| | | | L'amour s'associe bien aux trois symboles de la vie : au désert, à cause de ses mirages et de ses solitudes ; à l'arbre, à cause de ses saisons et de ses climats ; et surtout, à la montagne, à cause de ses paysages et de ses vertiges. | | | | |
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| | | | Pourquoi l'amour s'éteint-il ? Parce que tu profanes et galvaudes sa lumière en en éclairant tes pas. La lumière incompréhensible devrait n'illuminer que ton rêve. La lumière amoureuse devrait surtout faire danser les plus étonnantes des ombres. | | | | |
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| | | | En cherchant à rapprocher un amour affectif d'un amour effectif, on les rend tous les deux défectifs. Le premier se met à ne se décliner qu'à l'instrumental, le second à ne plus se conjuguer qu'au présent. | | | | |
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| | | | Plus grand est l'amour et plus grand est le doute dans l'essentiel. Les abjurations, ne seraient-elles pas suites d'un grand amour ? Le doute grandit de l'amour, l'amour grandit du doute tout en le redoutant. Avec la sérénité s'installe la platitude. | | | | |
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| | | | L'homme tente la pensée, la femme - le sentiment. Tout, chez l'homme devrait n'être qu'attente, chez la femme - que tentation. Il serait aile d'Icare ; elle - île aux sirènes. | | | | |
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| | | | Ni l'art ni le savoir ni la puissance n'arrivent à libérer la vie de son accompagnement d'absurdité ou d'angoisse. Même le livre, qui réunit ces trois grandes illusions, finit par se lézarder ou s'écrouler. Seul l'amour réussit à préserver un semblant de consolation ou satisfaction. Ç'aurait dû être une grande victoire du Christianisme sur l'Antiquité. Mais seules les défaites apportent de la durée à ce qui est noble. | | | | |
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| | | | Avec la vie comme avec la femme : vénérée en tant que mystère, aimée en tant que problème, soupçonnée en tant que solution. | | | | |
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| | | | Toutes les passions logent assez nettement dans la cervelle avant de contaminer les mains, les pieds ou l'âme. Sauf l'amour. On ne sait jamais quelle cellule en serait frappée en premier. Face à lui, l'épiderme comme le cœur deviennent poreux, se laissent envahir par ses émanations, éruptions, courants, souffles, caresses. La cervelle abdique, l'espoir enfantin se met à bouleverser, le hasard aveugle à prendre l'allure du destin, la belle liberté à perdre ses titres de noblesse, le mystère à portée des grenouilles à auréoler le quotidien. | | | | |
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| | | | L'amour paternel, illustré par Abraham et Dieu le Père : laisser égorger son propre fils. Heureusement, on trouve toujours, au dernier moment, un agneau ou une colombe de service pour qu'on ne laisse pas d'encenser le bon géniteur. | | | | |
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| | | | En présence de l'être aimé, on cherche l'horizon (« présente, je vous fuis »), en son absence, on dépose ses trouvailles dans les nues. La présence serait horizontale, l'absence verticale. | | | | |
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| | | | En effet, Dieu est peut-être amour. Je me résigne assez facilement, que personne n'écoute mon mot, que personne n'entende mon esprit, que personne n'aspire à ma hauteur - mais, mon Dieu, comme il est difficile de porter la caresse non sollicitée par personne ! Dieu serait-Il caresse ? La caresse serait-elle Son commencement ? Suivie de ou précédée par l'émotion : « Au commencement était l'émotion » - Céline. | | | | |
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| | | | Plus que dans l'intelligence, plus que dans le pouvoir, plus que dans l'art du jeu - c'est dans notre faculté de caresser - par la main, le mot ou le regard - que nous plaçons notre amour-propre suraigu. Si ta caresse n'est recherchée par personne, rien ne te sauvera de la paralysante honte. | | | | |
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| | | | Nous ne pouvons aimer que ce qui pourrait nous faire rougir : une femme, un état d'âme, un poème. Au-delà de l'amour, la vénération nostalgique : la nature, l'enfance, la pureté lacunaire. En deçà, l'attachement simiesque : la liberté, la justice, la vérité mercenaire. | | | | |
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| | | | La grande utopie amoureuse : faire de l'amour - contenu et beauté de la vie. Mais en embellissant tout ce qu'il touche, l'amour tarit en couleurs intérieures. L'amour est tout d'interrogations, tandis que tout contenu, dans la vie, ne consiste qu'en réponses. | | | | |
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| | | | Deux amoureux, deux solitaires s'enivrant de leur inaccessibilité. Et Rilke : « L'amour, c'est ceci : deux solitaires se protégeant, s'effleurant » - « Das ist Liebe : daß sich zwei Einsame beschützen und berühren » - les rend trop impatients. « Entre tes bras, ma solitude commence » - Berbérova - « Одиночество моё начинается в твоих объятьях ». Seul l'amour fait entrevoir aux hommes d'aujourd'hui le mystère de la solitude, et non plus, comme jadis, l'inverse : « L'incommunicable solitude nourrit l'amour » - Levinas. | | | | |
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| | | | L'éloignement, en unités du palpable, d'un être cher est cette belle indétermination qui laisse notre imaginaire, et non pas nos calculatrices, chercher le cadre pour ce qui est derrière le visage. | | | | |
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| | | | On aime le mieux celui qu'on connaît le moins. On doit donc aimer soi-même. | | | | |
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| | | | Dès qu'on affiche son amour de la vérité, je suis sûr de me trouver au milieu d'un troupeau beuglant. Et je ne surprends la vérité de l'amour que dans des lieux solitaires et silencieux. | | | | |
