est également sans lendemain ni envergure ; être source des ombres, sans savoir si l'on est dans l'espace ou dans le temps, est plus réaliste et ambitieux. | | | | |
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| | | | La mathématique procure tant de joie et de bonheur, à travers l'harmonie qu'on découvre dans des objets … qui n'existent pas. Une leçon à retenir, dans tes choix des éléments, avec lesquels tu chercheras à bâtir tes plus ambitieux édifices ; il faudrait peut-être tenter de serrer tes contraintes jusqu'à ce que tes objets trop évidents – murs, toits et fenêtres - s'effacent de la réalité indéfinissable pour atteindre à une rigueur de rêve, aux ruines et souterrains imaginaires, ces applications biunivoques d'une tour d'ivoire. | | | | |
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| | | | Partir de soi, aller vers soi – deux errances, de banalité égale, et ayant pour origine l'idée d'un soi connu ou connaissable, et aboutissant, logiquement, dans des étables. Le seul soi crédible est le soi sculpté, hors tout chemin, dans des ruines d'un soi immémorial, et non exposé ni en librairie ni au musée, mais au fond de ton souterrain ironique, où tu places ta tour d'ivoire. | | | | |
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