| | | | Ce qu'on appelle progrès consiste en migration de plus en plus massive des hommes au pays des solutions, la désertification du pays des problèmes et la disparition des atlas du pays des mystères. | | | | |
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| | | | Le lieu de la liberté - la véritable pierre de touche des hommes : est-elle dans le monde, dans l'homme, dans l'au-delà ? | | | | |
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| | | | La liberté agréable, c'est le pouvoir sur les choses ; mais, par hygiène d'âme, il faudrait pratiquer, de temps à l'autre, une servitude prophylactique : abdiquer ton vouloir ou émanciper ton devoir, face aux choses, ou plutôt – leur tourner le dos, le temps que s'efface le rouge à ton front. | | | | |
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| | | | Choisir, servilement, la liberté commune, préférer, librement, une non-liberté passionnante – les ressorts de la honte et de la pitié bienfaisantes qui nous rendent libres devant nous-mêmes. | | | | |
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| | | | Sans liberté extérieure, le seul moyen de respirer sa liberté intérieure est de se réfugier dans la solitude. Sans liberté intérieure, le seul milieu qui calme l'ulcère de l'inapaisement est le troupeau. | | | | |
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| | | | Contrairement à ce qu'il dit lui-même, l'homme est de moins en moins fou, car la folie suppose un manque de rêves inaccessibles. L'époque moderne est unique en fabrication de rêves à portée des bourses. | | | | |
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| | | | Les Anciens croyaient en Déclin, les Modernes croient en Progrès des hommes. Ils négligent de signaler, que déclinent les meilleurs et que progressent les pires. Et il n'y a donc pas de contradiction. | | | | |
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| | | | Autrefois on luttait avec joie contre une vie infecte. Aujourd'hui la vie est sans joie et la lutte est infecte. | | | | |
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| | | | Signe d'une société sourde - on n'a plus besoin de bâillons. Signe d'une société muette - on ne parle qu'en forum. | | | | |
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| | | | Les pires tyrans, actuels ou potentiels, sont ceux qui ne reconnaissent ni dieu ni maître. Du saccage de temples et châteaux ne gagnent que casernes et étables. | | | | |
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| | | | Conversion fut affaire d'âme ou d'épée. Désormais, être convertible est anodin aussi bien en matière religieuse que monétaire, le mouton et le veau assurent le pouvoir du rachat ou d'achat. | | | | |
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| | | | L'élite d'antan vouait une phobie à la foule et portait dans son cœur le peuple. L'élite d'aujourd'hui, soucieuse de son image, révoqua la haine en devenant indiscernable du peuple qui, à son tour, déchut en une vaste foule. Pro rege est plus défendable que pro grege. | | | | |
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| | | | Tant qu'on avait besoin de pilotes et de timoniers, le poète, subrepticement, en profitait, en offrant ses services en mer de l'Étrange ou aux passages infestés de sirènes. Mais aujourd'hui, où toute embarcation est insubmersible, où toute cargaison flotte et toute profondeur est bien sondée, où toute Fata Morgana est assagie et tous les mats portent des pavillons victorieux aux couleurs de Plutus, - le poète ne peut prétendre qu'au rôle d'un passager clandestin. | | | | |
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| | | | Cheminement de la défaite : l'homme qui rêve cède à l'homme qui vote, l'homme qui vote à l'homme qui consomme, l'homme qui consomme à l'homme à bonne conscience. Au-delà, il n'y a rien de plus féroce. | | | | |
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| | | | L'Histoire est finie, parce que l'homme n'est plus un être historique. Il n'est désormais qu'anecdotique. Il vit en synchronie, toute diachronie étant vécue comme anachronique. | | | | |
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| | | | Face aux furibonds de tout poil, on vous dit : « il ne faut pas s'en prendre aux hommes mais réfuter leurs idées ». Mais les idées qui menèrent les hommes aux pires calamités furent parmi les plus belles et irréfutables ! Prenez l'idée nihiliste (intime) et les monstres (socio-politiques) qui en naissent : le nazisme et le bolchevisme. L'homme est bien un ange d'idées, s'exprimant dans un langage de bêtes. Il s'agit d'identifier la bête. Il faudrait n'encourager que le mouton, l'écureuil et la fourmi. Se méfier de rossignols, chouettes, aigles, lions, chats. En fin de compte, tout ce qui est beau et séduisant n'aurait-il sa place que dans des zoos, musées et bibliothèques ? | | | | |