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| | | | On tombe amoureux de nous à cause de notre regard qui fait oublier les choses vues, mais nous sommes déchus, le plus souvent, à cause des choses sur lesquelles notre regard est surpris de s'arrêter. | | | | |
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| | | | Dans l'amour, plus on érige de contraintes sur le visible, plus indicible (pour les amoureux) devient tout pas vers des buts, de plus en plus illisibles (pour les autres). La fin de l'amour surgît le jour ou l'on usera de force de l'illisible pour le réduire au visible. | | | | |
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| | | | Les miracles de la vie s'éclosent dans la félicité, ses mirages - dans le malheur. Je suis moi-même dans la joie et ne me reconnais plus dans les cauchemars. Pourtant, c'est dans les cauchemars que je manifeste le mieux mon caractère (« comme si je n'avais la vraie sensation de mon moi que lorsque je suis infiniment malheureux » - Kafka - « als bekäme ich das wahre Gefühl meiner Selbst nur wenn ich unerträglich unglücklich bin »). Morale : le meilleur de nous-mêmes ne se montre pas dans la force. Le meilleur ne se prouve par rien. | | | | |
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| | | | La meilleure ironie naît du trop d'amour ne trouvant ni preneur ni réceptacle. | | | | |
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| | | | Le sentiment n'est vivant qu'immobile, tant qu'une roulade parfumée en émane. Lorsqu'il se frétille, on ne sait jamais quelles ailes le portent. La joie de l'essaim est prise aux adieux d'une fleur. | | | | |
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| | | | En poésie, l'assouvissement est plus important que la soif. Avec la femme, c'est l'inverse, mais le déséquilibre est du même ordre. Il y a de l'âme, dans les deux cas, tandis que l'équilibre entre désir et possession est signe de quelque chose sans âme. | | | | |
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| | | | L'amour peut se refléter sur d'étonnantes facettes. Croire dans ces éclats plus qu'en illuminations ciblées et ombrageuses de la raison. | | | | |
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| | | | La vie devenant de plus en plus mécanique, l'amour devient de plus en plus un amour malgré. Jadis, il s'affirmait contre le monde entier ; aujourd'hui, il est même contre le soi-même trop prévisible. Jadis, l'action pouvait exprimer un caractère ou une passion ; aujourd'hui, elle est signe d'alignement sur la vie sociale. Moins tu t'engages dans des actions pour ton amour, moins il sera fantoche. | | | | |
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| | | | Puisqu'il faut agir, l'homme libre devrait en choisir la seule forme qui en fasse oublier le fond – aimer ! - « Les tyrans prétendent agir au nom de l'amour » - La Rochefoucauld - et ils finissent par ramener la forme haute et le fond même – à la platitude. | | | | |
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| | | | Au-dessus de l'âme - la passion et le génie. Le génie est le pressentiment de la liberté dans des étendues à perte de vue de l'esclavage. La passion est le choix de l'esclavage face à une piètre liberté. C'est ainsi qu'on nomme un génie ou une passion bâclés - folie géniale, folle passion. Rien n'amuse tant la hargne du vulgaire qu'un géant tombé ou un saint succombé. | | | | |
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| | | | L'homme des petites passions habite une seule planète, aux pôles uniques qui orientent sa volonté. Les grandes passions nous aimantent à jamais et, dans nos pérégrinations interstellaires, rendent superflus les pôles et les itinéraires. L'âme y sentira son nord sans consulter des cadrans ou des annales. L'homme passionné est plutôt une aiguille poignante qu'une aiguille enseignante. « Toutes les choses doivent ; seul l'homme est l'être qui veut » - Maître Eckhart - « Alle Dinge müssen ; der Mensch allein ist das Wesen das will ». | | | | |
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| | | | Toute passion qui se détache de toi, emporte une partie de ton âme. Développer des barrages et soupiraux pour maintenir sa force ou l'envelopper de mots qui exposeraient sa faiblesse royale et nue ? « Toute partialité signifie faiblesse » - Épicure - non, toute partialité privilégiant la faiblesse, s'appelle amour, la plus défaitiste des passions ! « L'amour est la plus noble des fragilités de l'esprit » - Dryden - « Love's the noblest frailty of the mind ». | | | | |
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| | | | Plus subtile est la nature de l'homme, plus incoercible est son sens vital face à la pression des vicissitudes et plus docile face aux passions. | | | | |
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| | | | Le malheur a mille visages, le bonheur n'en a qu'un et, qui plus est, ne sachant pas devenir masque. La poésie est un masque (plus beau, en général, que le visage), c'est pourquoi elle ne s'en prend qu'aux malheurs. (Seule exception, la musique, cette marée de bonheur qui, en nous submergeant, fait ressurgir des cimes du malheur - telles des îles inhabitables.) | | | | |
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| | | | Le malheur est corrosif, il pénètre partout et imprime à tout le ton dolent et éploré. Le bonheur se concentre dans un seul endroit, celui qui est frappé par lui et laisse le reste sans parole. | | | | |
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| | | | Les dictionnaires du malheur sont inépuisables mais le traduisent en langues étrangères. Rien n'est plus pauvre en paroles que le bonheur mais c'est bien dans sa voix que j'entends mes idiomes. | | | | |
