bible
Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie.
On se trompe, lorsqu'on dit, que ce sont, respectivement, le mouvement, le but et le contenu. Il faudrait voir dans le Chemin le contenu, dans la Vérité - le mouvement, dans la Vie - le but !

bible
Ceux qui ne me cherchaient pas, M'ont trouvé. Je Me suis révélé à ceux qui ne s'interrogeaient pas sur Moi.
Donc, Tu peux et veux tromper, et rien ne justifie mieux notre liberté.

bible
C'est à Toi qu'appartiennent le règne, la puissance et la gloire.
Quel g√©n√©ral, tyranneau ou comptable n'aurait-il pas dit la m√™me chose¬†? Dieu se sert de sa magie incantatoire pour s'approprier des attributs de C√©sar. Et la Bhagavad-G√ģt√ʬ†: « L√† o√Ļ est Krishna, r√®gne l'opulence, la victoire et la moralit√© » - n'est pas plus glorieuse.

pythagore
Rien n'est plus proche que la patrie.
L'homme, qui le sent le mieux, est celui, dont la patrie s'appelle exil, ce lieu qu'il habite. Toute bonne philosophie devrait avoir soit l'exil - pour le fond, soit la poésie - pour la forme.

pythagore
L'√Ęme humaine se divise en trois parties¬†: l'intellect, la conscience et les passions. Seule, la partie consciente est immortelle.
« La conscience, c'est un Dieu au fond de toi-m√™me » - Socrate. La conscience √©chappe √† la modulation par le regard, tandis que l'intellect et les passions en vivent et s'√©teignent avec le regard.

confucius
Sans savoir servir les hommes, comment sauriez-vous servir les dieux ?
Les dieux qui attendent les mêmes services que les hommes, sont bien bas d'appétit. Les services humains s'incrustent dans la platitude et, parfois, dans la profondeur. Mais c'est la hauteur divine qui est désertée par les hommes. Le service des hommes rend inapte au service des dieux.

épicure
L'impie, ce n'est pas celui qui méprise les dieux de la foule, mais celui qui adhère à l'idée, que la foule se fait des dieux.
La seconde attitude me para√ģt √™tre plus raisonnable et intelligente, puisqu'on ne peut aimer que l'inconnu¬†; tandis que pour m√©priser, une rencontre ou m√™me une familiarit√© pr√©liminaires seraient n√©cessaires.

sénèque
Nihil in rerum natura tam sacrum est quod sacrilegium non inveniat.

Il n'y a rien dans la nature de si sacré qui ne trouve un sacrilège.
Le sacril√®ge n'est qu'un moyen, que met en Ňďuvre ce sacrificateur de but, tout en respectant de sacr√©es contraintes.

st paul
La foi est la réalité de ce qu'on espère.
La certitude √©tant cette chose √©ph√©m√®re, qu'on tient pour gagn√©e. Les deux se placent de plus en plus pr√®s du cerveau, les deux ignorent le vrai doute, qui s'appelle la honte et se niche pr√®s de l'√Ęme. La honte, ou le sens du scrupule, telle serait la premi√®re acception du mot religion. Curieusement, ton mot s'encha√ģne avec un autre, aussi de ta plume, et qui nous apprend, que « la foi et l'esp√©rance passeront » - d√©tournons-nous donc de la r√©alit√©, pour nous vouer √† l'amour invent√©.

st paul
Ni la hauteur, ni la profondeur ne peuvent nous séparer de l'amour du Christ.
Pour aimer, il faut √™tre seul¬†: dans la profondeur d'un souterrain ou √† la hauteur d'un ermitage (temple et temps ne proviendraient-ils pas du verbe couper¬†! ). Au lieu de cela, aujourd'hui, on invite les ouailles √† √©largir les portes des √©glises et √† oublier la porte √©troite pr√īn√©e par J√©sus.

marc aurèle
Tout ce que tu vois à portée de ta chair et de ton faible souffle, n'est pas à toi.
Est √† moi ce qui est √† hauteur de mon grand souffle¬†; l√† o√Ļ mon √Ęme munit d'ailes et ma chair et mon esprit. Le grand souffle me porte vers mes limites, au-del√† de mes horizons et de mes firmaments.

plotin
C'est aux dieux de venir à moi, non à moi d'aller à eux.
Car aller est un acte, et l'on ne se rapproche des dieux qu'en se laissant emporter par une admiration paralysante.

st augustin
Optimus minister tuus est, Deus, qui non magis intuetur hoc a te audire, quod ipse voluerit : sed patius hoc velle, quod a te audierit.

Le meilleur serviteur de Dieu est celui qui ne cherche pas à entendre de Lui ce qu'il souhaite, mais à souhaiter ce qu'il a entendu.
Dans le premier cas on entra√ģne, au moins, l'oreille, dans le second on est s√Ľr de devenir sourd. N'entendant rien du tout, est-il √©tonnant, qu'on souhaite n'importe quoi¬†?

st augustin
Tres sunt ascensus : ascendimus ab istis ad nos, ab nos ad cor altum, ad Deum.

On s'√©l√®ve de trois mani√®res¬†: des objets jusqu'√† nous-m√™mes, de nous-m√™mes √† l'√Ęme haute et enfin √† Dieu.
Le s√©jour prolong√© dans l'√Ęme haute rend presque superflue la fr√©quentation et de notre √©tendue et de la divine profondeur, si translucides pour un regard hautain. Qu'est-ce que la hauteur¬†? - l'√©tat d'esprit o√Ļ chaque mouvement est ab initio.

thomas d'aquin
Via mea, Domine, ad te tuta sit, recta et consummata, non deficiens inter prospera.

Que j'aille vers toi, Seigneur, par un chemin s√Ľr, droit, agr√©able et menant au terme.
La voirie est un service divin plus sollicité que celui de l'hébergement des égarés, sans étoile fixe.

thomas d'aquin
Deus, in cuius potestate est ut non solum voces ad significandum accommodet, sed etiam res ipsas.

Il est au pouvoir de Dieu, d'employer à l'expression de quelque vérité non seulement des mots, mais également des choses.
Dieu-Verbe se contente de mots, c'est Dieu-Action qui se compromet avec des choses : glaives, goupillons, machines.

jean de la croix
En esta noche oscura de la vida,
qué bien sé yo por fe la fonte frida,
aunque es de noche.