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| | | | Ces minables rebelles d'aujourd'hui - transgression des règles des autres, agression du temporel, progression vers le rationnel. Cette belle résignation - créer des règles qui n'ont de sens que dans ta solitude, où se rêve le hasard. | | | | |
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| | | | De belles âmes oratoires soufflent la flamme de la révolte. De grises âmes aléatoires montent sur les brèches. Après le déblaiement de barricades, profitent de l'accalmie - de basses âmes jubilatoires. | | | | |
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| | | | De nobles têtes combattent la tyrannie du salaud grotesque, en le fuyant comme une peste, pour aboutir à la préséance du salaud raisonnable, qui finit par les infecter et par les désennoblir. | | | | |
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| | | | La liberté, c'est ce qui nous autorise à vivre de ce que nous sommes : la banalité et l'impuissance. L'oppression nous force à réinventer ce que nous aurions pu être : des chimères envoûtantes et irrésistibles. | | | | |
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| | | | Une tyrannie prolonge la vie des âmes nobles et … des âmes basses. La démocratie, en rendant toutes les deux calculatrices et transparentes, en fait un mélange homogène et indiscernable. | | | | |
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| | | | On prêche la générosité et la noblesse - on se retrouve dans une tyrannie, une grisaille, un règne des sots pérorants. On se fie à l'inclémence et à la bassesse - on débouche sur la liberté, la monotonie, le règne des sots agissants. | | | | |
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| | | | À chacun un siège, à ses nom et place, telle est la démarche des maîtres de cérémonie démocratique ou tyrannique. Le convive ironique s'assoit entre deux chaises quand il ne pratique pas la politique de chaise vide ou de table rase. | | | | |
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| | | | La liberté naissante est toujours touchante ; la liberté jeune est affriolante ; la liberté mûre est dégueulasse. Heureusement la liberté n'est jamais vieille - subissant d'innombrables greffes de tout ce qui est vital, elle est momifiée pendant sa maturité. La tyrannie, elle, sait garder l'éternelle jeunesse du mensonge. | | | | |
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| | | | Bilan de l'expérience communiste : un excellent sujet de discussion dans un club de gentlemen ; une fois lâché dans la foule, il mène inexorablement à la délation et à la torture. | | | | |
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| | | | Un horrible mufle fut le seul à vivre sous l'enseigne de l'Amour, les autres affichant l'Argent ou le Gourdin. Le hideux édifice s'écroule ; tous soupirent : l'amour, ce gêneur, peut être définitivement écarté du décor public. C'est ce qu'ils appellent effondrement des idéologies. | | | | |
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| | | | Le communisme ne peut être désiré que par des poètes, imposé que par des assassins, maintenu que par des débiles. | | | | |
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| | | | « Soyons compétitifs » - ça permet de produire les meilleures marchandises et les pires des crapules. « Soyons frères » - ça te sauve de la surabondance du remords mais pas de la pénurie des devantures. | | | | |
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| | | | L'idée communiste : faire du père Noël un dictateur. On vit, que non seulement les cadeaux devenaient rares mais qu'on manquait cruellement de chaussures. Deux solutions : ne le laisser s'occuper que des heures astrales, faire jouer son rôle à la vente par correspondance. L'humanité choisit la seconde voie. | | | | |
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| | | | S'apitoyer sur les hommes, on vit bien où cela mène : le XVIII-ème siècle le vécut comme un mystère, le XIX-ème comme un problème, le XX-ème comme une solution. Des larmes de la nature, à celles de l'intellect et, enfin, à celles d'un martyre. De bons bergers comme de bons philosophes n'existent qu'en solitude. En foires, ils sont, tous, des badauds. Les hommes ne méritent que ce que la liberté leur prédestine - être des négociants. | | | | |
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| | | | L'homme libre d'aujourd'hui ne connut ni l'élan, ni l'écartèlement, ni le joug d'une idylle politique défiant la force de l'argent. Il ne connut que le règne, sans partage, du boutiquier. Les cobayes des expériences poético-inquisitoriales devinent plus aisément les délices d'une société des marchands, que les adeptes de la vérité économique n'imaginent les horreurs d'une vérité utopique faite chair. Plus on est libre, plus on est aveugle. « Voltaire a dit : plus les hommes seront éclairés et plus ils seront libres. Ses successeurs ont dit au peuple, que plus il serait libre, plus il serait éclairé ; ce qui a tout perdu » - Rivarol. | | | | |