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| | | | L'enfer a ses cercles écarlates, le paradis - ses spirales rosâtres, avec des chutes qui te rappellent tes sources - péchés ou béatitudes. Dans la perspective ironique, les deux ne sont qu'un royaume des morts, où Ulysse, Orphée, Sisyphe et peut-être Jésus furent de bons guides. Et les vrais retours sont dans le vertige, hors la platitude résurrectionnelle. | | | | |
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| | | | La création, la contemplation, l'ascèse sont des états enviables de l'homme évolué. L'homme, là-dedans, est un matériau comme une pierre, une merveille comme une vache, une impossibilité comme Dieu. Être sous-développé : quand, en même temps que toi-même, l'univers entier pourrit, se décompose, perd son sens. | | | | |
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| | | | La sécheresse du cœur se reconnaît non pas dans le goût pour l'abstraction mais dans l'incapacité de vibrer devant une belle abstraction comme on vibre devant une belle femme. | | | | |
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| | | | La vie nous introduit partout, mais c'est l'âme qui referme la porte. « L'esprit cherche et c'est le cœur qui trouve » - G.Sand. Mais une fois rentré chez soi, dans ses chaudes ruines, il vaut mieux ignorer les toits et même les portes. Et non seulement pour la vie : « Je veux mourir la porte ouverte » - J.Ferrat. | | | | |
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| | | | L'amour peut tout toucher et tout éclairer tant qu'il n'est ni poing ni chandelle. « Protecteur de paresse, Amour sied aux oisifs » - Parménide. | | | | |
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| | | | Penser avec son cœur et sentir avec son esprit, folie raisonnable et ratiocination tout de cœur - ne serait-ce pas cela, l'âme de la féminité ? Ou de la croyance populaire : « Voici le fruit de l'esprit : amour, paix, bonté, foi, maîtrise de soi » - St Paul, puisque tout, dans cette liste, ne peut être que fruit d'une folie, d'une résignation ou d'une méprise, et jamais - de l'esprit. | | | | |
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| | | | Dans la découverte de l'inattendu, la lumière a une fausse réputation. Pour accéder aux mystères, on a besoin d'obscurité, où se procurent les plus chaudes des caresses. | | | | |
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| | | | L'esprit, ce serait une raison discrète dévoilant un sentiment pudique. | | | | |
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| | | | La proximité de l'autre est un moyen ; le but, c'est s'éloigner de la vie pour la prendre de haut, à son grand dam. | | | | |
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| | | | L'amour ne peut pas s'entendre avec le bonheur. Celui-ci est dans l'ignorance des limites et vit dans une autarcie alimentaire, celui-là est tout de troc et d'emprunt. | | | | |
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| | | | Béni soit celui dont l'amour est assez irréel et immobile pour ne pas se laisser entraîner par les courants du réel et du désamour qui le guettent ensemble au matin de la vie. Que l'exil vespéral soit ton éternelle patrie, où tu rêveras d'éternels voyages : « Nombreux sont ceux qui cherchent dans l'amour une patrie éternelle ; d'autres, rares, - un éternel voyage » - Benjamin - « In einer Liebe suchen die meisten ewige Heimat. Andere, sehr wenige aber, das ewige Reisen ». | | | | |
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| | | | Croire et ne pas croire la même chose en même temps et de la manière la plus fanatique, cela s'appelle aimer. | | | | |
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| | | | Deux déviations de la passion : idéal (système, école, tribu) ou geste (pouvoir, gloire, paix). | | | | |
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| | | | Les plus sensuels de tes désirs ne sont assouvis ni réussis que par des crapules à la délicatesse des pachydermes. L'ascèse doit venir du dégoût plus souvent que de l'enthousiasme. « Le goût est né de mille dégoûts » - Valéry. | | | | |
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| | | | L'amour n'a pas de curriculum vitae : son ascendance est anonyme, son lieu de naissance est elliptique, ses études sont marquées de néant, ses expériences sont compromettantes, ses prétentions prohibitives. | | | | |
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| | | | Chez les autres tu ne vois que le sens et non pas le désir. Chez toi, au contraire, tout ce qui compte - la vie, la femme, la vérité - n'est que désir. | | | | |
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| | | | Pour porter des fruits il faut quitter la saison des fleurs. C'est aussi vrai que la parabole du grain qui meurt. Ne pas confondre le grain et la paille. Le feu qui se propage ou le feu d'artifice d'une naissance. | | | | |
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| | | | Un stoïcien : doute du malheur, croie en bonheur. Un cynique : un petit doute tue un grand bonheur. | | | | |
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| | | | Tout, même le bonheur, n'est que transaction. Un jour il faudra rembourser ses largesses onéreuses. D'où l'intérêt de l'ironie qui est la déflation emphatique. La vie est l'huissier, dont le zèle est attisé par la chute des cours des matières heureuses. | | | | |
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| | | | Quand la première idée de protéger son bonheur survient, ce n'est plus le bonheur qu'on défendra. « L'amour est beau tant qu'il n'a ni mains ni pieds »** - proverbe allemand - « Die Liebe ist süß, bis ihr wachsen Händ' und Füß' ». | | | | |
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| | | | Le volume du bonheur promis est le même pour tous. La platitude ou la bassesse des joies permettent de s'agripper à la vaste terre. Ces joies sont larges et molles et amortissent les écueils qui menacent nos pieds. Mais si des ailes sont données à la joie, les pieds quitteront la terre, et la vie aptère s'éloignera avec tout le fardeau des désirs déracinés. « Être né avec des ailes est le meilleur des dons de la terre » - Aristophane. | | | | |
