| | | | La création divine - acte sans acteur ; la meilleure création humaine - acteur sans acte. « Dirige tes efforts de telle sorte, comme si tu ne devais rien accomplir, et Dieu – tout » - Loyola - « nada de mí, todo de Dios ». | | | | |
|
| | | | On peut juger de la liberté de l'homme par le degré d'inaction qu'il accorde à ses rêves. À une substitution près, c'est du St Augustin : « posse non peccare, non posse non peccare, non posse peccare ». | | | | |
|
| | | | Face à l'acte - trois attitudes possibles : confiance, indifférence, honte. L'acte te reflète, te promet la liberté et finit par te dévoiler l'esclave que tu es, dans l'impuissance de traduire ton rêve. | | | | |
|
| | | | Pour nager il y a beaucoup de styles, pour se noyer - un seul. On devient philosophe ou artiste quand on se met à croire au contraire. | | | | |
|
| | | | Le stratagème d'aboulique : fouiller dans les significations du problème au lieu d'en tâter la solution. Le stratagème de radoteur : renversé par un juste problème, se réfugier dans un faux mystère. « On met son honneur non pas dans l'inaction, mais dans le mystère » - Shakespeare - « Their best conscience is not to leave't undone, but keep't unknown ». | | | | |
|
| | | | Quitter le monde tel qu'on l'a trouvé, monde des choses. Vivre dans le monde où il ne se passe rien (« poems make nothing happen » - W.Auden). | | | | |
|
| | | | Le choix de l'homme, choix heureusement non-exclusif, est entre maintenir l'intensité de la lumière ou d'en entretenir le rythme des ombres, entre l'acte net et le mot infidèle, entre le geste qui lève et la geste du rêve. Faire pencher la raison du côté du second choix, éduquer l'âme à accepter le premier, comme une contrainte féconde. | | | | |
|
| | | | N'est beau que ce qui cache son origine. Les traces des actes me les font mépriser. « Celui qui sait marcher ne laisse pas de traces » - Lao Tseu - savoir marcher signifierait – danser ! | | | | |
|
| | | | Il faut vivre à la frange, à la périphérie de toute clarté, dans un exil en demi-teinte, et laisser l'action végéter au centre. Donc, l'actio-centrisme est, au second degré, une attitude juste. | | | | |
|
| | | | L'inaction, contrairement à l'action, ne prouve rien (et c'est là son titre de noblesse). Elle indique, par omission, ce à quoi nous refusons le droit de nous exprimer ou de nous représenter. « Ce qui est fait, même un sot est capable de le comprendre »** - Homère. Le vrai artiste comme le vrai scientifique, Homère ou Newton, valent surtout par le mystère de leurs commencements. | | | | |
|
| | | | L'idée, de plus en plus, prend l'allure du mode d'emploi d'une démarche qui marche. Même le dernier des goujats lui subordonnera sa vie. Bientôt, on ne reconnaîtra un intellectuel que par un cafouillage dans son exposé des buts de l'existence. | | | | |
|
| | | | Quand la vie bat son plein, on doit choisir : être recteur de ses départs ou vecteur de son regard, être affairé ou effaré. Mais quand le regard commence à manquer de voix, on doit choisir la voie du départ, comme le firent Rimbaud et Tolstoï. | | | | |
|
| | | | Deux types de contraintes : pour la hauteur du regard ou pour l'étendue de l'action - Lichtzwang (n'éclairer que ce qui aspire à la lumière) ou Zugzwang (jouer un coup sous pression des règles). | | | | |
|
| | | | Tout travail d'ascension mène vers la platitude ; seul l'élan vers la chute donne quelque espoir de hauteur. C'est ainsi, par cette « manière inexorable de perdre et de se perdre » (Blanchot), que se rencontrent des esprits philosophiques. | | | | |
|
| | | | Il est facile de faire passer l'avoir pour l'être, mais que le faisant évince l'étant aussi magistralement, c'est ça, le triomphe stupéfiant des hommes qui effacent deux mille ans de l'histoire de l'utopie. L'essence du but étant devenue l'aisance. De l'essentiel des origines de nos interrogations étant banni le doute : « Est-ce un Ciel ? ». | | | | |
|
| | | | Dans l'Eucharistie on reconnaît deux beaux symboles : l'ivresse et la nourriture célestes, mais les hommes les réduisirent, hors tout mystère, à l'ivresse de l'action et de l'argent, aux nourritures terrestres. « Rien de moins dionysiaque que l'acte »*** - Lacan. | | | | |
|
| | | | Être enfant, c'est ne pas avoir besoin de patrie. L'adulte, resté enfant, devient un sédentaire sans patrie. L'adulte, reniant l'enfance et se convertissant à l'action, est un janissaire. | | | | |
|
| | | | La seule immobilité que j'appelle de mes vœux dans ce livre est celle du mot ou du rêve refusant toute mobilisation décrétée par le geste régnant, res gestae. Manfred se distançant de Missolonghi, Comète ma Comète ignorant la trajectoire de Camiri, le soleil d'Austerlitz n'illuminant pas le parcours de Napoléon ni n'assombrissant celui du prince André. Fatum libellorum, la geste, s'émancipant du geste. Écrire tibi et igni. | | | | |
|
| | | | Dans tout geste de l'homme, même dans le plus souillé par le calcul, on peut discerner de la grâce. À condition d'avoir surmonté la pesanteur du calcul. « Nous n'avons qu'un ennemi : la pesanteur »** - Matzneff. | | | | |
|
| | | | Le seul mérite de l'agir est d'atténuer le pâtir. | | | | |
|
| | | | Tout en prônant l'immobilité, j'applaudis la danse et boude la marche. La sensation d'une belle immobilité naît lorsque la trace rémanente, dans les yeux ouverts, se double d'une trace, beaucoup plus profonde et, en sus, réversible, dans les yeux fermés. | | | | |
|
| | | | Dans la sphère des idées, comme dans celle des actes, leur portée est souvent mesurée par ce qu'on n'a pas fait. La métrique des forces inemployées. Selon S.Weil, ceci s'applique non seulement au mystère, mais aussi au problème : « Quoi de plus sot que de raidir des muscles à propos de la solution d'un problème ». | | | | |
|
| | | | Les actes d'homme sont les branches les plus proches de la terre. Pour que l'arbre ait forme et hauteur, souvent, il vaut mieux l'élaguer par le bas. | | | | |
|
| | | | L'homme se manifeste en homme d'action et en homme de rêve, tout en se servant des mêmes ressources - l'esprit, le cœur, l'âme. Mais si tout ce qu'entreprend l'homme d'action peut s'interpréter en rêve, ce qu'entrevoit l'homme de rêve n'a aucune chance d'être reflété par l'action. | | | | |
|
| | | | Il faut entrer dans l'action avec une triple résignation : 1. l'aléa des actes trahira la pureté des intentions, 2. une part de malice se glissera fatalement dans tout acte, 3. le remords ou la honte t'attraperont à la sortie de tout acte. Une seule certitude, et te voilà un monstre. Ou bien on peut se contenter d'une méta-résignation : aucun principe de la vérité ou du bien ne peut s'identifier avec un acte. | | | | |
|
| | | | Le miracle de l'homme : la suprématie du désir sur le désiré, de la liberté - sur l'action, de l'immobilité de la source - sur le courant de la création. « L'action, le mot, l'événement ne sont que des représentations ; le chemin de la nostalgie et de la liberté ne se donne jamais à la marche » - H.Broch - « Das Getane und das Gesprochene und Geschehene sind nichts als eine Darbietung ; aber der Weg der Sehnsucht und der Freiheit ist niemals ausschreitbar ». | | | | |
|
| | | | L'acte esthétique est dans le mot ou la note, il est inactuel. L'acte éthique n'a de sens que par des traces. D'où l'exil de l'artiste au-delà du bien et du mal, dans l'essence, dans la permanence de l'être, ce point crucial de l'éternel retour, car « l'Un-Bien est au-delà de l'essence » - Platon. | | | | |
|
| | | | L'action contribue aussi peu à la qualité de la pensée que l'oralité à l'écriture. L'inverse est encore plus flagrant : « Nos pensées sont à nous, mais non pas leurs conséquences » - Shakespeare - « Our thoughts are ours, their ends none of our own ». | | | | |
|
| | | | Tout but est vulgaire, si l'on a la liberté des moyens. Parfois « il vaut mieux avoir moins de désirs que plus de moyens » - St Augustin - « melius est enim minus egere quam plus habere ». On peut ennoblir un but, si l'on l'atteint par une simple résolution de contraintes visant les moyens. Mais « ne perds pas ton temps à chercher des contraintes ; peut-être il n'y en a pas » - Kafka - « verbringe nicht die Zeit mit der Suche nach einem Hindernis ; vielleicht ist keines da ». | | | | |
|
| | | | L'action devient presque aussi respectable que le mot, quand ses traces sont en pointillé. Le mot devient aussi méprisable que l'acte, quand son choix prétend remonter aux causes premières. L'état d'esprit où l'on tranche devrait être des plus fugaces. C'est sur l'inaccomplissement, l'atermoiement et la réticence qu'il faut s'appesantir. | | | | |
|
| | | | Plus orgueilleux est l'esprit ou le muscle, plus servile devient l'âme. Une raison suffisante pour devenir misologue et chercher l'humilité des représentations et la volonté d'impuissance. Car, depuis les jansénistes ou même depuis St Augustin, on sait, que la volonté de l'homme, traduite en actions et sourde à la grâce, produit, inévitablement, du mal. J'aurais même laissé complètement tomber la grâce… | | | | |
|