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| | | | Le meilleur compagnon du prince, aujourd'hui, est le journaliste. Et dire qu'on vit Anaxagore admiré par Périclès, Aristote et Pyrrhon auprès d'Alexandre, Sénèque écouté par Néron, Boèce toléré par Théodoric, St Thomas invité par St Louis, Pic de la Mirandole avec son mécène Laurent le Magnifique, Érasme auprès de Charles-Quint et de Vinci auprès de François 1er, Th.More apprécié de Henry VIII, Michel-Ange recherché par Jules II, F.Bacon par Elizabeth, Leibniz par Pierre le Grand, Voltaire par le Grand Frédéric, Diderot par la Grande Catherine et même Malraux par de Gaulle, ou tout au moins Guitton par Mitterand. Je prédis, que les prochains princes seront journalistes, eux-mêmes. « Qualis grex, talus rex ». | | | | |
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| | | | L'hypothèse inverse : et si les Virgile ne pouvaient surgir que sous les César (de sceptre ou d'ambition), et jamais – sous un régime parlementaire ? L'extinction de l'intellectuel universaliste, dans des sociétés dirigées par des cornichons d'avocats, y trouverait sa justification. Et ta tristesse passagère tournerait en deuil définitif. | | | | |
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| | | | Totalitarisme : fixer le prix de la vérité. Démocratie : marchander le prix de la vérité. Aristocratie : offrir ou sacrifier des vérités. | | | | |
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| | | | Ni les tyrans ni les démocrates ne veulent partager le pain, mais tiennent à ce qu'on partage leurs idées : mensongères et belles, dans le premier cas, véridiques et viles, dans le second. L'aristocrate, en revanche, n'est pas un partageux d'idées mais il partagerait son pain avec le faible. | | | | |
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| | | | Ne pouvoir respirer à pleins poumons (l'horreur les dilate !) que dans une société vermoulue. Étouffer dans une société aseptisée (les émanations de l'ennui sont trop toxiques !). Sort réservé aux ascètes et aux esthètes. | | | | |
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| | | | Tous les problèmes de politique pragmatique se réduisent à ces deux casse-tête : comment conduire les ressources d'action des lucratifs et comment réduire les ressources d'inaction des contemplatifs. | | | | |
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| | | | L'élitisme politique : non à la lutte des masses, des classes, des races, où l'on remporte des victoires claniques ; oui à la lutte des as, où l'on porte le poids des défaites communes. | | | | |
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| | | | L'idée qu'un homme quelconque en vaut un autre est une idée aristocratique. L'idée démocratique est qu'il faille permettre à un homme quelconque de dominer un autre s'il en a des moyens légaux. L'idée tyrannique est, qu'un chef élu de Dieu vaut mieux qu'un élu des hommes : « Il est plus facile à un chameau de passer par un chas d'aiguille, qu'à un grand homme – d'être découvert par une élection » - Hitler - « Eher geht ein Kamel durch ein Nadelöhr, ehe ein großer Mann durch eine Wahl entdeckt wird ». | | | | |
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| | | | Que l'histoire eschatologique se fasse désormais sans l'homme, sans fin ni valeur, soit. Mais que l'homme se résigne à vivre sans l'Histoire initiatique est un spectacle autrement plus affligeant. L'Histoire, entièrement discrète, ignorant toute continuité et composée des seuls tournants. L'Histoire est faite de commencements aux suites imprévisibles. Or, aujourd'hui, l'essentiel de l'homme est lamentablement prévisible, calculable et reproductible. | | | | |
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| | | | La démocratie vaincra, car elle est le seul modèle qui appelle à s'unir, tous les autres commençant par le désir de se diviser. | | | | |
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| | | | Ce n'est pas l'absence des premiers qui me frustre dans la démocratie, mais l'absence d'écarts, de visages : des coordonnées, des numéros d'ordre, on déduit la totalité du titulaire. Le n -ème membre découle entièrement du n-1 -ème et du n+1 -ème et aucun n'a de curiosité pour son premier terme ni ne tend vers le dernier, vers ses limites. | | | | |
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| | | | Il s'avère, hélas, qu'au lieu d'abattre le veau d'or afin d'en extraire du misérable corned-beef, il est plus pratique de l'engraisser pour en faire une vache à lait. Comme il est raisonnable de pousser l'agneau, qui se frotte aux autels, vers le troupeau de moutons le plus proche. Ou le bouc-émissaire - vers la cité, pour que l'air de ton désert reste respirable. | | | | |