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| | | | Si un bonheur s'apprête à habiter des hauteurs n'oublie pas qu'il n'y a, là-haut, que disharmonie, silence et avalanches. | | | | |
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| | | | Entouré d'esclaves, tu subis la passion, tu admires le génie. Et tu sais qu'aujourd'hui, on gère celle-là et l'on négocie celui-ci. Au royaume du goujat qu'instaure la liberté, dans ses Éleuthéries modernes, où l'esclave se prend pour maître.. | | | | |
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| | | | Les causes imaginaires s'imposent au nigaud qui ne sait pas déchiffrer l'anonymat des effets. Le propre des passions du délicat est l'anonymat des causes et l'imposture des effets. | | | | |
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| | | | Désirer, c'est chercher à se débarrasser d'une vérité. Mais il ne faut pas la balancer seule mais la flanquer de son contraire, pour donner à ton désir un vrai élan, celui d'une négation forte. « Le trait le plus marquant de l'homme est son sens des choses à ne plus croire » - Euripide. | | | | |
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| | | | Une tendresse pudiquement retenue a une étrange propension à tourner en un sarcasme cynique. Quel ironique déchiffrera ta bile ? | | | | |
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| | | | Seule la poésie anime (en phylogenèse, en quittant l'espace) la matière sans l'idolâtrer, seul l'amour matérialise (en ontogenèse, en quittant le temps) les images sans les rabaisser. | | | | |
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| | | | La soif de l'amour élève et redresse ; la soif de la vie abaisse ou humilie. La vie ténébreuse de l'amour éclaire l'artiste ; l'amour béat de la vie l'éteint. | | | | |
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| | | | Les pauvres en esprit et riches de cœur ne comptent que sur une foi. L'amour est une foi ; la vie - une hérésie, une superstition, un choix (hérésie = choix !). Aimer signifie ne rien attendre ; vivre - prévoir. L'amour n'est souvent qu'une parabole, que la vie prend à la lettre pour s'en rire. | | | | |
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| | | | Signe d'authenticité : ce qui aime, en toi, n'a jamais aimé. Signe d'affectation : jamais je n'ai agi ainsi. L'action se contrefait a posteriori, la vérité est dans le motif a priori. | | | | |
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| | | | L'amour, comme la mort, vit sur la vie. Ils naissent en niant celle-ci mais, au zénith de leur entente, ils nous poussent à l'aimer. La philosophie de la mort pourrait commencer par les origines de l'amour. La folie de l'amour - « amantes, amentes ! » (Térence) - pourrait se justifier par l'au-delà de la mort. | | | | |
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| | | | L'amour est cécité des choses, pas leur révélation élective, une hiérophanie générale. Pas chant léger, mais lourd étourdissement. Pas illumination soudaine, mais lumière pudiquement éteinte à temps. | | | | |
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| | | | Le bonheur est la direction la plus plausible, où nous entraîne l'inertie de l'amour. Mais c'est aux tournants du malheur que nous vivons sa liberté. Qu'est-ce que la liberté ? - la conscience maîtrisée d'échapper à l'inertie, quel que soit le nombre des possibilités qui s'offrent à nous. | | | | |
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| | | | Aimer jusqu'à ce que tu aimes la douleur même de l'amour. L'amour est authentique quand les souffrances se partagent avec les mêmes simplicité et abandon que les joies. Et inspirent la même gratitude. « De mon désir je brûle ; d'où vient l'atroce feu des pleurs ? » - Pétrarque - « S'a mia voglia ardo ; ond'è 'l pianto e tormento ? ». | | | | |
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| | | | On peut prouver sa noblesse aussi bien en étant maître de son cœur qu'en triomphant par lui : « nobles rêveurs, nobles dompteurs des rêves » - O.Spengler - « edle Träumer und edle Bezwinger der Träume ». La noblesse est la forme du devenir formant le fond de l'être. | | | | |
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| | | | L'épreuve par ses faims est, pour le corps, le pire des surmenages ; l'âme, au contraire, s'en nourrit et y gagne en pugnacité. | | | | |
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| | | | Oui, « le cœur n'a plus de rides » (Sévigné), puisque la cervelle l'a noyauté et l'a blindé par greffes inusables. Des rides d'un cœur, comme des ruines d'une tour d'ivoire, peuvent garder des fantômes mieux que des monuments ravalés. | | | | |
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| | | | Quand on aime, on aime une chimère animant un visage réel ; quand on n'aime plus, c'est bien le visage même déserté de chimères. | | | | |
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| | | | De tous les désirs, le moins bien articulé quoique le plus vital, est le désir d'être aimé. Et le seul échec irréconciliable est de définitivement ne pas l'être. Le meilleur en nous ne s'articule guère ; on ne peut être aimé que pour la face cachée de notre être. Je suis mon épiderme et ma cervelle ; je NE suis ni mon invention ni mes pulsions. C'est pourquoi il est inepte de dire : « J'aime mieux être haï pour ce que je suis que d'être aimé pour ce que je ne suis pas » - Gide. | | | | |
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| | | | Sur dix tentatives de parler de choses tendres, neuf laissent derrière elles la honteuse imperfection, photographique ou langagière, qui t'oblige à ne plus chanter que la fonction et non les exploits des organes (« Non seulement aimer, mais être l'amour » - Angélus - « Wir sollen nicht nur lieben, sondern die Liebe sein »). De même, la pudeur sexuelle se sauve vers l'ambigüe poésie. | | | | |