| | | | Le décrochage entre le rêve et l'action qui s'en revendique ; le court-circuit dans notre isolation du monde, conducteur d'un troupeau courant. « Il n'y a que deux conduites avec la vie : ou on la rêve, ou on l'accomplit »** - R.Char. | | | | |
|
| | | | Toute lutte devint trop sensée et, par-là, dégradante. Comment te résigner à n'en être qu'un instrument, toi qui cherches à en être le fabricant ? Même une résignation trop militante menace l'homo instrumentalis. | | | | |
|
| | | | La vraie connaissance de soi consiste à savoir creuser dans les motifs de nos gestes jusqu'à en mettre à nu le fond honteux. « Il est difficile d'être bon quand on est clairvoyant » - J.Renard. Mais celui qui s'ignore et vit de son épiderme, c'est bien l'amoureux : « Il est facile d'être bon quand on est amoureux » - Pavese - « E facile di essere buono, se sei amouroso ». | | | | |
|
| | | | Ce qui n'est, pour toi, qu'un mot, est une action pour un autre, plus pur que toi. Tu es toujours théoricien de quelqu'un et praticien d'un autre. C'est cela, la vraie leçon d'humilité en profondeur. | | | | |
|
| | | | Toute agitation des hommes a le même sens : « Regardez-moi ! ». Le médiocre l'intitule « Je cherche la vérité », le sot - « Je tiens le bien », le sage - « Je suis hanté par le rêve ». Et l'on voit leurs pieds, leurs mains ou leur âme. | | | | |
|
| | | | Tout courant d'idées ou de gestes est induit aujourd'hui par un puissant et monotone champ d'action, où les plus ou les moins ne servent qu'à faire tourner la même machine. Pour l'homme du rêve, c'est par un court-circuit grinçant que s'achève, dans ce champ de signes, son chant du cygne. | | | | |
|
| | | | L'intellect devrait entretenir une liaison hygiénique avec la passion, tout en tenant à son vœu de célibat : se marier, pour lui, signifiant passer de la convoitise à l'acte. Un grand esprit tient à s'ignorer ; tandis que l'événement l'oblige à s'épouser. | | | | |
|
| | | | L'ultime déception de l'homme d'action : même en se réfugiant dans l'irréel on n'arrive pas à se réaliser. | | | | |
|
| | | | Au théâtre du monde, il n'y a plus de barrière entre la scène et la salle, entre le spectateur et l'acteur ; tous les hommes devinrent acteurs. Ce n'est plus pour illustrer une merveille que se déclenche deus ex machina, mais bien pour tester une machine de plus, en absence de spectateurs. | | | | |
|
| | | | L'être éloigne le néant, le connaître l'approfondit, le faire le camoufle. | | | | |
|
| | | | Bon nombre de mésaventures de la rêverie sont dues au fait qu'au lieu de la faire chanter l'on en fait un chantier. Trop de méthode rend mauvais rhapsode. | | | | |
|
| | | | La chute de l'ange : la tentation d'opter, l'abandon de l'irrésolution, la damnation, par l'acte, pour devenir la bête. La pure représentation, la sainte, cédant à l'obscure volonté, la diabolique. « Sans représentation, précise et figurative, pas de volonté sainte » - Benjamin - « Kein heiler Wille ohne die genaue bildliche Vorstellung ». | | | | |
|
| | | | Seul crime certain, traduire le rêve en actes. Seul châtiment certain, lire dans l'acte un rêve indicible. | | | | |
|
| | | | Je finis par m'accrocher à l'arbre en abandonnant la Croix, à cause de son chemin de Croix, tandis que le regard suffit pour vénérer l'arbre. | | | | |
|
| | | | L'aile marchante a tôt fait pour devenir marchande. Y plumer des autres ou y laisser de ses propres plumes n'étoffe jamais un panache. | | | | |
|
| | | | Être jeune, c'est être allergique au rêve : l'attouchement par celui-ci réveillant aussitôt un prurit du geste. Être mûr, c'est d'être immunisé en sens inverse : la piqûre par l'échec du geste n'empoisonnant aucune cellule du rêve. Jadis, ce qui réveillait le rêve, c'était la nature ; aujourd'hui, seule la culture pourrait s'y substituer, mais : « Il suffit aux jeunes contestataires de se détourner de la culture, et les voilà optant pour l'action et l'utilitarisme » - Pasolini - « Basta ai giovani contestatori staccarsi dalla cultura, ed eccoli optare per l’azione e l’utilitarismo ». | | | | |
|
| | | | Être jeune, ne pas s'apercevoir de son ombre, puisque son étoile est au zénith. L'ombre allongée des autres d'un astre commun sur le déclin. | | | | |
|
| | | | « La pensée qui ne passerait pas à l'action, s'éteindra d'elle-même » - Dostoïevsky - « погаснет мысль не трудящаяся » - oui, mais elle laisserait briller dans le noir, peut-être, quelques étoiles. Mêlée à l'action, elle éclairerait des routes ou pâturages mais te désintéresserait du ciel. | | | | |
|
| | | | L'éternel dilemme : chasse ou prise ? Le compromis est peut-être : l'appétit de fauve dans une cage à épreuve de regards. | | | | |
|
| | | | Ni les actes ni les idées ni les larmes n'expriment presque rien d'intéressant chez l'homme. L'homme ne se reflète bien que dans ses métaphores. Ce n'est pas une douteuse intelligence qui rend Platon intéressant, mais exclusivement ses métaphores – les mythes. « La maîtrise de métaphores est, de loin, la chose la plus sublime, la seule qui ne s'enseigne pas »*** - Aristote. Et la maîtrise de ce qui ne s'enseigne pas est la définition même du génie (Kant). « La métaphore est la puissance la plus féconde que l'homme possède »** - Ortega y Gasset - « La metáfora es el poder más fértil que el hombre posee ». La métaphore libre est à la métonymie mécanique ce que le rêve est à l'acte et le génie - au talent. | | | | |
|
| | | | Jadis, tout ce qui était massif était passif ; aujourd'hui, tout ce qui est actif est massif. | | | | |
|
| | | | L'envie de marcher accable celui qui se découvre des ailes. L'envie de voler flatte celui qui a du plomb dans ses semelles. | | | | |
|
| | | | La performance dans l'action est, le plus souvent, signe de l'incompétence en mots. En matières vulgaires, la performance aboutit au début de la compétence. En science et en art, c'est le contraire qui se produit. Le mot est un des rarissimes matériaux, où la compétence se traduise immédiatement en performance. La parole, elle, est plus proche de l'acte que du mot. C'est pour cela qu'elle est barbare : « La parole est une voie certaine vers le banal et sauvage » - H.Hesse - « Reden ist der sichere Weg dazu, alles seicht und öde zu machen ». | | | | |
|
| | | | Entre l'être et le connaître, le faire. Être, c'est végéter, vivre dans des réponses. Connaître, c'est partir, glaner des métaphores et métamorphoses comme de belles interrogations qui s'énoncent, s'écoutent, s'admirent sans espoir de retour dans l'univers qui les enfanta. Faire, c'est se renier, laisser la cervelle ou la main assoupies interpréter les songes d'une âme en éveil. « Le monde, c'est la douceur du rêve de vivre et l'amertume de l'acte de vivre » - Héraclite. | | | | |
|
| | | | Dès que tu te dis, que pour vivre il faut agir, tu ne vis plus. La meilleure place des mains est devant les yeux, où naissent les regards, les fantômes ou les larmes. | | | | |
|
| | | | Par l'entremise incontournable du langage nous sommes tous dans l'homme relatif. Par rapport à quoi, là est la question. Pour la majorité, c'est l'homo historicus coulé dans le fait. Pour les meilleurs - l'homo phantasiae aspiré par le rêve. | | | | |
|
| | | | Ni ponts ni gués entre le rêve et l'idée, entre l'idée et l'acte. Il faut beaucoup de foi pour prendre ces passages pour ce qu'ils sont : marche sur les eaux ou entre les murs d'une mer qui s'écarte. « L'idée ne peut être réalisée sans finir d'être une idée » - Stirner - « Die Idee kann nicht so realisiert werden, daß sie Idee bliebe ». | | | | |
|
| | | | L'usage direct des choses - machinisation, l'usage indirect - fétichisation. Robot ou poète. | | | | |
|
| | | | Pour les uns la vie se réduit à l'application des ordonnances, pour les autres - aux imprévisibles vivisections. Dans l'action, il vaut mieux écouter le généraliste, dans la réflexion - l'expérimentateur. | | | | |
|
| | | | Quand il est question de faire des pas, je pense à la majesté d'un arbre qui a en lui toutes les saisons et tous les grades. L'arbre qui s'agite se transforme peut-être en forêt mais il y perd son âme. | | | | |
|
| | | | L'utopie du passage à l'acte engendre la spirale : prophètes, apôtres, inquisiteurs, fripons, prophètes… | | | | |
|
| | | | En dessous de l'action - la réaction ; au-dessus - l'abstention. Mais l'objet peut être n'importe où. Il faudrait peut-être se placer résolument, comme avec la voix, du côté des échos. Peu romantique mais juste. | | | | |
|
| | | | L'action ne traduit rien, seul le choix d'inaction, face à un défi, est éloquent. Mon (in)action est ma race et mon refuge, à l'opposé du Bouddha. C'est dans des étables qu'on parle traces et subterfuges ; l'absence de toits est propre du solitaire dans ses ruines, où il peut « agir en primitif et prévoir en stratège » - Char. | | | | |
|
| | | | L'idée veut précéder ou découler des faits. Le mot s'en sert pour éprouver nos facultés de réfraction ou de ricochet. L'idée nous fait réfléchir sur les faits, le mot - sur nos facettes réfléchissantes. | | | | |
|
| | | | Ayant choisi l'immobilité, on risque de donner sa faveur aux chemins qui ne mènent nulle part : abîmes, impasses, corniches, ces chemins de traverse, que beaucoup de badauds traversent en touristes. | | | | |
|