En cette nuit obscure de la vie,
la foi me dit o√Ļ est la source fra√ģche,
bien que de nuit.
De jour, je n'ai que l'entretien crédule de l'eau courante ; de nuit j'entretiens ma soif incrédule, auprès de la fontaine invisible.

bacon f.
A little philosophy inclineth man's mind to atheism, but depth in philosophy bringeth men's minds about to religion.

Un peu de philosophie fait incliner les hommes vers l'athéisme, mais une profondeur en philosophie les ramène à la religion.
La connaissance commence √† justifier son beau nom d√®s qu'elle nous lib√®re des noms et des dates et nous fait aimer la profondeur de leur conception et la hauteur de leur interpr√©tation. Mais votre religion est toute de noms et de dates. Il faudrait garder √† leur place ‚Äď la caresse¬†! Ne pas √©purer la jouissance spirituelle des images corporelles. La vraie religion est l'adoration de ce qui enfante les verbes sauveurs caressants.

shakespeare w.
'Tis mad idolatry to make the service greater than the god.

Quelle folie idol√Ętre que d'√©lever l'office au-dessus de Dieu.
Dieu est une idole sachant se cacher dans un rite. L'idole est un dieu se méfiant de la crédulité des hommes et se manifestant au grand jour dans des choses.

graci√°n b.
No hace el numen el que lo dora, sino el que lo adora.

C'est en adorant et non pas en dorant qu'on fait un Dieu.
Les j√©suites ignorent l'ic√īne orthodoxe. Qui est le pire¬†? - celui qui dore ce qu'il adore ou celui qui adore ce qui est d'or¬†?

pascal b.
Tu ne me chercherais pas, si tu ne m'avais trouvé.
Tandis que tous sont persuadés de l'avoir trouvé, car ils l'auront cherché. Préexistence vs prestance.

pascal b.
Fais pénitence pour tes péchés cachés et pour la malice occulte de ceux que tu connais.
On croirait entendre un prédicateur américain. Plus sincère et fervente est cette pénitence, avec plus de désinvolture tu commets des péchés flagrants. La honte n'est bonne qu'a priori, avant que tu ne lèves ton bras prétendument innocent.

pascal b.
Toute religion, qui ne dit pas que Dieu est caché, n'est pas véritable.
De même que tout homme, qui ne voit pas que son vrai soi, c'est le soi inconnu, se fourvoie en ne suivant que son soi connu.

pascal b.
Nous ne voyons les saints que de dos, puisqu'ils sont face à Dieu.
Dieu étant dans l'herbe, c'est une glorification de la position couchée et une explication de la facilité, avec laquelle les hommes, qui marchent, piétinent les saints.

pascal b.
En regardant tout l'univers muet, j'entre en effroi.
Heureux vieux temps, o√Ļ des mots-√©pouvantails, √©ternit√© ou infini, - pouvaient effrayer¬†! L'univers se mit √† parler, les oreilles √©largissent des gammes audibles, mais les yeux devinrent beaucoup plus secs.

pascal b.
La nature des hommes est déchue de Dieu ; elle marque partout un Dieu perdu, et dans l'homme, et hors de l'homme.
Ce serait un pi√®tre paradis, celui o√Ļ l'homme n'√©prouverait plus ni la honte, au fond de lui, ni l'√©moi, devant la beaut√©, hors de lui. Dieu n'est pas mort tant que ni le rouge au front ni l'azur dans l'√Ęme ne te quittent.

pascal b.
Il faut n'aimer que Dieu et ne ha√Įr que soi.
Dieu est derri√®re moi¬†; en face du moi se tiennent eux, vous et nous. Seul, le dernier observateur me comprend et m'accuse. Les deux autres sont encore plus ha√Įssables, m√™me s'ils r√©veillent le revers de l'ironie - la piti√©.

spinoza b.
Deus sit ens absolute infinitum infinitis attributis.

Dieu est l'infinité d'attributs infinis.
Pourquoi pas « l'absence de tout attribut »¬†? C'est par de telles d√©finitions liminaires que les sages de profession se mettent √† d√©verser leurs balivernes g√©om√©triques sur leur Dieu √† attributs. Un principe obscur, sur lequel ils b√Ętissent d'ennuyeuses et intenables clart√©s. Le sage d'intuition d√©bute par un principe clair d'o√Ļ fusent d'obscures et belles hypoth√®ses.

spinoza b.
Quo magis res singulares intelligimus eo magis Deum intelligimus.

Plus nous comprenons les choses singulières, plus nous comprenons Dieu.
Même la singularité s'inscrit dans quelque généralité divine. Toute création est manipulation de classes, et Dieu n'y échappe pas.

diderot d.
Si la raison est un don du Ciel et que l'on puisse dire autant de la foi, le Ciel nous a fait deux présents incompatibles.
Heureusement, sur les trois Minist√®res-clefs - Myst√®re, Probl√®me et Solution - la foi n'a qu'un seul porte-feuilles et laisse deux autres √† l'arbitre serf (√Črasme) de la raison.

diderot d.
Le Dieu des chrétiens est un père, qui fait grand cas de ses pommes, et fort peu de ses enfants.
Il favorisa le danger et le hasard, nous poussa vers le jeu et la femme.

lichtenberg g.
Du glaubst ich laufe dem sonderbaren nach, weil ich das schöne nicht kenne, nein, weil du das schöne nicht kennst, deswegen suche ich das sonderbare.

Tu crois, que je cours après l'étrange, parce que je ne connais pas le beau, mais non, c'est parce que tu ne connais pas le beau que je cours après l'étrange.
Intrigu√© par l'horizon d'un myst√®re (l'√©trange), tu cours apr√®s un probl√®me (le beau), d√©bouchant dans l'impasse d'une solution (l'Ňďuvre). L'autre ne voit que tes pieds, et toi, tu es l'horizon de ton regard. Au lieu de courir, tu devrais tenter de voler, remplacer l'horizon par le firmament.

maistre j.
Le Christianisme a été prêché par des ignorants et cru par des savants.
De nos jours, des savants prêchent, des ignorants croient. Retour au paganisme, les dieux ne se manifestant que par des jetons de présence dans des conseils d'administration.

joubert j.
Penser à Dieu est une action ; penser au démon est une pente.
Donc, Dieu, comme ses anges, aime la lutte. L'obstacle est, précisément, cette séduisante déclivité, la routine béate de l'accumulation. Le démon est dans la succession mécanique des pas, Dieu est dans l'audace du premier, du seul pas libre. Le démon de Socrate fut un ange, puisqu'il ne se manifestait que dans le refus de certains actes.

fichte j.
Das System, in welchem von einem √ľberm√§chtigen Wesen Gl√ľckseligkeit erwartet wird, ist das System der Abg√∂tterei.