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| | | | Chaque sens, quand il devient despotique, est un imposteur de l'amour : le toucher qui propulse le corps, la vue qu'éblouit une beauté, l'ouïe qui cède aux tendres sirènes, l'odorat qui invente des parfums artificiels, le goût qui éveille le rapace. L'amour, c'est la fusion inconditionnelle des sens, perdant leurs fonctions premières. | | | | |
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| | | | Aimer : quand, sous tes yeux incrédules, le corps, l'esprit et le cœur de l'être aimé deviennent âme. | | | | |
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| | | | Le vrai regard est comme une caresse - l'art d'attouchement initiatique, tout en surface ; la profondeur, comme une possession, crée un paysage mais fausse le climat. « Tout vrai regard est un désir » - Musset. | | | | |
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| | | | Surproduction de bile à usage interne, surproduction d'amour à destination externe, leur non-sollicitation, leurs coupes respectives pleines, leur mélange inutilisable pour ulcérer les douceâtres ou étancher les soifs des doux et ne pouvant servir que d'encre sympathique. | | | | |
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| | | | Pour se savoir fort, la connaissance la plus utile est de se savoir aimé. L'ignorance la plus utile est d'ignorer pourquoi on n'est pas aimé. Socrate s'y connaissait : « Je ne sais rien d'autre que les choses de l'amour ». | | | | |
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| | | | Comme dans tous les métiers, pour exercer le bien ou le beau, les diplômes aident : une licence dans la vie délivrée par la faculté de l'amour, une maîtrise de la vie, que délivre l'école de la vérité. | | | | |
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| | | | On ne peut aimer que l'objet, dont on ignore le véritable fond, et dont la forme séduit inconditionnellement, aimer en amateur, crédule et enthousiaste. Dès qu'on commence à maîtriser le fond on devient un professionnel, rigoureux et raseur. Tenir à la maîtrise de la forme, notre meilleure chance d'entretenir un regard vibrant. Dilettante du fond, expert de la forme. | | | | |
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| | | | Rencontre merveilleuse du désir et de la jouissance, s'arrêtant au seuil infranchissable du manque - le rêve, avec son autre nom : volupté ou mieux Lust ! « Qu'est-ce en somme la rose - que la fête d'un fruit perdu » (Rilke). | | | | |
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| | | | Une dose d'horreur peut donner du piquant à l'amour, comme une certaine élégance donne du sel à l'exécration. | | | | |
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| | | | Qu'est-ce qu'une vraie imagination ? - l'art de se convaincre, à tout instant, que tu es amoureux ou héroïque ! C'est à dire – philosophe : « Je vois dans la philosophie un moyen de rétablir les droits de l'héroïsme »** - Badiou. | | | | |
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| | | | Qu'est-ce qui nous laisse aimer ou être mélancoliques ? – le don béni de ne pas regarder jusqu'au bout des choses et de ne pas céder à l'injonction immédiate de l'enthousiasme. | | | | |
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| | | | Tu aimes tant qu'au créer ne se substituent ni le bâtir ni le construire, tant que l'élan de la forme te préserve du contact avec le fond. | | | | |
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| | | | Aimer charnellement le corps et spirituellement l'esprit - est banal et improductif ; il faudrait aimer charnellement l'esprit et spirituellement le corps, ce qui élève et l'esprit et le corps. « Tu es ardent dans le glacial, glacial dans l'ardent » - Cicéron - « In re frigidissima cales, in ferventissima friges ». « L'esprit n'est pas un récipient à remplir, mais un feu à entretenir » - Plutarque. | | | | |
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| | | | On se décide pour la solitude - et l'on trouve l'amour comme récompense. Chez les autres, on est « puni par l'amour de ne pas savoir rester seul » (Yourcenar). | | | | |
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| | | | Aimer, contrairement à toutes les autres passions, c'est aspirer à ce qui n'est absolument pas toi, ne désirer aucun partage, donner sans se déposséder, découvrir les délices d'un éloignement qui ne t'approche que de toi-même, échanger des messages, dont tu ignores, toi-même, la langue magique. | | | | |
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| | | | « On aime seulement des qualités et jamais la personne » - si Pascal a globalement tort, il y a, tout de même, une seule qualité sans laquelle, en effet, toute personne s'effondre, c'est son regard. Cependant, à quel regard on atteint quand on réussit à devenir, un court instant, homme sans qualités ! « Le regard n'est plus réducteur, mais fondateur de l'individu »*** - Foucault - début du nihilisme et du rêve : « On serait tenté d'appeler l'homme sans qualités – nihiliste, celui qui rêve des rêves de Dieu »*** - Musil - « Man mochte den Mann ohne Eigenschaften einen Nihilisten nennen, der von Gottes Träumen träumt ». | | | | |
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| | | | >L'amour – prescience créatrice de volumes infinis dédaignant la science des dimensions : « ni hauteur, ni profondeur, ni aucune création ne pourra nous séparer de l'amour »** - St Paul. | | | | |
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| | | | Le seul état où il vaille mieux être quitté de toute espérance est l'état amoureux. | | | | |
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| | | | Quand tu apprends à reconstituer, en solitude, l'éclat, le frisson et l'aveuglement de tes meilleurs sentiments, tu comprends, que l'essentiel est dans leur reflet dans le regard d'un être aimé et non pas en eux-mêmes. | | | | |