| | | | Une attitude à chercher : l'ubiquité qui permettrait de se sentir soi-même dans le mot et dans l'acte, malgré les protestations du bon sens. | | | | |
|
| | | | Les voies qui mènent le plus loin un bon regard sont les voies impénétrables. | | | | |
|
| | | | La connaissance et l'action avancent désormais, main dans la main. Le particulier s'appuie, de plus en plus, sur l'universel. Le casse-tête de l'intellectuel : trouver une vue d'esprit que n'enregistrerait pas d'emblée le service de brevets industriels. | | | | |
|
| | | | S'il fallait absolument renoncer à l'immobilité et choisir un mode de déplacement, je choisirais le vol d'un oiseau migrateur : ignorance d'horaires et de destinations, élan sans source, retour aux origines. Les meilleurs auspices présageant les ruines comme lieu des meilleures conceptions. | | | | |
|
| | | | Ce qui compte, ce n'est pas ce que tu fais ni, encore moins, ce qui en est le motif, mais dans quel rayon tu vas ranger ton fait. Le tiroir le plus plein devrait porter l'étiquette : Réquisitoires à ta charge. « La lumière des lumières va vers le motif, non vers l'acte ; l'ombre des ombres ne s'attarde que sur l'acte » - Yeats - « The light of lights looks always on the motive, not the deed ; the shadow of shadows on the deed alone ». | | | | |
|
| | | | Les mains sont aveugles : bras vengeurs, paumes consolatrices, doigts de justice - le commanditaire n'est pas la main, il est toujours ailleurs - dans le cœur, dans l'âme, dans la cervelle. | | | | |
|
| | | | L'action engourdit, tout en remplissant le gouffre entre toi-même et les choses. Le rêve inquiète en creusant davantage ce gouffre. Le fin mot de l'histoire : plus tu t'éloignes des choses, moins tu as besoin de gués ou de cols. « On trouve toujours l'épouvante en soi, il suffit de chercher assez profond. Heureusement, on peut agir »* - Malraux. | | | | |
|
| | | | Nous vivons la fin de la grandiloquence et du grandiose en parole, c'est-à-dire de ce qui ne peut pas être maîtrisé. La scène est livrée aux actes modérés, calculés et maîtrisés. | | | | |
|
| | | | Le monde est, à la fois, le réceptacle de l'acte et l'inspirateur du rêve ; ton regard devrait en être vide, dans le premier sens, et plein - dans l'autre. | | | | |
|
| | | | Je suis dans l'art de l'arc bandé, non dans l'adaptation aux cibles. Mais j'imagine un zoïle sarcastique, armé d'une épingle et venant de triompher d'un ballon devant lequel il me voit, gauche et empêtré dans des poses inadéquates. Et « tu casseras vite ton arc, si tu le tiens toujours tendu » - Phèdre - « Cito rumpes arcum, semper si tensum habueris ». | | | | |
|
| | | | De fourmi, rossignol ou lion, attirés par l'arbre, seul le rossignol en a un besoin vital : le beau chant naît, déchirant, immobile et invisible, sans agitation de la rainure ni repos de l'ombre. | | | | |
|
| | | | La maîtrise de soi se prouve le mieux par le genre d'inaction qu'on a l'audace de tenter, c'est l'action de soi ; son inaction serait l'action du cerveau et du muscle qui s'imagineraient de traduire le soi : « Celui qui voit l'action dans l'inaction et l'inaction dans l'action, est un sage » - Bhagavad-gîtâ. | | | | |
|
| | | | L'incapacité de me sentir vainqueur, l'oscillation entre la honte de la guerre et la honte de la paix. L'heureuse stabilité de ceux qui n'éprouvent qu'une seule de ces hontes ! L'heureuse béatitude de ceux qui n'en connaissent aucune ! | | | | |
|
| | | | Notre manière de suivre l'appel d'activisme ne traduit rien de notre fond : « Les actions ne sont que les ondulations de la mer du moi, qui ne révèlent pas ses abîmes réels »*** - Pavese. (« Les actes ne méritent ni paradis ni enfer »* - Borgès - « Los actos no merecen ni paraíso ni infierno »). En revanche, la voie qu'emprunte notre chute dans le farniente porte des signes éloquents de nos vrais élans. Comparez les visages si variés et lisibles de Méridionaux avec la monotonie muette et illisible des regards nordiques. | | | | |
|
| | | | Folichonner avec une aberration est bien, l'épouser est périlleux, on risque de la faire enfanter d'un acte. | | | | |
|
| | | | Les actions sont des effets, dont les mots sont des causes. L'attitude à rechercher : cause gagnée, effets perdus. Pour défendre une bonne cause suffit la conscience ; pour une mauvaise suffit la science ; réunir les deux pour chanter ou pleurer les effets. | | | | |
|
| | | | Deux ennemis de la liberté : l'inertie du mot et l'irréversible du geste. Ses faux amis : l'apogée de l'idée et l'irréparable du fait. | | | | |
|
| | | | L'expérience du goujat augmente ses déceptions a posteriori ; les déceptions a priori du sage finissent par le désintéresser de toute expérience. | | | | |
|
| | | | Sans tentation vaincue, le sermon d'abstention est scandale. Le succès de l'acte, suivi de l'indifférence pour ses fruits, est cette tentation surmontée, créant un vide salutaire du côté du sacré. Du manque de sacré, de lumière, naît le pauvre message qui ne peut s'écrire qu'en clair. « La lumière, c'est agir, ne pas se contenter de sa plénitude »* - G.Benn - « Licht ist Handeln, in seiner Fülle nicht zu überstehn ». | | | | |
|
| | | | Si l'on ne freine que verbalement le train-train des actes, sans force majeure dans un compartiment vital, on risque de dérailler, mécaniquement, dans un verbiage de garage. Il nous faut avoir été secoué par une déveine d'envergure, pour que l'abstention soit une option de survie ou de malédiction et non de pose. | | | | |
|
| | | | Tous les chemins se valent : fréquentés ou solitaires, droits ou obliques. Ce qui compte, pour le promeneur couché, c'est l'imagination de carrefours labyrinthiques et l'intuition d'impasses enchanteresses. | | | | |
|
| | | | Quand une belle idée montre de la velléité à se muer en un bel acte, c'est le meilleur moment pour la renier, à moins que, entre-temps, la noblesse qui plane ne se soit munie d'un business plan. | | | | |
|
|
| | | | Qu'emporte un geste, en te quittant ? Demande comment il est né : par routine ou par rupture, dans une contingence ou un choix, derrière une inertie ou un élan. Et tu lui laisseras l'indifférence d'un tableau de bord ou la honte d'une fausse empreinte. | | | | |
|
| | | | Gymnastique de l'interprétariat : lire la misère et la nudité apparentes des choses comme tentatives de traduction d'un texte riche et soigné, tentatives ayant fait long feu, et dont tu accueilles les cendres. « Un rapport continu des choses avec l'infini et avec l'homme, une vie indéterminée et vague, le tout en relation avec les élans de l'âme » - Leopardi - « Un rapporto continuo delle cose coll'infinito e coll'uomo, una vita indefinibile e vaga, il tutto in relazione cogli slanci dell'animo ». | | | | |
|
| | | | L'ironie est un genre architectural spécialisé en soupiraux, c'est pourquoi parmi ses élèves il y a tant de spécialistes en souterrains. Tu t'évades vers le sérieux de l'acte et voilà que celui-ci t'emprisonne. Les outils de l'ironie ne promettent pas d'évasion, seulement une respiration moins honteuse. | | | | |
|
| | | | Si tu as la sensation, qu'une action épouse fidèlement une thèse, ton premier réflexe devrait être d'en évacuer toute trace du sublime. Que le sublime accompagne la vanité du regard, il préservera ainsi une petite chance de rester désincarné, contrairement aux vétilles. La hauteur réelle s'acoquine avec des bas-fonds, c'est une hauteur en illusion et non en essence qui garde de la noblesse. | | | | |
|
| | | | Ceux qui observent et trouvent et ceux qui agissent et cherchent, les contemplatifs et les actifs, n'ont ni les mêmes représentations ni les mêmes requêtes. Se rencontrent-ils jamais ? Dans la réalité, où il n'y a ni langage ni regard, autant dire nulle part. Trouvère et chercheur s'ignorent. Mais celui-ci se reproduit et pullule, et celui-là est frappé de stérilité et d'imminente extinction. | | | | |
|
| | | | Toute action qui ne provoque pas de changement d'orbite au-dessus de la vie, devrait t'être indifférente. Mais vivre d'ascensions et de chutes, nées d'un regard immobile et vibrant, dans un vide sidéral, voué à la hauteur irrespirable. « Sans mouvement lui-même, il meut tout » - Aristote. | | | | |
|
| | | | Le rêve te condamne et l'action t'acquitte. Le rêve, cette accumulation de faux témoignages, te cloue au banc des accusés, où tu te sens à ta place, celle d'imposteur. L'action te tend des alibis, assortis de noms et de dates, mais tu ne te sens pas concerné par des enquêtes impartiales. « Les saints accusent leurs meilleures actions »** - Pascal. | | | | |
|
| | | | Pour maîtriser la vie, il faut des secousses imprévisibles et violentes qui huilent les rouages vitaux. Le contraire arrive au cœur : plus il s'agite et s'inonde, moins il est maître de soi. | | | | |
|
| | | | De l'origine linguistique de la bougeotte activiste anglo-française : le où (where) escamotant le glissement de ubi (wo, где) vers quo (wohin, куда). | | | | |
|
| | | | On n'est responsable que de ce qu'on ose ne pas faire. Dis-moi à quoi tu ne fais pas attention, je dirai qui tu es (Ortega y Gasset disait le contraire, sans trop d'intérêt). | | | | |
|
| | | | Le banc des accusés ou une croix ; le vrai bien se perpètre, ne s'accomplit (le dernier verbe du Christ) que le vrai mal. | | | | |