Le syst√®me, qui consiste √† attendre d'un √™tre tout-puissant le bonheur, c'est le syst√®me de l'idol√Ętrie.
Trouver le bonheur dans l'avoir sans r√©f√©rence √† l'√™tre, c'est votre vraie religion. Ni moutons ni loups ne furent jamais soup√ßonn√©s d'idol√Ętrie. La toute-puissance se fait traduire dans le culte pa√Įen des mots et des notes.

chateaubriand f.r.
Le christianisme est la pensée de la liberté humaine et de l'égalité sociale.
Aujourd'hui on lit : liberté de s'enrichir et égalité des chances ; les milliardaires sont reconnaissants au Christ, et ils vénèrent Son Père. On invitait l'esclave à engraisser le César ; on y resta fidèle.

hölderlin f.
Vater, so nah so fern, so sublim und verwandt.

√Ē P√®re, aussi proche que lointain, si sublime et si familier.
L'√©loignement sublime, v√©cu comme une proximit√© toute famili√®re, ne serait-ce signe que l'Esprit f√©cond√Ęt l'√Ęme¬†? Cette rencontre des extr√™mes, ne serait-ce l'√©ternel retour du m√™me Fils, m√™me prodigue¬†?

hölderlin f.
O ein Gott ist der Mensch wenn er träumt, ein Bettler, wenn er nachdenkt.

L'homme est Dieu par son rêve, mendiant - par sa raison.
Ratio essendi, desperatio cogitandi. Dieu se serait incarn√©, semble-t-il, dans un mendiant r√™veur, dont s'accommodent, aujourd'hui, les nantis et les robots. Le plus beau r√™ve est une pri√®re, une sainte mendicit√©, qui, √† d√©faut du ciel, permet d'acqu√©rir le seuil de la hauteur. L'homme red√©couvrira le r√™ve, le jour o√Ļ les machines penseront √† sa place.

hölderlin f.
Die d√ľrftige Zeit¬†: das Nichtmehr der entflohenen G√∂tter und das Nochnicht der Kommenden.

Le temps de détresse : le déjà-plus des dieux en fuite, le pas-encore des dieux, qui débarquent.
C'est un temps b√©ni, o√Ļ, enfin, on comprend « √† quoi sert le po√®te en temps de d√©tresse » (« wozu Dichter in d√ľrftiger Zeit »), po√®te, qui pourrait pr√©parer le vide, o√Ļ retentiraient les voix des nouveaux dieux. D'autres ne font que couvrir les murs de pieuses images, en remplir l'espace de litanies ou √©riger des toits, nous s√©parant des √©toiles. Ce vide est un silence sacr√©, une puret√© habit√©e

hölderlin f.
Wo aber Gefahr ist, wächst das Rettende auch.

Dans le p√©ril cro√ģt ce qui sauve.
« L√† o√Ļ le p√©ch√© s'est multipli√©, la gr√Ęce a surabond√© » - St¬†Paul. C'est une illusion d'optique du rebelle. Le salut par n√©gation, par d√©fi du p√©ril, est aussi douteux que la damnation pour affirmation, pour option al√©atoire. On devrait se sauver par un oui insens√© et se damner pour un non calcul√©.

stendhal
Le bonheur parfait n'est pas tant dans la proximité que dans le dernier pas vers elle.
Qui, en tenant la promesse-passion, mène dans l'esclavage. Le premier et l'avant-dernier promettent la liberté en entretenant la passion-désir, le désir en tant qu'appétit et non pas en tant que volonté. Les choses sans lendemain sont les plus proches de l'éternité.

hugo v.
La religion n'est autre chose que l'ombre portée de l'univers sur l'intelligence humaine.
L'ombre est l'élément le plus propice à l'éclosion de vérités, mais aussi, malheureusement, le lieu recherché par la bêtise pour s'adonner au sommeil.

hugo v.
Nos chimères sont ce qui nous ressemble le mieux.
Crois-tu qu'il y a aussi des réalités dans tes paroles ? Une réalité énoncée est une chimère classée. L'impuissance, l'inertie ou la pauvreté du langage stérilisent une chimère en l'abaissant au statut de réalité, qui ressemble, par définition, à l'espèce, au troupeau.

hugo v.
Cet homme marchait, pur, loin des sentiers obliques,
Vêtu de probité candide et de lin blanc.
Ce qui embellissait un vagabond √©gar√©, ridiculise ceux qui s'attroupent sur les sentiers battus. Ces r√īdeurs d'hommes, qui, d√®s qu'ils sont s√Ľrs de leur probit√©, s'imaginent, que leurs minables chemins sont droits et que leur sale v√™ture est immacul√©e¬†! La honte et la r√©sipiscence nous couvrent de cilices et bures et nous poussent vers les sentiers inexistants.

hugo v.
Nul saint : l'éternité n'a pas de voisinage.
Même si ta mathématique est fausse, ta vision des bornes est juste : tout homme sera toujours comme la femme de Loth ou le fils de Noé - au-delà d'un point, ils se retourneront et compromettront leur convergence vers l'infini. La faute irrécupérable : croire avoir touché l'infini, tandis que, dans tout son voisinage, tu en es infiniment éloigné.

emerson r.w.
A man is a god in ruins.

L'homme est un Dieu parmi les ruines.
Non pas qu'il soit mauvais architecte, mais parce qu'il ne b√Ętirait ses demeures que dans sa vraie patrie, le ciel, o√Ļ il ne serait jamais menac√© de surpopulation¬†: « L'affaire de l'artiste est de construire la demeure¬†: pour ce qui est du locataire, c'est au lecteur de le fournir » - Gide.

emerson r.w.
The soul of God is poured into the world through the thoughts of man.