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| | | | La poésie – comme les meilleures de ses dérivations : l'art, la noblesse, la philosophie – est une valeur féminine, au moins ne se justifiant que par une présence féminine. L'ignominie des temps modernes vient de la considération des valeurs masculines comme des seules valeurs humaines. | | | | |
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| | | | Celui qui n'a jamais lu l'amour dans les yeux d'une femme posés sur lui, peut-il chanter l'amour ? Peut-on chanter le sourire en oubliant la bouche ? Notre âme contient toutes les cordes de tout ce qui est beau en puissance et elles peuvent résonner sans aucun contact avec la chose exaltée par le chant. | | | | |
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| | | | Se libérer, successivement, des points d'appui, des points de départ, des points de parcours ; devenir le pointillé, le bond, la liberté. | | | | |
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| | | | La liberté démystifie l'amour ; l'amour fait mépriser la liberté. On sait où conduisent l'esprit libre et l'amour libre – vers le robot et le mouton. | | | | |
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| | | | Au commencement de l'homme était peut-être le désir du bonheur ; c'est lui qui, à son tour, donna lieu à l'angoisse de la création et de l'amour, car « le bonheur n'entrait pas dans les desseins de la création » - Freud - « die Absicht daß der Mensch glücklich sei, ist im Plan der Schöpfung nicht enthalten ». | | | | |
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| | | | La promesse du bonheur se mesure non pas par l'étendue de ce qu'on cherche à en remplir, mais par la hauteur de la béance qu'on prépare pour l'accueillir. | | | | |
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| | | | En hauteur règne l'obsession ; la concession apaise la profondeur ; la possession arrange ce qui déborde en ampleur. À toi de choisir le ton, l'accord ou la grammaire : « À force de largeur, l'amour touche aux proportions de l'idée pure » - Flaubert. | | | | |
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| | | | Que rien ni personne ne puisse se maintenir longtemps en tant qu'objet d'amour, que le beau finisse toujours par désespérer, que tout pas vers le bien te fasse traverser le mal, - faut-il en conclure à l'absurdité de ce monde et te morfondre dans l'abattement ? - n'écoute pas trop l'objet créé et aimé, écoute ton âme, capable d'aimer, écoute ton esprit, capable de créer. | | | | |
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| | | | L'amour et l'intelligence, deux scintillements intérieurs indicibles, et il y a un net parallélisme entre les tentatives de les dire à autrui : la foi et le poème – pour l'amour, et pour l'intelligence - la philosophie et l'intelligence artificielle. | | | | |
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| | | | La largesse est la dimension naturelle du cœur, comme la profondeur – celle de l'esprit et la hauteur – celle de l'âme. Il semblerait, que le seul mouvement qui, simultanément, élargisse le cœur, approfondisse l'esprit et rehausse l'âme, ce soient les passions. | | | | |
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| | | | L'amour est peut-être l'antagoniste le mieux inspiré de ma manie de renoncer aux yeux pour se vouer au regard ; il s'enivre dans les yeux et se moque de regards ; il prend pour lumière ce qui n'est que ses ombres : « Lumière de mes yeux, tu es mon regard même » - Hafez. | | | | |
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| | | | Esclaves de la raison, ils éteignent ou abaissent leur passion et tirent leur orgueil de s'être mis au-dessus d'elle pour la maîtriser. | | | | |
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| | | | La basse liberté consiste à refouler ses passions et à ne suivre que ses intérêts ; pour les hautains, « la liberté est sensibilité » - Valéry. On ne prouve sa haute liberté qu'en agissant contre la voix de la basse raison ou en acceptant une haute servitude ; la liberté est un désordre salué par l'âme ; les robots professent le contraire : « La liberté consiste à instituer hors de soi un ordre de raison » - Levinas. L'acte, appuyé sur le seul calcul et derrière lequel ne palpite aucune sensibilité, ne peut être libre : « Aimer et haïr, les deux choses les plus libres au monde » - Sénèque - « amare et odisse, res omnium liberrimas ». | | | | |
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| | | | Une passion est pure quand elle ne doit rien ni à l'adversité ni à la contradiction. | | | | |
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| | | | Pour faire de leur compagne un ange, les uns s'attellent à cultiver un paradis, les autres s'y faufilent en tant que serpents, les troisièmes se contentent d'y entretenir un arbre. Les actifs, les lascifs, les créatifs. Mais c'est le prix des pommes qui détermine aujourd'hui les choix de l'ange et le mute définitivement en bête, à côté des spéculatifs. | | | | |
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| | | | La chose la plus sinistre accompagnant un amour éteint : personne ne peut te devenir plus étranger que celui que tu as aimé. | | | | |
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| | | | L'amour de Platon, l'amour d'Aristote, l'amour du Christ (tendresse, volupté, sacrifice/fidélité – agapé, éros, philia), trois révoltes contre nature, qui, pourtant, constituent l'homme. | | | | |
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| | | | Tu es l'homme de notre Loi et l'homme de ton étoile (ce sont, d'ailleurs, les deux seules choses qui émerveillaient Kant) ; et tu ne devrais les convier ni au même moment ni pour débattre d'un même problème : la justice et l'amour doivent ignorer jusqu'à leurs existences respectives. | | | | |