|
| | | | Chez les agités des pieds - l'exiguïté des vues et l'insipidité du goût ; l'étendue du désir et la saveur du vaste chez les immobiles du regard, aux ailes pliées. | | | | |
|
| | | | Être aux aguets, la plaidoirie ironique de l'irrésolution. | | | | |
|
| | | | Dans ce qui est aérien, le souffle coupé promet de plus beaux voyages que les poumons pleins. Dans le liquide, il vaut mieux être amer qu'acide ou aigre, pour se verser dans la vie. Dans le solide, - rouillé qu'usé, pour atteindre un noyau décapant. | | | | |
|
| | | | Le but n'est beau que sans moyens visibles. La vue des moyens les rend mauvais ! Horace ne comprit pas grand-chose à la noblesse : « La noblesse sans moyens ne vaut pas un haricot ». « Ce qui est permis est vil » - Pétrone - « Vile est, quod licet » (évidemment, pour Jovi, non bovi). Tout bon problème contient ses solutions, mais ce n'est pas le moteur d'inférences qui en résume la hauteur. | | | | |
|
| | | | Les actions sont des tumeurs de l'espace comme le bon sens est une tumeur du temps. Ce sont les échecs de parcours, il faut les laisser crever, mourir de leur propre mort. Les échecs de départ, échecs fondateurs (Sartre), ou les échecs d'arrivée, échecs d'implexe (Valéry), les seuls à pouvoir servir de leçons et donner la mesure à l'étendue ou à la durée de ton exaspération. | | | | |
|
| | | | On ne se rend compte de l'écoulement du temps qu'en s'immobilisant sur ses rives. En essayant de surnager, nous prenons la peur chavirante pour la joie de la vitesse. | | | | |
|
| | | | Pourquoi la voile est-elle au-dessus des rames ? Parce que le souffle n'entraîne que la haute voilure. En ramant, on goutte du front, en levant la voile - des yeux. | | | | |
|
| | | | La vie a réussi, cette somme ne résulte jamais de l'addition des actes mais, plutôt, de la soustraction évitée, soustraction d'une formule du bien inné et refusant tout calcul. | | | | |
|
| | | | Celui qui a un cœur pur soupçonne ses mains d'être toujours sales. De sales affaires ne se font aujourd'hui qu'avec des mains propres. | | | | |
|
| | | | Les philosophes se divisent en trois familles, en fonction du milieu, dont ils se nourrissent : le langage - pour raisonner, le modèle - pour représenter, la réalité - pour s'entendre avec la vie. Ce qui les distingue, c'est le contenu de l'acte : pour les premiers il est référence verbale, pour les deuxièmes - accès à l'objet référencé, pour les troisièmes - attachement de sens à l'objet. « Il faut une sémiotique à trois termes : signifiant, signifié, référent » - Ricœur. | | | | |
|
| | | | On se révèle par le mot dans un langage, par la pensée dans un modèle, par un acte dans une réalité. L'équivalence entre les deux premiers - création humaine, entre les deux derniers - divine. Au commencement divin était la pensée ; le verbe n'annonce qu'un commencement humain. | | | | |
|
| | | | Visiblement, au commencement était la grammaire, donc la phrase et non pas un mot hors-la-loi. Il n'y a pas de passage harmonieux et libre du mot créé à la phrase créatrice, mais d'une grammaire on aboutit à la création libre. | | | | |
|
| | | | L'«acte» de Valéry est une rigueur naissante ; la rigueur de Spinoza est un acte né, stérile. Spinoza se nourrit de mots creux et usés (là où Heidegger, au bas mot, en trouve de pleins et neufs) ; Valéry - d'images réalisables, de concepts vitaux excitant l'intelligence. | | | | |
|
| | | | En bâtissant le temple, aller plus loin, pour éclairer le monde - telle semble être la devise des francs-maçons, aux antipodes de la mienne : éviter toute bougeotte, dans mes chaudes ruines, où des ombres me protègent du monde. | | | | |
|
| | | | Placer son idéal si haut qu'il devienne inatteignable - une inconscience heureuse, et que Hegel traite de conscience malheureuse. | | | | |
|
| | | | S'appliquer, s'exhiber, s'inventer - trois modes de manifestation de son moi, dans l'ordre croissant d'authenticité. « La vie la plus belle est celle que l'on passe à se créer soi-même »** - N.Barney. | | | | |
|
| | | | On peut toujours s'approfondir, s'outrepasser, s'étendre ; mais la hauteur, elle, c'est une impossibilité de progrès et une chance de ne pas régresser en restant immobile. « Décadence de la verve et de la poésie, à mesure que l'esprit philosophique a fait des progrès : on cesse de cultiver ce qu'on méprise » - Diderot. La philosophie de la hauteur : désintérêt pour le comparatif dans l'appel banal d'une vie plus heureuse, plus sensée, plus libre. | | | | |
|
| | | | La disqualification de l'action est une question des tempi et mouvements : transformer tout andante en cantabile. | | | | |
|
| | | | On commence par viser l'une des deux attitudes : sauver sa tour d'ivoire ou être sauvé dans son souterrain, faire ou croire. Tandis qu'il faudrait peut-être se sauver dans ses ruines, se faire voyant, se croire fait regard. | | | | |
|
| | | | On aime l'arbre, car il est un cortège de naissances et de morts sans connaître d'interlude pourri des actes. | | | | |
|
| | | | Quand on comprend, que le plus profond en nous, c'est la peau, on se résigne, que la plus haute attitude s'adopte sur une couche. | | | | |
|
| | | | Souvent, ils ne marchent que parce qu'ils ne savent pas sur quel pied danser. | | | | |
|
| | | | L'ignorance conduit au vrai rêve (aux yeux ouverts) et au vrai amour (aux yeux fermés). Mais quand les mains, ou, pire, le cerveau, prennent la relève des yeux, tout bon sauvage s'avère sauvage tout court. Morale : l'ignorance n'est étoilée que de nuit, le savoir n'est brillant que de jour. | | | | |
|
| | | | L'action est une traduction libre, ce qui justifie cette cohérence : l'humilité devant ce qui est produit, ta face traduite, la fierté devant ce qui produit, ta face intraduisible. « L'humilité et la fierté sont étroitement liées ; leur dénominateur commun : le regard froid qui évalue » - Nietzsche - « Bescheidenheit et Stolz gehören eng zueinander. Das Gemeinsame ist : der kalte Blick der Schätzung » - j'ajouterais : le regard chaud qui est la valeur même. | | | | |
|
| | | | La hauteur n'est pas dans la capacité d'indiquer les directions (Schiller ou Nietzsche), mais dans celle de voir nettement les chemins à ne pas parcourir : « Le chemin vers la hauteur et le chemin vers la profondeur sont un » - Héraclite. | | | | |
|
| | | | Au-dessus des tombes, les larmes les plus belles se versent au sujet des mots non-dits, des regards non croisés et des actions non osées. | | | | |
|
| | | | Apprendre à faire, apprendre en faisant, désapprendre sans faire - cheminement de celui qui est sensible à la création et au langage. | | | | |
|
| | | | L'acte pur, c'est abstraire ; le rêve impur, c'est calculer. | | | | |
|
| | | | Regard : contemplation se nourrissant d'elle-même. | | | | |
|
| | | | Dans l'art, l'action s'oppose à l'image. La musique - pure action sans images ; la peinture - pure image sans action ; la poésie - image se muant en action. | | | | |
|
| | | | Attendre de l'art qu'il vous apprenne quelque chose, qu'il vous arme - étrange obsession des meilleurs, y compris Valéry. « Prends connaissance de ce qu'il y a à apprendre, et puis suis ton propre chemin » - Haendel - « Man muß lernen, was zu lernen ist, und dann seinen eigenen Weg gehen ». Je n'apprends que dans des guides statistico-savants ; une œuvre d'art devrait donner aux inéluctables fuites de soi la fraîcheur des sources, nous démunir de pores ou munir d'a-pories vitales, nous désarmer, pour rendre la débâcle moins humiliante et plutôt cérémonielle. | | | | |
|
| | | | Ce livre est une école de l'échec, de la rencontre manquée entre le rêve et son accomplissement, de l'appel à vivre la nuit du rêve et à s'absenter le jour de l'acte. | | | | |
|
| | | | Fausse piste : « transformer la vie en destin » (d'Aristote à Sartre) - la conception nous étant incompréhensible, préférer l'algorithme aux rythmes est bête. | | | | |
|
| | | | La liberté : conception d'un acte par une règle absente dans le modèle courant, et que l'acteur invente ad hoc. | | | | |
|
| | | | Un recul en étendue bride le cœur, en profondeur - désavoue le cerveau, en hauteur - entrave les pieds. La gravité de nos défaillances est question de type de recul. | | | | |
|
| | | | Quand tu n'as pas de bonnes paroles, tu es tenté de t'exprimer en langage des actes qui rabaissent ton silence. À l'opposé de Phèdre : « Ceux qui rabaissent en paroles ce qu'ils ne peuvent faire » - « Qui facere quae non possunt verbis elevant ». | | | | |
|
| | | | Ce qui rend l'idée plus prometteuse que l'acte est son inaboutissement primordial. Pas de casseroles - ni de succès ni d'insuccès - pour abandonner une idée. | | | | |
|
| | | | Pour être bon archer, on n'a pas besoin de cible - telle est la leçon de l'arc bandé et de la corde raide. Mais « pour toucher une cible, il faut en avoir eu une » - proverbe grec. | | | | |
|
| | | | La passivité et la passion se rapprochent non seulement par un renvoi commun à la souffrance (patio), mais par l'égale opposition à l'inertie. Pour ne pas résulter des forces étrangères, je les équilibre par ma passion avant de m'envoler vers ma passivité. | | | | |