L'√Ęme de Dieu se r√©pand dans le monde √† travers les pens√©es des hommes.
Il ne reste aux rires et aux larmes des hommes que de se tourner du c√īt√© du diable, Dieu ne pr√™tant l'oreille qu'aux calculs.

marx k.
Die Religion ist der Seufzer der bedr√§ngten Kreatur, das Gem√ľt einer herzlosen Welt, der Geist geistloser Zust√§nde.

La religion est le soupir d'une cr√©ature accabl√©e, l'√Ęme d'un monde sans cŇďur, l'esprit d'une √©poque sans esprit.
Le monde combl√© d'aujourd'hui affiche, dans toutes les foires, son cŇďur sans plaies¬†; l'√©poque est r√©gie par l'esprit aseptis√© et triomphant¬†; la religion en conserve s'accommode des r√®gles g√©n√©rales de consommation de produits p√©rissables, sans √Ęme ni esprit.

baudelaire ch.
Dans un monde privé de la profondeur des lointains, la poésie brille comme un astre sans atmosphère.
Donc, d'un grand √©clat. Dans ce monde, dot√© d'une profondeur famili√®re, l'atmosph√®re √©touffante serre l'√Ęme, et la po√©sie y est un lampion √©teint.

dosto√Įevsky f.
–ē—Ā–Ľ–ł –•—Ä–ł—Ā—ā–ĺ—Ā –Ĺ–Ķ –Ņ—Ä–į–≤–ī–į, —ā–ĺ —É–∂ –Ľ—É—á—ą–Ķ —Ź –Ī—É–ī—É –≤–Ĺ–Ķ –Ņ—Ä–į–≤–ī, —Ā–ĺ –•—Ä–ł—Ā—ā–ĺ–ľ.

Si le Christ n'est pas la v√©rit√©, √™tre plut√īt hors de la v√©rit√©, avec le Christ.
Pourtant, le Christ dit « Je suis la V√©rit√©‚Ķ ». La m√©taphore l'emporte sur la formule logique. « Je refuse d'√™tre Aristote si c'√©tait pour me s√©parer du Christ » - Ab√©lard - « Nolo esse Aristoteles ut secludar a Christo ». Ceux qui abandonnent leur ami, pour une v√©rit√©, deviennent peut-√™tre des Aristote, mais ils n'auront connu ni le vrai amour ni la vraie amiti√©. Peu sont capables de faire confiance √† l'inexistant, donc de croire, sans le profaner en l'introduisant dans l'existant¬†: « Celui qui pr√©tend aimer le christianisme plus que la V√©rit√©, finira par aimer sa secte et, ensuite, par aimer soi-m√™me plus que tout le reste » - Coleridge - « He who begins by loving Christianity more than Truth, will proceed by loving his sect and end in loving himself better than all ».

unamuno m.
Si el hombre se cruza de brazos, Dios se hecha a dormir.

Si l'homme croise les bras, Dieu s'endort.
Laisse-les tomber, Sa hargne se réveillera et tu te retrouveras au tapis.

unamuno m.
Hemos creado a Dios, para salvar al Universo de la nada.

Nous avons créé Dieu, pour sauver l'Univers du néant.
Et vous l'avez rempli de telles vétilles, qu'aucun son bien timbré n'y résonne, tandis qu'en le laissant à son vide salutaire vous auriez pu tenter Dieu à y exercer Ses talents d'accordeur.

unamuno m.
Creer en Dios es anhelar que le haya.

Croire en Dieu, c'est désirer qu'Il existe.
C'est plut√īt savoir qu'Il n'existe pas et L'aimer ou L'admirer. Cr√©er, c'est √† dire former son regard, sous l'impulsion du Sien. Croire, c'est cr√©er (creer es crear). Et qu'est-ce qu'on ferait de Dieu, s'il existait¬†? Le sentir, Le toucher, Le comprendre¬†? Balivernes. Dieu n'est compr√©hensible qu'en tant que notre cr√©ation¬†: « Ce que je ne peux pas cr√©er, je ne peux le comprendre » - R.Feynman - « What I cannot create, I do not understand ».

soloviov v.
–Ď–ĺ–≥ –≤–ĺ—á–Ķ–Ľ–ĺ–≤–Ķ—á–ł–Ľ—Ā—Ź –≤ —ā–ĺ—ā –ľ–ĺ–ľ–Ķ–Ĺ—ā, –ļ–ĺ–≥–ī–į —á–Ķ–Ľ–ĺ–≤–Ķ–ļ –ĺ–Ī–ĺ–∂–Ķ—Ā—ā–≤–Ľ—Ź–Ľ—Ā—Ź –≤ –Ľ–ł—Ü–Ķ —Ä–ł–ľ—Ā–ļ–ĺ–≥–ĺ –ļ–Ķ—Ā–į—Ä—Ź.

Dieu s'est fait homme au moment, o√Ļ l'homme se faisait Dieu dans la personne du C√©sar romain.
Il est temps, que Dieu s'√©l√®ve un peu, puisque l'homme ne se pla√ģt plus qu'√† ramper. Aujourd'hui, Dieu accompagne la marche et oublie la danse¬†; Il fr√©quente les foires et √©vite les ruines.

twain m.
We have infinite trouble in solving man-made mysteries ; it is only when we set out to discover the secret of God that our difficulties disappear.

Tant de tracas pour r√©soudre des myst√®res cr√©√©s par l'homme¬†; ce n'est qu'en nous attaquant aux secrets de Dieu que nous voyons les difficult√©s dispara√ģtre.
Les premiers promettent du plomb des problèmes ou des semelles des solutions ; les seconds - des ailes, pour un mystère encore plus haut.

twain m.
A man is accepted into a church for what he believes and he is turned out for what he knows.

Un homme est admis dans une √Čglise parce qu'il croit et il en est chass√© parce qu'il sait.
Avec l'√©largissement consid√©rable des portes des √©glises, c'est le contraire qui se produit aujourd'hui¬†: les certitudes rendent pieux et le doute am√®ne des anath√®mes. Les h√©r√©sies finirent par forcer les portes, que seule l'Inquisition aurait pu pr√©server √©troites¬†; qui ne le comprend pas dit¬†: « Toute h√©r√©sie cherche √† rendre l'√Čglise moins large » - Chesterton - « Every heresy is an effort to narrow the Church ».

nietzsche f.
Wenn man den Glauben hat, kann man der Wahrheit entbehren.