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| | | | La caresse, ce dénominateur commun entre deux pulsions centrales de l'homme : chercher une maîtresse ou une reconnaissance ; l'orgueil est vaste, la volupté est profonde, mais la caresse, elle, est haute ! | | | | |
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| | | | Il n'est pas de plus forte et irrésistible béatitude que de se noyer dans les yeux d'un être aimé ; mais, pendant un instant, détache ses pupilles de son corps désirable, de son cœur aimable, de son âme qui sent tout et de son esprit qui voit tout, - tu verras dans ses trous noirs monstrueux ce que ressentirait un Martien : les pupilles d'un poulpe, d'une hyène ou d'une chauve-souris. Et devant ton miroir tu éprouveras la même horreur. | | | | |
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| | | | Pourquoi les amoureux sont les meilleurs des écrivains ? - parce que l'amour est le plus grand annulateur de tous les parcours du regard ; et le point zéro de l'action, de la réflexion et du sentiment sont les premières conditions d'une écriture originale et noble ; des livres sur des livres, genre florissant chez des rats de bibliothèques, n'ont de valeur qu'anecdotique. | | | | |
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| | | | Tout élan finit par s'avérer pitoyable, sans pour autant nous détacher de la merveille de la vie, sauf l'appel de l'amour ; ou, peut-être, lorsque l'amour même s'écroule sur ton échelle de valeurs, ton suicide serait l'issue la plus juste. « On se supprime quand l'amour se révèle misère, impuissance » - Pavese - « Ci si uccide perché un amore ci rivela miseria, inermità ». | | | | |
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| | | | Quand l'amour commence à omettre l'article défini devant plus ou moins, il n'est plus dans son milieu naturel – un gouffre ou un firmament immobiles. Tout signe de (dé)croissance est son acte de décès, quoi qu'en pense Chateaubriand : « L'amour décroît quand il cesse de croître ». | | | | |
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| | | | Le bonheur, c'est très simple : aimer ce qu'on désire. | | | | |
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| | | | Il est facile de faire subir à n'importe laquelle de tes émotions la métamorphose qui la ferait prendre pour ton amour ; mais pour ressentir l'amour de l'autre, aucune manipulation des sens ne t'aidera dans cette supercherie. « On aime d'amour ceux qu'on ne peut pas aimer autrement »** - N.Barney. Les pauvres d'imagination s'exposent au désastre : « Il y a seulement de la malchance à n'être pas aimé ; il y a du malheur à ne point aimer » - Camus. | | | | |
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| | | | Aimer, c'est la caresse d'une jouissance irréelle ; être aimé, c'est la caresse de l'amour-propre bien réel ; l'amour partagé, c'est la rencontre du songe et du réveil. « Aimer, c'est jouir, tandis que ce n'est pas jouir que d'être aimé » - Aristote. | | | | |
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| | | | La bizarrerie du français fait, que le même mot – la honte – s'applique à Ève et à Judas, à la volupté naissante et à un bien à l'agonie ; la honte entretient le besoin d'aimer et le besoin d'être bon ; elle pointe des lieux d'un fragile bonheur : « Le besoin d'aimer – suprême Bien et félicité suprême » - Kierkegaard. | | | | |
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| | | | Les percées de l'esprit, de l'âme ou du cœur ont le même secret, la même formule : un sacrifice inspirateur suivi d'une fidélité créatrice ; leur dénominateur commun s'appelle amour : l'amour du vrai, l'amour du beau, l'amour du bon. Être libre et savoir se sacrifier seraient-ils synonymes ? - « Plus l'âme se sacrifie sans retour, plus elle est libre »*** - Fénelon. | | | | |
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| | | | Les plaisirs de l'esprit ou du corps ne sont pas si différents de nature ; il suffit d'observer, que la source des meilleures voluptés, que procurent soit les images fortes soit les mains accortes, est la même – la caresse. Le philosophe doit y être aussi expert que l'amant. | | | | |
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| | | | On dirait, que chacun de nos sens, sans exception, fut créé avec la seule fin de tendre vers sa transfiguration extatique par le simple fait d'aimer ; on ne sait même pas lequel en est le mieux marqué. « L'amour est la poésie des sens »* - Balzac. | | | | |
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| | | | Se dire, sobrement, qu'aucune possession, en amour, n'est envisageable, et se griser, ensuite, en faisant mystère ou fantôme de ce qu'on aime – le contraire de La Rochefoucauld : « L'amour n'est qu'une envie de posséder ce que l'on aime, après beaucoup de mystères ». | | | | |
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| | | | Le rêve est l'image qu'on peut aimer, sans qu'elle bouge, grandisse ou s'inscrive dans la réalité ; il est la fusion du premier et du dernier pas, sans qu'on ait besoin de pas intermédiaires ; et l'homme et la femme de Wilde désirent peut-être la même chose : « Les hommes veulent être le premier amour de la femme ; les femmes voudraient être le dernier rêve de l'homme » - « Men want to be a woman's first love. What women like is to be a man's last romance ». | | | | |
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| | | | Il est facile de savoir si on aime vraiment : quand toute proximité devient impensable et impossible, une fois le sentiment d'amour évaporé. | | | | |
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| | | | On n'arrive à associer l'idée d'immortalité ni au corps, ni à l'âme, ni à la conscience ; ce qui s'en rapproche le plus, c'est la caresse que tu voues à un visage, à un souvenir, à ce qui t'avait muni de regard, aux mains de ta mère, bref à l'absurdité insondable d'un aveugle amour. L'immortelle caresse, au-dessus de l'immortalité d'une conscience selon Pythagore, ou Socrate, d'une pensée selon Aristote, d'une foi selon le Christ, d'une création selon l'Artiste. | | | | |