|
| | | | L'inertie, même la plus sereine, est le pire des mouvements, et y voir de la sagesse opposée aux mirages de l'avenir (Kojève) est de la pire bêtise. Le filtre intellectuel, appliqué aux actions, s'appellera frein. | | | | |
|
| | | | La désespérance aurait dû dégoûter de toute action, mais regardez ses tenants, jusqu'au cou dans l'agitation gluante et piétinant le rêve. L'espérance aurait dû auréoler l'action, mais je vois ses champions paralysés, devant le rêve agonisant. L'espérance des ténèbres silencieuses, la désespérance de la lumière criarde. | | | | |
|
| | | | Silence ou vacarme, équilibre ou diffusion ? - Confusion des charmes ! - ce qui fera de toi un vrai croisé pratiquant « profusion des armes ET effusion des larmes » - Lulle. | | | | |
|
| | | | Le combat d'idées se règle au pugilat ; le combat de mots dégénère en affrontement des idées ; le combat des états d'âme s'enlise en querelles de mots. Désarme-toi ! - la bonne devise du capitulard que tu devins. Leopardi ne se doutait pas à quel point il avait raison : « Un peuple de philosophes serait le plus couard du monde »* - « Un popolo di filosofi sarebbe il piú codardo del mondo ». | | | | |
|
| | | | La lumière cynique de l'être projetant de belles ombres du faire - Pythagore ou Diogène ; la lumière héroïque du faire invoquant d'humbles ombres de l'être - R.Debray ou S.Weil ; les ombres honteuses du faire se désolidarisant des ombres piteuses de l'être - Rousseau ou Tolstoï. Trois manières de prouver sa noblesse : esthétique, mystique, éthique - faire briller, brûler, être brillant. | | | | |
|
| | | | Quand on s'aperçoit, que toute traduction d'un acte en une pensée est imposture, on se résigne, de cœur léger, à ne pas traduire sa pensée en actes. « La pensée doit se garder de la projection réelle des idées et de leur traduction en acte »* - Baudrillard. | | | | |
|
| | | | L'action intellectuelle consiste à munir l'arbre du dire (écrire, chanter, peindre) et l'arbre du faire (passer du côté de la vie) d'inconnues, c'est-à-dire respectivement, de variables a priori (hauteur, goût, émotion) et de variables a posteriori (profondeur, intensité, durée) et à tenter de les unifier. Quand on constate, que l'harmonie de l'arbre unifié ne doit presque rien au faire, on se voue à l'invention et se moque de l'authenticité. | | | | |
|
| | | | Dans toute action se croisent le pouvoir éloigné et le pouvoir prochain (Pascal), la grâce et l'outil, le regard et les yeux. Les deux sont voués à la peinture de la vie ; le second dessine l'horizon, le premier colore le firmament. Ab posse ad esse, et non pas l'inverse. | | | | |
|
| | | | Je ne vois pas de meilleur emploi de la violence et de la volonté de puissance que pour faire régner l'inaction hiératique et encenser la faiblesse auratique. | | | | |
|
| | | | Au lieu de rester immobiles, pour se réjouir du souffle ardent de la vie, ils s'agitent pour échapper au souffle glacial, derrière leur nuque. Rien ne sert de courir, puisque « la mort rattrape même celui qui court » - Horace - « mors et fugacem persequitur virum ». | | | | |
|
| | | | L'agir nous oriente vers l'avenir, où s'impatiente notre mort ; l'écrire nous renvoie au passé, où naît la vie. Mais si le temps n'est pour vous qu'une abstraction sans vie, vous direz : « Écrire, c'est ne plus mettre au futur la mort toujours déjà passée » - Blanchot – au lieu de : agir, c'est ne jamais mettre au passé la vie encore à venir. | | | | |
|
| | | | L'immobilité de la mare est pareille au robot, à la pensée stagnante ; l'immobilité du fleuve - de la source à l'estuaire - est pareille à l'arbre traversant les saisons. | | | | |
|
| | | | La multitude de flèches non décochées est telle, que je dis à mon âme illuminée : nous nous battrons à l'ombre. | | | | |
|
| | | | Par l'implacable loi de l'éternel retour, tout chemin s'achèvera en cercle. Gagner en hauteur, par un jeu en spirale, est un espoir niais. La hauteur commence par le courage de n'emprunter aucun chemin. Ou bien le chemin n'est que cheminement et le jeu du retour consiste à savoir traduire toute étape, même la finale, en point zéro d'un parcours inentamé. Se fuir est souvent le plus court chemin pour se retrouver : « Tu cours sans arrêt, pour arriver à ce que tu fuis » - Dürrenmatt - « Wir laufen und laufen, um zu erreichen, was wir flohen ». | | | | |
|
| | | | La pesanteur pourrait être vécue comme grâce quand, à coups de contraintes, tu auras créé une pente à tes inclinations, où tu donneras libre cours à tes abandons et inactions. Et Baudrillard : « S'affranchir de toutes les contraintes est une réaction tellement vitale, qu'il n'y a pas besoin pour cela d'une idée de la liberté » - se trompe lourdement : le choix de contraintes est l'une des meilleures preuves de la liberté ! | | | | |
|
| | | | J'aime l'arbre : aspirant à la hauteur, se moquant de son étendue, cachant sa profondeur. Le dernier pas s'effectuant au même point que le pas premier. « La vie émouvante d'un arbre qui s'agite désespérément pour faire un pas » - J.Renard. | | | | |
|
| | | | Le rêve est une illusion se moquant de toute désillusion. Plus sérieusement on prend le désenchantement, plus facilement on se vautre dans l'action dissipant tout enchantement. « Il est peu d'actions, que les rêves nourrissent au lieu de les pourrir »*** - Malraux. | | | | |
|
| | | | Il est facile de descendre jusqu'à l'origine des actes – pour n'y découvrir que l'ennui ; il est beaucoup plus difficile de monter jusqu'aux fins des rêves – et d'y attraper un nouveau vertige. | | | | |
|
| | | | Les choses à ne pas remarquer – les contraintes ; les choses à s'y focaliser – la force ; se détacher des choses – l'intelligence. Le but : se laisser guider par des contraintes, s'appuyer sur la force, capituler avec l'intelligence. | | | | |
|
| | | | Qu'on marche ou qu'on s'immobilise - on s'égare toujours. La question est - avec quoi ? Avec les pieds égarés on rate des prodiges, avec l'âme égarée on attrape des vertiges. | | | | |
|
| | | | Former, et non pas remplir ton rêve, l'abandonner au vide pur. Conformer ta vie, déformer tes mots - autant de moyens de ne pas ouvrir des vannes. | | | | |
|
| | | | Devant ta vie, tu es dans un rafiot : à quoi veux-tu consacrer sa traversée ? – ramer ? garder le cap ? guetter des voies d'eau ? appeler un bon souffle ? glisser des mots dans la bouteille ? | | | | |
|
| | | | Tant que l'action sert d'excitant et le repos – de somnifère, ton rêve ne reflétera que le morne souci du jour. Pour te tourner vers la belle insouciance de la nuit, compte plutôt sur un repos extatique et une action soporifique. | | | | |
|
| | | | La conception ou le langage : action ou réaction, recherche de la profondeur ou recherche de la vérité, volonté de puissance ou pouvoir de curiosité – deux dons distincts, presque sans interpénétration. | | | | |
|
| | | | Les châteaux en Espagne surgissent quand tu n'es travaillé par aucune envie de bâtir quoi que ce soit. Des frustrations de caserne ne s'élèvent que d'autres étables. | | | | |
|
| | | | Les choses sont le but, l'adversaire ou la contrainte. La dernière attitude est seule noble ; la première – le lot de la majorité ; la deuxième fut prônée même par Pyrrhon : « C'est par des actes, qu'il faut, jusqu'au bout, lutter contre les choses, ou, à défaut des actes, par la parole ». | | | | |
|
| | | | Je ne vois aucune règle d'action éthique à laquelle ne souscrirait pas un quelconque goujat ; seuls les tests par des règles d'abstractions éthiques peuvent l'en éloigner suffisamment. | | | | |
|
| | | | Le premier adversaire de mon immobilisme est l'inertie qui devint aujourd'hui synonyme d'action. Le devoir et la contrainte se lisent désormais dans des modes d'emploi. Ce que ne devina point Ortega y Gasset : « le noble : avancer vers ce qu'il s'impose comme devoir et exigence » - « nobleza : a trascender hacia lo que se propone como deber y exigencia ». | | | | |
|
| | | | Préférer l'Agir au Faire, l'action à la production, la résolution de contraintes à l'avance vers le but, la liberté des buts à la liberté des moyens. Aristote : « Seul le mouvement dans lequel le but est immanent est l'action-praxis ». L'action-poïésis serait le mouvement animé par le rêve, cette contrainte transcendante, un telos intérieur au-dessus du skopos extérieur ; le malheur est que, au-delà du rêve défait, sévit le bilan, l'action-prohairésis, qui te laissera, le plus souvent, non pas avec une paix d'âme, mais avec une honte. | | | | |
|
| | | | C'est la mimésis (représentation, en grec), la noble imitation, qui est source de toute création (avec l'herméneutique - interprétation), et lorsque ce qu'on imite est action on l'appellera poésie, la poïesis. | | | | |
|
| | | | Tu as beau disposer d'un bon regard, et le lecteur – d'un bon horizon ; c'est ton égarement et sa presbytie qui décideront du sort de ton livre : « Ça marche, demande l'aveugle au paralytique. Comme vous voyez, répond le paralytique » - Lichtenberg - « Wie geht's, sagte ein Blinder zu einem Lahmen. Wie Sie sehen, antwortete der Lahme ». | | | | |
|