Quand on a la foi, on peut se passer de la vérité.
La foi, c'est ce qui te pousse √† chercher, en vain peut-√™tre, la v√©rit√©. Sans la foi l'homme est tellement s√Ľr de poss√©der la v√©rit√©, qu'il ne se donne m√™me pas la peine de la chercher.

nietzsche f.
Der Wiederkunftsgedanke soll die Religion der freisten, heitersten und erhabensten Seelen sein.

La pensée du retour doit devenir une religion des esprits les plus épris de liberté, d'extase et de hauteur.
Et voilà qu'une permanence du devenir évince l'éternité de l'être, l'indifférence dans le temps l'emporte sur l'identité dans l'espace, un cercle vicieux du retour se substitue aux girons infernaux et captivants. Il est bête de faire d'un chant - un libelle ; encore plus bête est d'en faire un missel.

claudel p.
Dieu n'est pas infini (la Trinité), Il est inépuisable.
On gagne le prix du Saint-Esprit en ne s'arrêtant pas sur la solution du Fiston et en revenant au mystère du Géniteur. Il faut, qu'on Le vide sans cesse, pour ne pas s'apercevoir du peu de ressources qu'Il a à un moment donné.

claudel p.
Ce qu'il essaiera de dire misérablement sur la terre, je suis là, pour le traduire dans le ciel.
Si Tu n'étais plus là, je n'aurais rien à traduire. Car c'est moi, le traducteur. Tant que Ta belle dictée, sans mots ni notes, me soulève, je me tendrai vers la plume ou je tendrai la corde.

gide a.
Il me para√ģt monstrueux, que l'homme ait besoin de l'id√©e de Dieu, pour se sentir d'aplomb sur terre.
C'est pour cette excellente raison que les hommes raisonnables pr√©f√®rent la reptation. L'id√©e de Dieu est ce qui nous fait croire, que notre bosse peut cacher de belles ailes. Les meilleurs croyants sont sans Dieu, comme les meilleurs h√©ros (Bakounine¬†: « les anarchistes - h√©ros sans phrases » - « –į–Ĺ–į—Ä—Ö–ł—Ā—ā—č - –≥–Ķ—Ä–ĺ–ł –Ī–Ķ–∑ —Ą—Ä–į–∑ »). Tandis que chez les pires « la foi consiste √† ne pas croire (aux sens, √† la raison) » - Val√©ry.

proust m.
La réalité n'est jamais qu'une amorce à un inconnu, sur la voie duquel nous ne pouvons aller bien loin.
Car nous ne touchons à la réalité que par un modèle fini. Ceux-ci sont innombrables, donc celle-là n'est que perfection.

valéry p.
Si le moi est ha√Įssable, quelle ironie que d'aimer son prochain comme soi-m√™me.
On doit traiter son prochain, comme on traite son soi connu, et qui peut √™tre parfaitement ha√Įssable¬†; le soi aimable est le soi inconnu¬†; mais l'aimer comme un lointain √©tranger n'est pas √† port√©e de tout le monde.

valéry p.
Rien n'est qui ne se puisse voir d'un peu plus près ou s'exprimer avec un peu plus de signes et de variables.
Le tout est de savoir interpr√©ter les substitutions des anciennes variables et d'imposer le respect des nouveaux signes (« le parfait impose l'inach√®vement »***). La r√©alit√©, d'apr√®s cette na√Įve et g√©niale d√©finition (surclassant l'immanence, asiatique ou spinoziste, et la docte falsifiabilit√© de Popper) et contrairement aux repr√©sentations, est tout bonnement la perfection. « L'√™tre a toujours des r√©serves » - Heidegger - « Sein ist immer vorr√§tig ». En revanche, on √©puise vite toutes les variables, en mod√©lisant les centaures ou les licornes.

valéry p.
Dieu a tout fait de rien. Mais le rien perce.
Ce qui ne peut que rendre admiratifs ceux qui savent, que le Cr√©ateur est celui qui n'est pas. D'o√Ļ l'int√©r√™t de tenir pr√™tes nos propres vacuit√©s au cas, o√Ļ Dieu retrouverait l'envie d'agir.

valéry p.
Le Moi est l'acte de passage de l'extranéité d'une demande à l'extranéité d'une réponse. Il se fait équinégation.
Il est encore davantage dans l'intranéité des inconnues de la question et de l'interprétation de leurs substitutions dans la réponse, en quoi il est équidistance et équilibre.

péguy ch.
Le catholique suit le monde ; les protestants dressent, chacun, ses propres poteaux indicateurs.
« Il vaut mieux boiter sur la route que courir fr√©n√©tiquement hors toute route » - St¬†Augustin - « Melius est in via claudicare, quam praeter viam fortiter ambulare ». Seul l'orthodoxe sait qu'il est perdu et suit, couch√© au bord d'un chemin oblique, les √©toiles. Pour qu'elles dansent, il ne faut pas que nos pieds s'agitent, ni avec ni √† contre-courant.

berdiaev n.
–ó–Ĺ–į–Ĺ–ł–Ķ –Ņ—Ä–ł–Ĺ—É–ī–ł—ā–Ķ–Ľ—Ć–Ĺ–ĺ, –≤–Ķ—Ä–į —Ā–≤–ĺ–Ī–ĺ–ī–Ĺ–į.

La connaissance est contraignante, la foi est libre.
La m√™me libert√© honore l'erreur, le mensonge, l'ignorance. Tant que l'objet de la foi est fantomatique pour l'esprit, mais irr√©sistible √† l'√Ęme, cette libert√© est respectable. L'esprit consentant et l'√Ęme fi√®re. Malheureusement, les croyants veulent l'acquiescement de l'esprit libre √† une √Ęme servile.

chesterton g.k.
Everything has a sort of atmosphere, which makes it sacred.

Toute chose a une atmosphère, qui la rend sacrée.
Les poumons rapprochent mieux du sacr√© que la cervelle. Le souffle coup√© plut√īt que les yeux ouverts. La suffocation plut√īt que l'invocation.

rilke r.-m.
Wir r√ľhren uns. Womit¬†? Mit Fl√ľgelschl√§gen,
Mit Fernen selber r√ľhren wir uns an.