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| | | | La barbarie et la poésie s'opposent à l'idée démocratique. Le démocrate borné, et c'est le cas le plus répandu, les confond. Les plus grandes calamités du siècle dernier n'ont pas pour origine une barbarie - la soif de pouvoir, l'intolérance, la brutalité - mais bien une poésie - la grandeur, le déni de la force marchande, la vision eschatologique de l'homme. | | | | |
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| | | | L'individualisme est à l'origine des monstruosités du siècle dernier, individualisme du héros ou individualisme du fourbe. C'est la démocratie qui l'emporte, c'est-à-dire le collectivisme, celui de l'espèce la plus grégaire, du marchand. | | | | |
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| | | | Le plus grand acquis de la liberté est la conscience sereine. Jamais, au pays des tyrans, on n'empruntait le chemin de la bassesse avec une telle paix d'âme. | | | | |
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| | | | Aucune tyrannie ne réussit jamais à constituer une meute aussi impitoyable et solidaire que le troupeau démocratique. La meute pourchasse ce qui bouge et laisse en paix ce qui s'immobilise ; le troupeau piétine ce qui cherche à se détacher de la terre. « Une fois dans la meute, tu as beau aboyer, il faudra bien que tu frétilles » - Tchékhov - « Попал в стаю, лай не лай, а хвостом виляй ». Et asinus asinum fricat… « Pour être membre honorable du troupeau, il faut que tu sois déjà mouton toi-même »** - Einstein - « Um ein tadelloses Mitglied einer Schafherde sein zu können, muß man vor allem selbst ein Schaf sein ». | | | | |
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| | | | Le coup que tu reçois dans une tyrannie s'identifie avec l'esprit d'un tyran, que tu pourras haïr. Dans une démocratie, ce coup est anonyme, dicté par la lettre. La haine charnelle nourrit un désespoir vivant, l'avanie mécanique fait désespérer de la vie. | | | | |
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| | | | Les sociétés fermées se projettent sur le firmament voûté ; les sociétés ouvertes - sur les platitudes de l'histoire. Dans les premières on redresse les têtes récalcitrantes - par le bâton ou par la boue sous les pieds. Dans les secondes on les rabaisse - par la carotte et par le vide des cieux. | | | | |
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| | | | Tous les tyrans promettent le règne de l'esprit, de l'idée, du mot. L'homme libre se contente de vénérer la lettre. | | | | |
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| | | | Le faible, qui est toujours un peu sauvage, et le rêveur, qui est toujours un peu fripouille, n'ont rien à attendre de la démocratie qui est la liberté du boutiquier, prude et probe, et du loup, pavoisé et apprivoisé. Ils sont caciques ou sous-fifres, à tour de rôle, rôles que répugnent les faibles comme les rêveurs. | | | | |
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| | | | La forme que prend le débat des idées : en Russie - le sermon sur la Montagne ; en Allemagne - l'ascension d'un cénobite ; chez les Anglo-Saxons - le pragmatisme démocratique ; en France - la guerre civile. | | | | |
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| | | | On ne peut penser librement que sous un joug. Imposé par des autres - une tyrannie, ou par toi-même - des contraintes. Débarrassé de ses fers, l'homme mourra esclave (c'est du Rousseau revisité). La façon dont la plupart des hommes parlent de la liberté est franchement grégaire. | | | | |
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| | | | Dans la réussite, les savants d'antan se retrouvaient en compagnie des poètes. Aujourd'hui, dans celle des managers et des sportifs. Aujourd'hui, la spéculation scientifique éloigne de la culture aussi sûrement que la spéculation immobilière. | | | | |
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| | | | Aujourd'hui, plus planétaire est l'événement, plus il relève de la rubrique des faits divers. Bientôt le seul moyen de s'accrocher à l'universel sera de rester à l'ombre de son clocher. | | | | |
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| | | | L'humanisme, c'est de l'estime pour la solitude de l'homme - face à Dieu, à l'Histoire, à la biologie - et pour sa grandeur - face à l'économie, à la nature, à la culture. Toute religion, toute politique ne peuvent être qu'anti-humanistes. | | | | |
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| | | | Les étapes successives de l'évolution moderne : dévitalisation, désublimation, neutralisation. Mais les révolutions faisaient pire : polarisation, sublimation, décapitation. Se réfugier dans l'involution : se méfier de la tête et vivre des charges de l'âme. | | | | |
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| | | | Les hommes les plus terrorisés par l'avènement de la machine dans les affaires humaines sont ceux qui en sont paradoxalement les plus proches, par l'exclusion du cœur de tout débat vital. | | | | |