| | | | Tu restes avec les solutions – tu fais du sur place ; tu te tournes vers les problèmes - tu progresses (« les problèmes naissent quand on avance » - Chesterton - « progress is the mother of problems ») ; tu aspires aux mystères – tu les découvres dès que tu t'adonnes à l'immobilité complice. | | | | |
|
| | | | La liberté n'explique ni n'introduit rien dans nos rapports avec le mal. Le mal est inhérent à toute action ; l'homme le plus vertueux en commet autant qu'un robot, une hyène ou un mouton. C'est comme ces deux personnages de Valéry, l'un calculant tout et l'autre tirant ses choix au hasard – et arrivant au même résultat. La souffrance : se rendre compte que sur le chemin vers le malheur on n'ait commis aucune erreur. Avoir suivi, scrupuleusement, l'impératif catégorique kantien, cette fumeuse et naïve loi universelle, même si elle existait, - ne t'immuniserait nullement contre le mal. | | | | |
|
| | | | Même linguistiquement, l'action est insignifiante : elle est un signifié sans signifiant. | | | | |
|
| | | | L'écart entre les mots et les actes se mesure uniquement en épaisseurs des mots. Et ceux qui se gargarisent de son absence ne font que reconnaître la platitude de leurs mots. | | | | |
|
| | | | Plus que l'ampleur du but et la précision de la direction vers lui compte la hauteur à laquelle tu en ériges les contraintes, que respectera ton regard en épargnant ainsi l'effort inutile des pieds. | | | | |
|
| | | | La seule chose qui empêche de s'attendrir sur l'homme, comme on s'attendrit sur l'enfant, est le reflet blasphématoire de ses rêves inavouables noyés dans ses actes innocents. La vraie innocence a honte de toute action (à l'opposé de Rousseau). | | | | |
|
| | | | À tout moment, une de nos facettes doit être active et ainsi, donc, - profanée ; et il vaut mieux que ce soit notre bras plutôt que notre âme ; il faut entourer celle-ci d'oisivetés et d'indéterminations ; laisser les affairés croire, que « la seule chose qui vaille dans ce monde, c'est l'âme active » - Emerson - « the one thing in the world, of value, is the active soul ». | | | | |
|
| | | | L'action selon Valéry va du sentiment à la forme, et selon moi – de la forme à son fond réel ; Valéry l'identifie avec l'enveloppement et moi – avec le développement. Son l'homme est action et mon l'homme s'arrête à l'action disent, en définitive, la même chose. Nous sommes d'accord, que la quête la plus passionnante de l'art concerne le cheminement imprévisible entre l'impression et l'expression. L'expression fixée est doit rester sans prolongement. | | | | |
|
| | | | Dans l'action, tu es d'autant plus libre, que tes contraintes sont davantage intérieures et tes nécessités – extérieures. Et non pas l'inverse qui est signe des esclaves. | | | | |
|
| | | | Te rire de tes actions sur les choses ; te détourner de l'homme réactif en toi, te tourner vers l'homme actif ; mépriser le non passager, saluer l'acquiescement éternel, le oui du retour du même, en unisson de la première onde et surtout à la même hauteur. | | | | |
|
| | | | Un rêve, hélas, inaccessible : vivre ce que tu es ; mais le refus de ce somnifère bien bête : tu es ce que tu vis, c'est à dire tes gestes et tes mots, qui ne sont qu'une variété de la mort (Nietzsche : « das Lebende ist nur eine Art des Toten »). | | | | |
|
| | | | Au vaste ennui d'énoncer et à la profonde bêtise de dénoncer j'oppose la haute paix de renoncer. | | | | |
|
| | | | Les uns cherchent des buts pour valoriser les choses, les autres – des moyens pour qu'elles bougent, moi, je cherche la contrainte qui les laisserait sans prix ou invariantes. L'extase ou l'homéostase. | | | | |
|
| | | | Très peu de ce qui est vénérable est applicable. Ce que ne comprit pas Schweitzer : « Il vaut mieux avoir de hauts principes qu'on suit que d'encore plus hauts qu'on néglige » - « Es ist besser hohe Grundsätze zu haben, die man befolgt als höhere, die man außer acht läßt ». | | | | |
|
| | | | L'artiste dit, à l'opposé d'Aristote, que la forme est une puissance libre et génératrice, dont la matière n'est qu'un acte passif et servile. | | | | |
|
| | | | Les hommes, comme jadis Ulysse, se font abuser par Mercure-Hermès, leur promettant un antidote contre le poison de Circé-action ; à leur réveil, ils ne se rendent même pas compte d'être transformés en cochons. | | | | |
|
| | | | Prier sur son étoile ou la suivre, tel est le choix vital (à condition préalable de ne pas prendre pour elle – la lumière de la rue). En priant, tu es sûr de t'égarer, mais tu sauves ton regard ; en marchant tu es sûr de te retrouver sur des sentiers battus, avec ton regard éteint. | | | | |
|
| | | | L'ennui des chemins est qu'on ne puisse pas danser la-dessus, et le sens de ta vie n'est pas dans la marche, mais dans la danse. C'est dans la déviation (divertissement) des chemins que Pascal voyait le seul remède à nos misères, sans toutefois préciser, que la déviation la plus radicale s'appelle impasse discrète abritant une scène, au milieu des ruines à l'acoustique parfaite. Plus plate est la scène, plus haute est la danse. | | | | |
|
| | | | Les mots jouent plus fidèlement de tes cordes que les gestes ; tu as plus de raisons de rougir avec ces derniers qu'avec les premiers ; n'écoute pas Cervantès : « Un chevalier a honte quand ses mots sont plus beaux que ses faits » - « Un caballero se avergüenza de que sus palabras sean mejores que sus hechos ». Et continue à te payer de mots, pour préserver ton pouvoir de rachat. | | | | |
|
| | | | L'homme de contemplation (Platon) ou l'homme d'action (Aristote) ne sont que de mécaniques projections de l'homme de création : le musée ou l'usine, pâles reflets de la vie. | | | | |
|
| | | | Quand le faire et le dire marchent, main dans la main, on peut être certain, que le sol qui les supporte est une platitude. | | | | |
|
| | | | Le sentiment a sa dynamique interne, pour arrêter le temps, et une énergie externe, pour quitter l'espace ; être hors de tout mouvement, à l'opposé des robots : « Ce qui existe dans la conscience sous forme de sentiment peut se transformer en un équivalent de mouvement mécanique » - H.Spencer - « what exists in consciousness under the form of feeling is transformable into an equivalent of mechanical motion ». | | | | |
|
| | | | Nous commençons par prendre l'action pour but, mais notre science nous apprend, que le savoir s'y prête mieux. Nous tentons de voir en elle une source, mais notre prescience nous convainc, que l'intuition y suffit. Et notre conscience finit par lui reconnaître le statut de contrainte formelle, que nous surmontons sans toucher aux origines et fins. On se borne sans se limiter (Fichte). | | | | |
|
| | | | Valéry ne parle que de l'action, et je n'y entends que du rêve ; Nietzsche ne parle que du rêve, et le sot ne lui trouve qu'un appel à l'action. | | | | |
|
| | | | C'est en surmontant la fatigue vitale (Lebensmüdigkeit) que Nietzsche espère descendre jusqu'au problème vital (Lebensaufgabe). Oh combien plus prometteur est de céder à la puissance vitale pour monter vers le mystère vital ! | | | | |
|
| | | | La tour d'ivoire est ton commencement, la descente dans la profondeur de ses souterrains, comme dans l'étendue de l'action, – une vicissitude préliminaire, l'ascension immobile – l'état permanent, intemporel. Vivre la simultanéité et non pas la succession : « Avant de s'élancer tout clocher est caveau » - Th.Gautier. | | | | |
|
| | | | La musique en mouvement ne peut conduire qu'en caserne ou en cimetière ; c'est la musique de l'immobilité, n'ayant besoin d'aucun chemin, qui t'approche de ce qui t'est infiniment cher et lointain. Aucun silence ne peut la remplacer : « Le chemin vers tout ce qui est grand passe par le silence » - Nietzsche - « Der Weg zu allem Großen geht durch die Stille ». | | | | |
|
| | | | La volonté de puissance (ou plutôt le désir de force) ne concerne ni les muscles ni, encore moins, la flèche décochée, mais exclusivement, la corde, sa tension, l'intensité entre elle, tes doigts et ton regard. Mais les hommes n'en retinrent que la force de frappe et la cible frappée. L'homme vaut par « les flèches, sans cible, de sa raison » - Tennyson - « the viewless arrows of his thoughts ». | | | | |
|
| | | | L'intensité comme fond de l'existence est dans l'essor et nullement dans l'effort, comme le croient les activistes : « Notre vie ne vaut que par les efforts qu'elle nous a coûtés » - Mauriac. | | | | |
|
| | | | Qu'est-ce qu'une action ? Son quoi de poids, son comment d'intensité, son pourquoi de musique ? Seule la musique y est injustifiable : « Dieu et le juste ont la même façon d'agir : sans pourquoi » - Maître Eckhart (« ohne Warum wirken »). | | | | |
|
| | | | Oui, le commencement est tout ; mais les uns, les laborieux, le placent aux fondements noirs, et les autres, les glorieux, aux sommets scintillants. Et l'on devient une lumière affairée ou une ombre intense. En tout cas, au-dessus de la grisaille du milieu : trouver le commencement est chose aisée, commencer par le commencement exige beaucoup de liberté d'esprit, de talent et d'intelligence. | | | | |
|
| | | | Cheminement de ta liberté : choisir ton but, choisir tes moyens, choisir tes contraintes – choisir de ne pas les mettre en œuvre, car, entre-temps, l'observateur, en toi, l'emporta sur le dominateur. | | | | |