Tu ne m'atteins que par des coups des ailes,
Par le lointain, tu m'atteins et m'appelles.
Les uns choisissent pour capteurs de proximité - griffes ou horloges ; les autres - un tir lointain ou un vol à tire-d'ailes.

barney n.
Ceux qui ne se quittent pas, de peur de ne plus se retrouver, ne se sont jamais rencontrés.
La plus belle des rencontres : se toucher par des échos arrachés à nos rêves lointains et inaudibles, suivre le rythme originel.

hesse h.
Wer zu sich selber Nein sagt, kann nicht zu Gott Ja sagen.

Qui dit non à soi-même, ne peut pas dire oui à Dieu.
Avec la même perplexité et devant le même autel, il vénère le mystère des deux grands inconnus : Dieu et soi-même.

einstein a.
Derjenige, dem die mystische Empfindung fremd ist, ist ein toter Mensch.

L'homme auquel le sentiment du mystère n'est pas familier est comme un homme mort.
L'homme le sentit, apprivoisa le mystère, en lui imposant l'intelligibilité d'un problème et l'intelligence d'une solution. Il n'a même plus besoin de férule ou de fouet, pour s'animer.

einstein a.
Hinter all der Welt muß ein großer Orchesterdirigent sein, der unser Gutes will.

Derrière tout ce monde doit se tenir un grand chef d'orchestre, qui nous veut du bien.
Il cr√©a, dans mon √Ęme, une acoustique, sensible √† la musique du monde, musique, prouvant Son go√Ľt de beaut√© et Son fond de bont√©¬†; mon √Ęme d'interpr√®te et de cr√©ateur devrait suivre Sa baguette invisible, pour la traduire en musique du bien.

einstein a.
Der Weg zu wahrer Religion liegt nicht in der Angst vor dem Tod oder in blindem Vertrauen, sondern im Streben nach rationalem Wissen.

Le chemin, qui mène vers la vraie foi, ne passe ni par l'angoisse devant la mort ni par une confiance aveugle, mais par l'appel d'un savoir rationnel.
Sur ce chemin, on voit de moins en moins le Créateur et admire de plus en plus la Création. On finit par adorer l'inexistant, qui nous fit aimer l'invisible.

zweig s.
Je mehr sich einer begrenzt, um so mehr ist er andererseits dem Unendlichen nahe.

Plus un esprit se limite, plus il touche par ailleurs à l'infini.
Histoire de se d√©barrasser d'insipides buts ou de se dire¬†: « Ce qui m'√īte une contrainte, m'√īte une force »* - Stravinsky. On se limite par deux moyens¬†: en s'imposant d'asc√©tiques contraintes - la solitude de la lutte nous mettant face √† l'infini sans force ni m√©moire - ou en se vidant, pour pr√©parer la place √† Celui qui pourrait y agir.

ortega y gasset j.
La desesperación : el romano, el griego, el judío vive en la ansiedad de no reconocerle un sentido total a la vida.

Le Grec, le Romain, le Juif vécurent en cette forme radicale de la vie, qu'est le désespoir.
Tandis que le christianisme moderne serait de l'averro√Įsme aristot√©lis√©, sans √©tats d'√Ęme.

jaspers k.
Ein bewiesener Gott wäre kein Gott, sondern bloß eine Sache in der Welt.

Un Dieu prouvé ne serait pas Dieu, il ne serait qu'une chose dans le monde.
Dieu est la possibilité des preuves et l'obéissance des choses aux lois prouvées.

heidegger m.
Das Sein ist der Nächste. Doch die Nähe bleibt dem Menschen am fernsten.

L'être est ce qui est le plus proche ; mais la proximité reste, pour l'homme, au plus grand lointain.
La grande proximité est surtout visible d'une grande hauteur, que la chute de l'homme réduisit à une petite profondeur, ne scrutant que le lointain.

heidegger m.
Das 'Ich'¬†: das n√§chste, vordergr√ľndliche und scheinbare Selbst.

Le soi connu : le soi le plus proche, le plus visible et apparent.
Le soi lointain, pr√©gnant et intouchable, sans forme ni contours ni productions, le seul soi m√©ritant notre autol√Ętrie, c'est le soi inconnu. C'est la capacit√© de former un axe continu entre ces deux soi qui distingue le philosophe.

heidegger m.
Wenn Gott tot ist, die gerechnete Welt bleibt noch und stellt den Menschen √ľberall in ihre Rechnung.

Si Dieu, lui, est mort, le monde, livré au calcul, demeure et inclut partout dans ses calculs - l'homme.
La libert√© joua son r√īle sinistre¬†: entre le r√™ve et le calcul, l'homme choisit le calcul, scellant la mort du seul Dieu cr√©dible, celui du r√™ve incalculable (et non pas celui des valeurs, m√™me transvaluables, qui fut proclam√© mort par Nietzsche). Les autres sont pires que l'homme¬†: « Le monde se faisait, tandis que Dieu calculait » - Leibniz - « Cum Deus calculat, mundus fit ». Les signes, symboles et mythes s'√©valuent d√©sormais dans des gen√®ses et non plus dans des ex√©g√®ses.

heidegger m.
Die Sehnsucht ist der Schmerz, den uns die Nähe der Ferne verursacht.

La nostalgie est la douleur, que nous cause la proximité du lointain.
Cette nostalgie-langueur est proche de l'intensité nietzschéenne, née d'une fusion entre la douleur et la beauté, d'une noblesse créatrice, noblesse du regard, créateur de distances, l'oubli souverain d'une proximité impossible et dégradante, mais l'attouchement par le lointain.

wittgenstein l.
Das Gebet ist der Gedanke an den Sinn des Lebens.

La prière est la pensée du sens de la vie.
La ponctuation en d√©cide¬†: un point d'exclamation mat√©rialiste, un point d'interrogation id√©aliste, ou, pour un croyant, - les deux (!?). Mais les plus belles pri√®res se r√©duisent aux points de suspension, qui s'adressent √† la hauteur et deviennent¬†: « une attente d'un bonheur myst√©rieux, la vie tout emplie du sens le plus haut » - Tch√©khov - « –ĺ–∂–ł–ī–į–Ĺ–ł–Ķ —ā–į–ł–Ĺ—Ā—ā–≤–Ķ–Ĺ–Ĺ–ĺ–≥–ĺ —Ā—á–į—Ā—ā—Ć—Ź, –∂–ł–∑–Ĺ–ł, –Ņ–ĺ–Ľ–Ĺ–ĺ–Ļ –≤—č—Ā–ĺ–ļ–ĺ–≥–ĺ —Ā–ľ—č—Ā–Ľ–į ».

borgès j.
Dios mueve al jugador, y éste, la pieza.