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| | | | Tous ceux qui essayèrent d'adoucir les instincts de loup chez l'homme, finirent par s'abêtir. Plus haute est la voix vengeresse, plus basse est l'oreille qui la suit. De bas appétits, en haute montagne, transforment d'inoffensifs moutons en charognards redoutables. | | | | |
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| | | | L'urgence des rendez-vous de la Justice nous fait oublier les signaux de la Sagesse. On se fait écraser sous les roues de l'Histoire, ou l'on se retrouve dans un cul-de-sac du Progrès ou dans les embouteillages de la Peur. La Justice, c'est l'Égalité de choix de fourrage, la Liberté de sa digestion et la Fraternité entre le Fort et le Faible. | | | | |
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| | | | Tes compères républicains : liberté des délicats, fraternité des non-jaloux, égalité des humbles. | | | | |
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| | | | La tyrannie se faufile à travers la prétention de l'incapable (doux rêveurs, assassins ou poètes) d'imposer l'illisible (la charité, la noblesse). Le capable (disciple de Mercure) l'évince dans une émulation transparente arbitrée par la foule. | | | | |
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| | | | Toute dictature débouche sur la tyrannie des médiocres. Ceux-ci comprennent, que leur seule chance de se nimber est de s'allier aux échappées lyriques de la gent-de-lettres esseulée qui devrait s'en estimer heureuse. La démocratie ne favorise que le possédant. | | | | |
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| | | | Le malheur, c'est la peur, mais le bonheur, ce n'est pas son absence. La tyrannie, c'est le mensonge, mais la vraie liberté, c'est bien plus qu'éviter le mensonge. | | | | |
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| | | | XVII-ème siècle - désert des vérités éternelles ; XVIII-ème - oasis des bons sauvages ; XIX-ème - mirage du progrès ; XX-ème - hallucination des révolutions ; XXI-ème - bagne du nouveau Moyen Âge. | | | | |
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| | | | Les calamités des siècles passés furent souvent dues aux coups de canif au contrat social qui liait les puissants à la plèbe ; le roi mystifiait, le parlement jouait la comédie, le général bombait le torse. Et la recherche de la vérité y fut celle du bien. De nos jours, où peu s'en faut pour que le mensonge disparaisse définitivement de la scène publique, remplacé par d'odieuses vérités, tout le monde est persuadé, que tout dysfonctionnement vient des prétendues duperies ou cabales. Personne ne prête plus l'oreille à la voix du bien personnel, noyée dans le brouhaha des vérités collectives ; chacun est sûr de tenir sa vérité personnelle au bout de son droit, moyennant quelques devoirs monétaires au bien collectif. | | | | |
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| | | | Cette société blasée, ravagée par la vérité et l'information transparentes, ne parle que de menteurs et de désinformateurs. | | | | |
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| | | | L'histoire n'illustre aucun sens caché ni n'enseigne aucune leçon. Mais, tout comme la Bible, elle fournit un vocabulaire. Chacun est libre d'écrire en palimpseste sa propre légende. | | | | |
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| | | | Sur les espèces promises à survivre : dans une tyrannie, s'épanouissent des caméléons, ânes, perroquets ; la liberté favorise les fourmis, hyènes, loups. L'homme solitaire est aigle ou taupe, dans le premier cas, chien ou cigale, dans le second. | | | | |
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| | | | En quoi la force de l'argent est plus honorable que la force du glaive ? Celui-ci faisait trembler pour notre corps, celui-là - pour notre âme. | | | | |
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| | | | Plus le système de sélection sociale est rigoureux, plus le hasard est roi et plus vénéré est le culte du mérite. Travailler dur, saisir l'occasion, gérer l'implantation - le même discours chez les épiciers, les industriels, les intellectuels. Tandis que leurs triomphes se réduisent, la plupart du temps, à se trouver au bon moment au bon endroit. Et toi, adepte du « aux lieux et temps imprévisibles » (« incerto tempore, incertisque locis » - Lucrèce), tu en es un raté tout désigné. | | | | |
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| | | | L'acculturation est plus certaine quand la culture est placée à côté de la comptabilité plutôt qu'à côté d'une idéologie ou d'une religion. La terreur, l'humiliation ou l'humilité préservent la culture ; la bonne conscience, la dignité intacte ou l'orgueil l'érodent. | | | | |