|
| | | | L'ardeur : dans l'action elle devient combustible commun, dans la contemplation – ta lumière, dans le rêve – la musique, ton ombre. | | | | |
|
| | | | Plus loin tu vas, mieux tu comprends, que ce n'était pas toi qui dictais et effectuais les pas. | | | | |
|
| | | | Les passions rapprochent le sage de l'ange et le sot – de la bête ; rien de plus radical pour les amortir que l'action que, donc, le premier doit fuir et le second – cultiver : « ce n'est point la pensée qui nous délivre des passions, mais c'est plutôt l'action » - Alain. | | | | |
|
| | | | De la vie, qui est un autel, l'homo faber fait un atelier ; l'homo sacer fait de son atelier – un autel. | | | | |
|
| | | | L'action, aujourd'hui, se réduit à la gestion d'un répertoire d'événements ; elle n'est plus négatrice du fait, du donné. « La fin de l'Histoire signifie la cessation de l'Action au sens fort du terme » - Kojève. | | | | |
|
| | | | Des remèdes à ne pas négliger : rien qu'en ne s'en servant pas, tu guéris certaines plaies. | | | | |
|
| | | | Ce n'est pas parce que l'action ne puisse rien changer à l'essence des choses qu'il faut la dédaigner, mais parce qu'elle coupe le contact avec toute immutabilité. | | | | |
|
| | | | J'aime l'arbre non seulement à cause de son rêve fleuri et plein d'ombres, côté vie, mais aussi à cause de son immobilité lumineuse, puisqu'il n'a qu'un pied, et il est dans la tombe (J.Renard), côté mort. Et tant mieux si « l'arbre ne fascine pas tout le monde » - Virgile - « non omnes arbustos iuvant ». | | | | |
|
| | | | L'homme, ce sont ses modèles. Qui servent d'appuis ou de ponts entre langage et réalité, entre le mot et l'acte (logos et ergon) : un passage trivial, décrire l'acte par le mot, et un passage subtil, deviner dans le mot l'acte initiatique. | | | | |
|
| | | | L'art résulte du larcin, que commit Prométhée auprès des dieux coopératifs : Athéna et Héphaïstos, s'occupant, respectivement, de l'intelligence et de l'action ; mais ce n'est ni la cervelle ni le bras qui résument la création divine, mais bien le feu ; les hommes perdirent la forme ardente et ne gardèrent qu'un fond tiède de raison et d'efficacité. « Sans le feu, la connaissance de l'art est impossible » - Protagoras. | | | | |
|
| | | | Dieu est visiblement sensible à la beauté, au bien et à l'intelligence ; en revanche, je ne vois aucune trace de son intérêt pour la puissance (ni pour l'éternité ni pour l'infini) qui, pourtant, sauterait aux yeux de tous les théodicéens. | | | | |
|
| | | | La conscience tranquille est possible, tant que ton action se déroule face à autrui ; mais quand tu agis face à Dieu, tu es condamné à la plainte de David : « contre Toi, et Toi seul, j'ai péché ». | | | | |
|
| | | | La liberté est hésitation et hasard ; c'est pourquoi mon acte, mon sentiment, ma pensée ne sont pas moi, mais de moi. « Mon action a fini par devenir partie intégrante de ma nature ; elle n'est plus une action » - Mishima. | | | | |
|
| | | | Toute action a un sens dans le temps (elle s'y appellera acte) et en a un autre – hors du temps ; on les attache à l'être ou au devenir, à la vie ou à la mort, au salut ou à l'absurde. Et puisque l'art est tentative d'insuffler de la vie, d'apporter de l'oubli ou de la consolation, il doit faire oublier le temps. | | | | |
|
| | | | La sensation de puissance vient soit de l'action (force matérielle), soit de la maîtrise des métaphores (force créatrice), soit, enfin, de la noblesse (force de l'âme). Nietzsche est fort, dans le deuxième sens, son Zarathoustra – dans le troisième, mais tous les deux sont dérisoirement faibles, dans le premier sens. D'où toute l'ambiguïté de la volonté de puissance. « Toute mon action est résultat de ma faiblesse »** - H.Hesse - « All mein Tun kommt aus Schwäche ». | | | | |
|
| | | | On affirme sa volonté soit pour maîtriser des choses, soit pour lui apporter de nouvelles forces vitales à ne pas employer, pour devenir volonté de puissance pure, volonté de volonté. | | | | |
|
| | | | Comment on gagne en sagesse : impossible d'entrer deux fois dans le même fleuve ; impossible de le faire même une seule fois ; inutile de s'y mouiller pour en connaître l'horizon ou la profondeur, quand ton rivage a de la hauteur. | | | | |
|
| | | | La fontaine, les canalisations, l'eau courante – mystère, problème, solution – pureté, filtre, désinfection – commencement, calcul, consommation. « Le mystère est dans le pur jaillissement » - Hölderlin - « Ein Rätsel ist Reinentsprungenes ». | | | | |
|
| | | | L'immobilité, elle aussi, est une illusion de rester en tête-à-tête avec la vie, en manipulant paisiblement des lumières passagères, au milieu de tes ombres ; ce stratagème permet d'esquiver le rendez-vous, que te donne la mort, à tout carrefour des chemins, puisque : « Toute course, qu'elle soit vers le soleil ou vers la nuit, conduit à la mort » - H.Hesse - « Jeder Lauf, ob zur Sonne oder zur Nacht, führt zum Tode ». | | | | |
|
| | | | C'est l'exigence musicale qui plaide pour l'immobilité ; quelle musique peut-on écouter en mouvement ? - une marche régimentaire, foiresque ou funèbre. Mais toute belle musique te parle de tes défaites, tandis que tu portes en toi, comme tout le monde, un besoin de victoires, que seuls le recueillement et l'immobilité apportent. Et en tête-à-tête avec la musique, immobile, tu « te précipites vers une défaite, car seule la précipitation vaut preuve » - Badiou – preuve de ta victoire ! | | | | |
|
| | | | L'action ne fait que du remplissage ; du silence des mains naît la caresse ou le rêve. « Qui se tait avec sa bouche bavarde avec ses mains » - Freud - « Wessen Lippen schweigen, der schwätzt mit den Fingerspitzen ». Il faut être fanatique de la lutte des classes et des sexes pour voir dans la caresse, comme Sartre, « une embuscade tendue à l'autre » ; la caresse est une tentative désespérée, pour que la main parle le langage du rêve. | | | | |
|
| | | | Je n'ai aucune répugnance à l'action ; je me contente de constater son intégral mutisme : elle ne traduit presque rien de ce qui, en nous, vaut d'être dévoilé. « Tout ce que vous faites trouve un sens dans ce que vous êtes » - Jean-Paul II – et puisque vous êtes condamnés à ignorer ce que vous êtes, ce sens est une chimère sans intérêt. | | | | |
|
| | | | La maxime réinvente l'homme, la narration tient à l'événement : « La fable n'imite pas les hommes, mais une action » - Aristote. La vie, malheureusement, se range, de plus en plus, du côté de l'événement plutôt que du côté de l'homme. Le bavardage gestionnaire évincera toute musique intemporelle. | | | | |
|
| | | | L'action, c'est un réseau inextricable de traces et de signes ; celui qui ne voit que les traces en ignore la profondeur, celui qui ne voit que les signes en ignore la hauteur ; les deux peuvent ignorer la honte, qui naît du terrible choc entre le profond et le haut, nous condamnant à la platitude. | | | | |
|
| | | | La vie, contrairement au théâtre, est faite davantage de musique que d'enchaînement des actes ; un bon dramaturge inverse les places de l'orchestre et de la scène, dans son espace vital. Et quand, au lieu de l'action (dramatos) narrative se met à percer l'être humain (demos) musical, le métier de dramaturge se rapproche de celui de démiurge, la musique hiératique - du langage démotique. | | | | |
|
| | | | L'homme s'attache, de plus en plus, à ce qui est dynamique - ses instincts (la part moutonnière) et ses moyens (la part robotique), et se détache de ce qui est immuable - ses buts (la part du rêve). La seule tentative de les réconcilier consiste à les tempérer, par des contraintes, s'appliquant aussi bien au passager qu'à l'intemporel. | | | | |
|
| | | | Jadis, on passait à l'action pour tester sa liberté (« L'action rachète l'esprit ; on cesse un peu d'être machine » - A.Suarès) ; aujourd'hui, elle est le chemin le plus sûr menant à la servilité robotique. | | | | |
|
| | | | Un grand avantage de l'immobilité est la facilité de retours et de demi-tours, cette gymnastique vitale des grands voyageurs du regard. « La grande faute de l'homme est qu'à tout moment il peut faire demi-tour et qu'il ne le fait pas » - Buber - « Die große Schuld des Menschen ist, daß er in jedem Augenblick die Umkehr tun kann und nicht tut ». | | | | |
|
| | | | La noblesse des contraintes est dans leur nature intemporelle, tandis qu'on juge, d'habitude, les fins et les moyens dans un processus d'avancement, à moins qu'on les transforme en contraintes. | | | | |
|
| | | | Homme de scène, homme d'action… Deux types d'échelles, plutôt que deux types d'hommes. L'agir noble : partager ton pain ou tendre ta main à celui qui est tombé – gestes dont est capable, un jour, n'importe quelle crapule. La scène est un paradigme beaucoup plus discriminatoire : qui t'observe et te juge ? quelle lumière t'illumine ? Quelle distance te sépare de la rue ? Quel est le genre de ta pièce ? En quelle langue sont tes paroles ? Quelle est la part du dramaturge ou du démiurge dans ton texte ? Qui incarne ton héros ? - ta raison, ton cœur ou ton âme ? Homme d'action n'est qu'un cas mineur d'homme de scène, qui, à son tour, n'est qu'un cas extraverti d'homme de rêve. | | | | |