Dieu déplace le joueur, et celui-ci déplace les pièces.
Dieu, Magister ludi, se contente de définir le jeu costumé ; c'est le diable, Magister nudi, qui en fixe l'enjeu cynique. La règle divine doit être lue, ressentie et admirée. Son application est insipide et muette en diable.

tsvétaeva m.
–Į –≤—Ā–Ķ –≤–Ķ—Č–ł —Ā–≤–ĺ–Ķ–Ļ –∂–ł–∑–Ĺ–ł –Ņ–ĺ–Ľ—é–Ī–ł–Ľ–į –ł –Ņ—Ä–ĺ–Ľ—é–Ī–ł–Ľ–į –Ņ—Ä–ĺ—Č–į–Ĺ–ł–Ķ–ľ, –į –Ĺ–Ķ –≤—Ā—ā—Ä–Ķ—á–Ķ–Ļ, —Ä–į–∑—Ä—č–≤–ĺ–ľ, –į –Ĺ–Ķ —Ā–Ľ–ł—Ź–Ĺ–ł–Ķ–ľ. –í—Ā—Ź–ļ–ł–Ļ - –Ņ–ĺ–ī—Ö–ĺ–ī - –ĺ—ā—Ö–ĺ–ī.

L'amour de toutes les choses de ma vie, je l'ai conçu et porté dans l'éloignement, non dans le rapprochement, dans la rupture, non dans la fusion. Tout rapprochement est éloignement.
L'√©loignement dans le ciel, o√Ļ adviennent les meilleures rencontres. La distance sur terre, en revanche, cr√©e parfois la proximit√© avec les astres¬†: savoir s'√©loigner, pour s'ouvrir au ciel.

tsvétaeva m.
–í—Ā—ā—Ä–Ķ—á–į –ī–ĺ–Ľ–∂–Ĺ–į –Ī—č—ā—Ć –į—Ä–ļ–ĺ–Ļ. –Ē–Ľ—Ź –Ĺ—É–∂–Ĺ–ĺ–Ļ –Ĺ–į–ľ –≤—č—Ā–ĺ—ā—č, –Ĺ–į–ľ –Ĺ—É–∂–Ĺ–ĺ –ĺ—ā–ĺ–Ļ—ā–ł –ī–į–Ľ–Ķ–ļ–ĺ, –ĺ—Ā—ā—É–Ņ–ł—ā—Ć—Ā—Ź –≤ –Ĺ–Ķ–Ī—č—ā–ł–Ķ, –Ņ–ĺ —ā—É —Ā—ā–ĺ—Ä–ĺ–Ĺ—É.

La rencontre doit être un arc. Pour atteindre sa hauteur désirée, nous devons reculer loin, jusqu'au néant, dans l'au-delà.
L'arc-en-ciel de notre capitulation extérieure commune, couronnant l'arc de nos triomphes intérieurs séparés

saint exupéry a.
Que m'importe que Dieu n'existe pas ? Dieu donne à l'homme de la divinité.
S'Il en avait vendu et non donné, l'homme s'y serait maintenu peut-être. La gratuité fait mépriser les dons aux malotrus.

malraux a.
Une Vérité existe pour tout art sacré, quelle que soit la foi, sur laquelle il se fonde.
Tout vrai art est sacré. Quand la Vérité s'en mêle, elle réduit toute foi en superstition.

thibon g.
L'√©toile divine √©claire l'√Ęme du voyageur et non le chemin.
L'√©toile divine s'occupe des illuminations ou des trous noirs, des perditions ou des ignitions de notre √Ęme ou de notre esprit. Les ailes ont plus besoin de feu que de lumi√®re. Que ma lanterne m'aide √† chercher le chemin ou l'homme¬†; le chemin vers Dieu ne quitte pas mon r√™ve immobile et hors espace.

thibon g.
La passion exclut à la fois la distance et l'intimité.
Sans distance il est facile de choyer, sans intimit√© - d'admirer. « Pour que restent saines l'intimit√© int√©rieure et la passion du prochain, il faut que nous sachions cultiver la distance » - G.Marcel ‚Äď que vaut cette froide passion, √† c√īt√© de la passion du lointain, √©mergeant de la culture de la chaude proximit√©¬†?

thibon g.
Dieu et le diable nous font la même promesse ; la seule différence est qu'ils ne visent pas la même altitude.
Tant et si bien Dieu tient parfois la promesse du diable et le diable renie la promesse de Dieu, sans que je m'aper√ßoive de la supercherie. Dieu pr√īnerait l'action et le diable - sa r√©compense¬†; m√™me en inversant leurs r√īles, l'alternative protestante - ne pas prendre en consid√©ration tes bonnes Ňďuvres, mais le Dieu du boniment - ne nous √©claire en rien.

thibon g.
C'est dans la mesure o√Ļ je suis plus que cela que je pleure de n'√™tre que cela¬†!
Tu devrais t'en réjouir, car être (savoir se justifier) plus que cela signifierait être impassible. La passion est le refus de justification.

sartre j.-p.
Quand Dieu se tait, on peut lui faire dire ce que l'on veut.
Pour l'éviter, on lui défend désormais de fermer la bouche, et il débite, docile, ce que l'on peut et l'on se persuade, que ce soit ce que l'on doit.

canetti e.
Die √úbergriffe √ľberspringen das Heiligste, das zugleich das Empfindlichste ist¬†: N√§he.