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| | | | Tu es regard et visage, pour aimer ou être aimé, avec la même source d'ombres ou de lumières – tes yeux ; le pire drame – tes ombres décolorées ou ta lumière froide – tes yeux éteints, privés de formes naissantes et de fond inné. | | | | |
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| | | | L'amour, gratuit et inexplicable, de la femme, du savoir, de la nature se transforma, de nos jours, en un avoir garanti et perdit sa (dé)raison d'être ; le dernier à déserter le cœur humain sera l'amour maternel – la chose la plus viscérale, qui liera la mère à son môme, sera l'intensité des cours de gestion du patrimoine familial qu'elle lui administrera, du berceau au mouroir, disposés en usufruit. Et c'est pour cela qu'il n'y aura plus de Mozart pour hurler notre honte devant le souvenir de nos parents trahis : « Dieux de vengence, entendez-vous le serment d'une mère » (« Hört, Rachegötter, hört der Mutter Schwur » - die Zauberflöte) - furent ses dernières paroles ; pensait-il à sa mère ? pensait-il à son père, avec le Commandeur ? derrière les oiseleurs et cocuficateurs s'y profilent le Mal et l'enfer. Tout bon fils finit par se sentir scélérat (« Pentiti, scellerato »). | | | | |
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| | | | Plus tu aimes ce qui n'existe pas, plus tu es seul ; le plus grand absent, Dieu, généralise cette règle : « Qui aime Dieu ne doit s'attendre à en être aimé » - Spinoza - « Qui Deum amat conari non potest ut Deus ipsum contra amet » - plus on s'en approche, (prodeo pro Deo) plus on est invisible, même pour un cartésien, « caché devant Dieu » ou « masqué pour être comme Dieu - larvatus pro Deo ». | | | | |
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| | | | Pour Socrate, Éros, en tant que fils de Pénia (la Carence) est philosophe, sans autre lit que la terre, et en tant que fils de Poros (l'Abondance) est raisonneur permanent et sophiste. C'est ainsi, en additionnant la profondeur et la hauteur, qu'on aboutit à la platitude, au lieu de ne leur appliquer que des opérateurs unaires. | | | | |
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| | | | Le vrai bien et la vraie immortalité nous donnent le goût d'impossible ; ils ne valent qu'en tant que désirs ou promesses ; l'espérance est promesse de bien comme l'amour est promesse d'immortalité. | | | | |
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| | | | Le siècle des robots s'ouvre par des sentences comme : « L'amour, c'est l'espace et le temps rendus sensibles » - Proust ; il sera définitivement mûr, c'est à dire totalement aseptique et insipide, quand on les prendra au sérieux. | | | | |
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| | | | Tomber amoureux, c'est avoir ignoré l'existence des roses et soudain en découvrir une, au milieu des ronces ou des céréales. Le reste n'est qu'affaire des serres ou des fleuristes. Quand on ne trouve que ce qu'on cherche, on ne festine plus, on butine : « celui qui pour aimer ne cherche qu'une rose, n'est sûrement qu'un papillon » - Rivarol. La rose serait créée de l'écume de mer, à la naissance d'Aphrodite (Anacréon) ; à ne pas confondre avec des algues. | | | | |
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| | | | Dans une caresse peu importe son objet – épiderme, amour-propre ou talent – on suspend son vol, on vit de la tension de sa corde et l'on oublie sa cible, on est atteint, comblé par le fragment de ce qui reste incompréhensible, poétique : « Nous ne pouvons recevoir des impulsions de poésie qu'à travers des fragments » - Bachelard. | | | | |
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| | | | L'amour est une sacralisation, par un cœur crédule, d'un grandiose sans mérite. L'agenouillement devant l'humain ou le divin, devant la femme ou devant Dieu, la raison désarmée bénissant ta reddition. Loin de l'agapé platonicien (et de sa vérité), proche de la philia chrétienne (et de son humanité), indiscernable de l'éros (et de sa caresse). | | | | |
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| | | | Le beau se réduit aussi peu à la géométrie ou à la physique des ondes que le bien – aux bonnes notes décernées par des Maîtres, ou l'amour – au fonctionnement des glandes ; bien que les Modernes prétendent le contraire : « La psychanalyse est la seule vraie tentative moderne pour faire de l'amour un concept » - Badiou – et ce concept triomphe, si l'on en juge d'après la disparition de chevaliers et de suicides, des chroniques amoureuses. | | | | |
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| | | | Je ne connais pas à l'amour de talents de prestidigitateur ou de guérisseur ; il est une divinité païenne, divinité créatrice et nullement salvatrice, aimant le temple vide, l'autel ardent et le sacrifice vital. | | | | |
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| | | | Dans notre relation avec autrui, intervient toujours un tiers – un pays, une époque, une éducation – dont l'ampleur ou la profondeur servent de fond pour jauger nos qualités ; l'amour en est une exception et même une inversion : c'est de sa hauteur que seront jugés et le fond et la forme de notre existence. | | | | |
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| | | | La meilleure façon de donner est de se donner ; pour créer, rien ne vaut s'être créé ; mais pour aimer, s'aimer n'apporte rien et gâche, souvent, tout : « Veux-tu qu'on t'aime ? Ne t'aime pas » - Hugo. | | | | |
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| | | | Ce n'est pas pour ses qualités qu'on s'aime ; ce n'est pas pour ses défauts qu'on se quitte. Dans l'amour, comme dans l'art, c'est la part du malgré qui est plus éclairante. L'opacité face aux autres rend parfois délicieusement transparent face à un ami ou à une amante. | | | | |
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