|
| | | | Mieux on écoute les appels, pathétiques et séniles, à passer des mots à l'acte, mieux on comprend que la jeunesse, c'est le mot. | | | | |
|
| | | | Dans ce chapitre, je suis peut-être en retard sur mon siècle : l'action, accompagnée jadis d'orgueil ou de honte, devint aujourd'hui opération, c'est à dire exécution d'un morceau d'un algorithme incolore, insipide, indolore. L'âme, détachée désormais des mains et cerveaux, chôme ou suit une formation de cadres inférieurs. | | | | |
|
| | | | Tant que tu veux écrire, essaie de ne pas agir ; pour, éventuellement, terminer par : « Plus de mots. Qu'un geste. Je n'écrirai plus » - Pavese - « Non parole. Un gesto. Non scriverò più ». | | | | |
|
| | | | Aucune œuvre littéraire ne traduit si nettement le conflit majeur de l'existence, entre le moi qui réfléchit, agit et se connaît et le moi qui frissonne, rêve et s'ignore, que la Pathétique de Tchaïkovsky ; et nulle part ailleurs on n'entend si nettement l'inéluctable débâcle du second, plein de honte, et le silence confus du premier, plein d'ironie. | | | | |
|
| | | | Le rêve, immobile et inexistant, se prête bien à l'impératif d'ordre musical ; le réel, lui, peut se vautrer dans l'indicatif d'ordre mécanique et sans tonitruances ; et puisqu'on ne peut donner de sa propre voix qu'en s'adressant au rêve, on a raison de dire, que « le visage, c'est de nous affecter non pas à l'indicatif, mais à l'impératif » - Levinas. | | | | |
|
| | | | Aujourd'hui, de plus en plus, on lit dans les gestes humains de simples applications de codes ; on finit par se demander : où y a-t-il plus de vie ? dans les livres ou dans les actes des hommes ? | | | | |
|
| | | | Rien de philosophique ne peut être traduit en actes pour être relu, apprécié et approuvé. Socrate et Sénèque auraient pu choisir une friandise ou un stylo, au lieu de cigüe et rasoir, sans rien trahir de leur philosophie. Ne sont philosophiques que les livres (Sartre). Contrairement à la poésie qui se faufile jusque dans nos appétits et galéjades. | | | | |
|
| | | | Tu es dégoûté de l'action non pas à cause d'une discordance entre le prévu et le vu, l'attendu et l'entendu, le pressenti et le senti, mais à cause de l'intraduisibilité cruciale du regard des premiers en choses vues des seconds ; dans le royaume du rêve, le mot, au moins, peut inventer la hauteur cachée des choses, tandis que l'acte en exhibe la criante platitude. | | | | |
|
| | | | Quand, dans une émanation de ton soi – action, pensée ou mélodie – tu reconnais ton essence, d'habitude résistante et au mot et au geste et à la composition, tu es tenté de l'appeler – œuvre d'art ; une perplexité : tu y serais libre du monde et tu y serais esclave d'une force, dont tu ne serais qu'un instrument pour produire du bon ou du beau. Bergson ne voit que la première, banale, facette : « Un acte est libre quand sa relation à moi-même est semblable à la relation d'une œuvre d'art avec son auteur ». | | | | |
|
| | | | Il est inévitable que, de temps en temps, tes carquois se trouvent remplis de flèches ; toutefois il faut essayer de ne leur chercher que des arcs puissants et de dédaigner les cibles qui, toujours, profanent de bons muscles. | | | | |
|
| | | | Pour assourdir le remords, qui suivra chacune de tes actions, tu dois réduire la liberté, en tant que cause, soit à la nécessité soit au hasard ; pour le choix de l'inaction, tu emprunteras le chemin inverse. | | | | |
|
| | | | Tout homme, doué de conscience dans les deux sens de ce mot, arrive à trouver de l'indignité dans toute action ; si, en plus, l'homme est bête, il se met à chercher à l'action une source ou un ressort, sous forme d'une idée indigne ; c'est ce que fait, maladroitement, Dostoïevsky, chez qui des idées loufoques et superficielles accompagnent des états d'âme tout à fait véridiques et profonds, et surtout, présentés d'une grande hauteur de vue ; c'est pourquoi Dostoïevsky est sage sans être intelligent. | | | | |
|
| | | | Il faudrait parler de volonté en et non pas de puissance, puisque Nietzsche refuse à cette volonté le statut d'une faculté devant déboucher sur une action ; chez lui, elle n'est qu'en puissance, puisqu'elle se réduit à une pulsion, à un affect, à une intensité, qui peuvent se passer de faits et de causes. | | | | |
|
| | | | L'action, qui s'imagine claire ou pure, doit être flanquée d'un pessimisme noir ; à l'inaction sied la compagnie d'un vigoureux optimisme ; la pensée vivante se nourrit d'un équilibre stylistique entre le pessimisme et l'optimisme. C'est très loin de : « penser avec pessimisme, agir avec optimisme » - H.Hesse - « denken mit Pessimismus, handeln mit Optimismus ». | | | | |
|
| | | | Une fois au but, le meilleur résumé ne serait pas de se féliciter du choix de bons chemins ou de bons moyens, mais de la qualité des contraintes ; le talent doit si peu à la géographie et aux muscles, qui le flattent, et si beaucoup – aux sacrifices et fidélités, qui le guident et donnent une forme à ses pas et un fond à son regard. | | | | |
|
| | | | Ce qui est grand dans le combat de Nietzsche, c'est qu'on ne voit jamais ni ses ennemis ni ses alliés ni l'origine du conflit ni les trophées escomptés ni la direction de ses flèches. On sent une corde bandée, on oublie les carquois. L'intensité. | | | | |
|
| | | | L'homme désire ; à un moment donné, au lieu de continuer à désirer, il se met à agir : par la parole, par la raison, par le muscle ; la discordance entre le désir et l'acte, très rapidement, devient flagrante ; dans cette banale platitude, où il n'y a ni dissimulation ni aliénation ni refoulement, la psychanalyse prétend découvrir des gouffres d'inconscience. Imposer un sens à ce qui en est dénué, dénicher un sens paillard dans ce qui n'est que criard – deux démarches d'un même charlatanisme. | | | | |
|
| | | | Ton esprit et tes jours décrivent les cercles : mystère – problème – solution – mystère et regard – désir – action – réflexion – regard, mais tu dois ne prendre rendez-vous avec l'éternité de ton âme qu'avec le mystère et le regard, avec l'intensité et le visage ; ainsi s'accomplit l'éternel retour du même. | | | | |
|
| | | | Que le fleuve aille vers la mer, est-ce de la trahison ou de la fidélité à sa source ? Les riverains, ignorant les sources et ne craignant pas les estuaires et chutes, dans leur vaste platitude, ne font plus de sacrifices sur de bonnes rives. | | | | |
|
| | | | Les grands projets que forme un homme : c'est la femme qui les lui inspire, c'est la femme qui l'en empêche. C'est pourquoi elle était plus proche du rêve : beau sujet que vous chantiez au lieu de mettre vos projets en chantier. Le calcul est naturel ; la femme et la poésie sont invention même ; le goût du paraître et le dégoût pour l'être ; ni Baudelaire (« la femme est abominable parce que naturelle ») ni de Gourmont (« la femme la plus compliquée est plus près de la nature que l'homme le plus simple ») ne le comprirent. | | | | |
|
| | | | Je voudrais réhabiliter la méta-action, l'action sur la volonté, visant la puissance, le commandement et la maîtrise de noumènes, inexistants et mystérieux, et professant une certaine indifférence face aux phénomènes, problématiques et criards. | | | | |
|
| | | | Être soi-même, accorder ses actes à ses pensées – de telles niaiseries nous détournent de la vraie dyade qui résume notre existence (d'autres pousseraient même jusqu'à l'essence) : faire et se faire, le premier terme n'apportant presque rien au second, et le second prenant ses distances avec le premier. C'est très loin d'une lumineuse liberté quelconque et ressemble davantage à une contrainte obscure mais volontaire : « L'homme se confond avec sa liberté qui est le néant qui contraint la réalité-humaine à se faire au lieu d'être » - Sartre - quoi que cette réalité (das Dasein) soit à faire ; c'est le soi qui se fait. | | | | |
|
| | | | Pour te distancer de l'action - trois modes ou voies : en être incapable, y renoncer, ne pas la prendre en compte dans l'auto-évaluation ; seule le premier cas est vraiment pénible, et B.Croce dit quelque part, que, si la capacité de réflexion ne se complète pas par celle d'action, un homme d'esprit vivra torturé. | | | | |
|
| | | | Toute réflexion philosophique devrait peut-être se concentrer autour de la question : quelle partie du moi peut être traduite par l'action ? - avec deux issues corollaires : vers la solitude ou/et vers la béatitude. | | | | |
|
| | | | Si le corps-à-corps avec les choses te répugne, ou bien si tu y as déjà subi des déculottées, bref si ta faiblesse ne fait plus aucun doute, tu chercheras à maîtriser ces choses à distance, à pratiquer l'arc bandé, au carquois vide, ou l'intensité d'une volonté de puissance. Et tu marmonneras, que les autres, les vainqueurs naïfs et ignares, ne voient pas leur propre défaite. | | | | |
|
| | | | Des anges ou des démons peuplent nos hauteurs, en fonction de nos chemins et de nos regards, de nos joies et de nos chagrins. Plus terrienne est notre eudémonique, plus démoniaque est la coloration de notre ciel. | | | | |
|