L'abus de hauteur fait rater ce qui est le plus sacré et le plus sensible - la proximité.
Les rencontres en hauteur sont moins qu'épisodiques, imprévisibles, mais la proximité rencontrée y a une qualité que n'ont pas les plates contrées - la connivence d'avec le lointain le plus sacré. Ce n'est ni le poids ni la vitesse qui assurent la hauteur ; on n'a même besoin ni de rebondir de la profondeur ni de s'en charger ; d'ailleurs, la profondeur n'est jamais qu'humaine, contrairement à la divine hauteur.

levinas e.
Que la proximité soit plus précieuse que le fait d'être donné, n'est-ce pas là la hauteur de la religion ?
La proximité verticale, à l'opposé du savoir et du donné, est à l'origine de ces choses incompatibles et inexplicables que sont l'amour, la noblesse, la foi.

levinas e.
Dieu nous vient à l'idée à travers le visage de notre prochain.
C'est d'autant plus vrai, que le mutisme d'un visage nous signale la présence d'un étranger. Dieu est dans un grandiose éloignement, vécu comme une chaleureuse proximité.

char r.
Les dieux ne meurent que d'être parmi nous.
Quand on conna√ģt ses saints, ce n'est plus ses saints qu'on honorera. Dieu est mort, car nous l'avons vu. « En disant 'Dieu existe', on le perd » - Chestov - « –°–ļ–į–∑–į–≤—ą–ł–Ļ¬†: '–Ď–ĺ–≥ —Ā—É—Č–Ķ—Ā—ā–≤—É–Ķ—ā' - —ā–Ķ—Ä—Ź–Ķ—ā –Ď–ĺ–≥–į ». Dans les nues ou sous les toits, notre pens√©e l'atteint et par-l√†, le pi√©tine. Il faut confier Dieu aux mots, le rel√©guer dans les formules. La vitalit√© de Dieu se mesure en nombre de myst√®res v√©n√©r√©s¬†: les Anciens admettaient tout myst√®re, pour s'adresser √† Dieu¬†; les Chr√©tiens n'en gard√®rent qu'un seul¬†; les modernes les exclurent, tous, pour conclure, que Dieu est mort.

char r.
La perte du croyant, c'est de rencontrer son √Čglise.
Sa superstition perdra une plate attache, mais sa foi pourrait gagner en hauts d√©tachements. Je ne g√Ęche pas le r√©gal du foie gras, en rencontrant une oie enti√®re. Il ne faut pas confondre l'√ätre (le soi inconnu) avec sa maison, qui est le Langage (le soi connu). Tout chemin est un sentier battu, s'il m√®ne √† l'√©table¬†; laisse √† tes impasses le soin de ton credo nocturne (« troupeau d'√©toiles vagabondes » - Du¬†Bellay).

char r.
Obéissez à vos porcs qui existent. Je me soumets à mes dieux qui n'existent pas.
Quand on s'attache à quelque chose qui existe, on finit par se plaire dans le fumier, que tout existant déjette.

blanchot m.
Le lointain et le proche sont dimensions de ce qui échappe à la présence.
La présence est dans l'étendue ou la profondeur ; la proximité, comme dans ce compendium, ne s'évalue qu'en hauteur.

weil s.
Si on aime Dieu en pensant qu'il n'existe pas, il manifestera son existence.
Exister, c'est se manifester aux sens¬†; aimer, c'est cr√©er un sens nouveau. Le n√©ant, qui se met √† sentir, √† toucher, √† avoir du go√Ľt, c'est √ßa, Dieu¬†?

weil s.
Un mode de purification : prier en pensant que Dieu n’existe pas.
La prière est une flamme, et Dieu - son aliment pur, le souffle, pour que ton feu hors temps n'étouffe pas dans la fumée temporelle.

weil s.
√Čcarter les croyances combleuses de vide, adoucisseuses des amertumes.
L'intelligence qui, en déblayant, comble, par inadvertance, un vide mal balisé, se transmute en croyance. L'amertume n'a qu'à s'installer en désert, loin des chantiers de l'homme.

cioran é.
Lors m√™me que nous croyons avoir d√©log√© Dieu de notre √Ęme, il y tra√ģne encore.
Le vide salutaire de l'√Ęme ou le d√©sert proph√©tique de la raison - pour que Dieu puisse y agir ou s'y r√©v√©ler (mais ne pas oublier, que le vide de Baal fut cens√© communiquer avec les √©toiles). D√©loger ce qu'il y a de meilleur en moi, c'est m'absenter, ironiser¬†; me manifester par l'acte, c'est tra√ģner.

cioran é.
Imagine-t-on une prière, dont l'objet serait la religion ?
Oui, car la prière fait partie de ces méta-outils, qui peuvent servir pour fabriquer d'autres outils. Le mot n'aiguise-t-il pas le Verbe ?

cioran é.
Je méprise le chrétien parce qu'il est capable d'aimer ses semblables de près. Pour redécouvrir l'homme, il me faudrait un Sahara.
De près on ne touche qu'à la gangue (les mains), au gang (l'oreille), au gag (le cerveau). On n'aime que par le regard accommodé aux mirages.

cioran é.
La poésie, qui approche de la prière, est supérieure et à la prière et à la poésie.
Elle ravit la prière à la vue des choses et se libère de la recherche d'oreilles.

paz o.
El mundo moderno comenzó quando el individuo se separó de su fe ; hoy se acaba en un conformismo universal.

Le monde moderne a commencé, quand l'individu a quitté la foi, il s'achève sur un conformisme universel.
Quand le quantificateur existentiel de Dieu se plante, toute implication individuelle est automatique et produit un espace de vérités arrangeant tout l'univers.

foucault m.
On croyait s'éloigner, et on se trouve à la verticale de soi-même.
Le soi inconnu fuit les horizons et se fixe aux firmaments¬†; l'√™tre se r√©fugie dans l'ampleur, le devenir tend vers la hauteur. En hauteur, je m'aime, sans me conna√ģtre, je me vois en Narcisse, je fais de mon soi connu ‚Äď une Galat√©e¬†; la sottise delphique me condamne √† la platitude de la connaissance de soi.

baudrillard j.
Deux formes de rupture : l'une par éloignement, l'autre par l'excès de proximité. Rupture de charge, rupture de charme.
La volupt√© est dans l'art d'entretenir la distance, de refuser le t√™te-√†-t√™te et de favoriser le corps-√†-corps. Routine de terre, routine de chair - distance calcul√©e en m√®tres ou en anc√™tres. La rupture promet un √©lan¬†; la continuit√© se compla√ģt dans la platitude.

steiner g.
Where God clings to our culture, He is a phantom of grammar.

Si Dieu s'accroche √† notre culture, c'est sous la forme d'un fant√īme grammatical.
Il est souvent cette variable muette, dont les substitutions n'intéressent même pas le requêteur, assemblant des phrases elliptiques.