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| | | | Ce qui prouve, que le sacrifice et la fidélité sont des mouvements innés et divins, c'est le besoin qu'éprouve aujourd'hui le loup de faire des sacrifices, le jour de kermesses ou grand-messes, et le mouton de rester fidèle au troupeau tout en proclamant de ne plus en faire partie. L'agneau et le bouc émissaire sont des poses surannées, dont rêvait l'ange. | | | | |
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| | | | Le socialisme serait hideux, puisqu'il tend vers le moindre mal au lieu du plus grand bien. Il est beau, votre capitalisme, qui se débarrasse allègrement de toute cette dimension du bien et du mal, pour rester dans la platitude, sans relief, de l'argent. « La foule, où rien ne s'élève ni s'abaisse »* - Tocqueville. | | | | |
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| | | | La seule activité libre, incompatible avec la démocratie, semble être l'art. Les sobres droits de l'homme dégrisent le devoir capiteux de l'artiste. | | | | |
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| | | | Le démocrate veut compter les voix, le tyran les orienter, l'aristocrate peser ou, mieux, moduler - testes non numerantur, sed ponderantur. | | | | |
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| | | | La démocratie ne se justifie que chez les barbares, chez qui la seule alternative est la tyrannie. L'appel à l'aristocratie comme mode de cohabitation n'est envisageable que chez des nations évoluées. Mais l'évolution, au rebours de la révolution, c'est, avant tout, la réduction des dictionnaires ; le vocabulaire aristocratique est toujours neuf et toujours intemporel. | | | | |
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| | | | Être libre, au sens banal du mot, c'est ne plus éprouver le besoin de se donner des contraintes. Mais la différence entre les contraintes et les buts est que les premières, non-écrites et arbitraires, viennent du goût ou de l'âme, tandis que les seconds, toujours écrits et communicables, sont dictés par l'esprit ou le troupeau. | | | | |
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| | | | Tout bel appel à une meilleure justice se terminait dans le sang. Tout appât du gain sordide faisait avancer la machine sociale. Les défenseurs du genre humain sont, aujourd'hui, tous, dans les affaires, quand ils ne sont pas devenus misanthropes. | | | | |
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| | | | Ce qui justifie peut-être le règne des marchands est le mérite de libérer l'énergie des salauds possédants et de mettre au travail les salauds dépossédés. Mais que celui qui n'est ni entreprenant ni paresseux en pâtit… | | | | |
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| | | | Le conformisme des sots : se rebeller bruyamment contre un effet tout en en admettant, en silence, la cause. (« Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu'ils en chérissent les causes »** - Bossuet). Par exemple, la misère d'un faible, avec son amor fati, face à la loi de l'homo faber. L'impuissance du politique face à l'homo mercator, au culte de Mercure. L'esquive du philosophe de la caverne devant l'agitation de l'homo viator. | | | | |
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| | | | Voter pour le marchand, en première manche, est sage ; le respecter est une autre paire de manches. Mais cette « trahison est nécessaire, pour rendre la cité plus libre » - Socrate. | | | | |
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| | | | Ne pas avoir trempé dans aucune des saloperies majeures du siècle dernier est, le plus souvent, signe de médiocrité pour quelqu'un qui fut mêlé à l'action malgré son goût pour le mot. Et pourtant, l'Europe bien pensante est toujours à la recherche de ces purs insipides, à ériger sur le socle vidé des enthousiastes. | | | | |
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| | | | Devant l'échec de tous les maximalismes, l'intellectuel tente de se réfugier dans des positions minimales. Il aurait dû plutôt soit ne pas prendre position du tout, soit trouver de la beauté dans des ruines ou de la vétusté dans ce qui rutile. Mais les dispositifs du rebelle sont si voyants, et invisible - la pose du résigné. | | | | |
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| | | | Le rêve de l'intellectuel européen - qu'on le déclare dangereux, qu'on cherche à le mettre au pas, qu'on le marque du sceau d'infamie, qu'on l'embastille. Mais sa confrérie ne suscite pas plus d'inquiétude que le syndicat d'épiciers (le charlatanesque Nolain, auréolé de quatre excommunications, le rocambolesque Th.More, béatifié et par le Vatican et par le Kremlin, sont jalousés pour leurs nimbes, qu'on refuse au conformisme montanien). Ce sont bien les meilleurs qui régentent la Cité, c'est un constat désarmant pour le fustigeur de métier. | | | | |
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| | | | Ce n'est pas pour sa faiblesse que je tiens en piètre estime la démocratie mais bien pour sa force. | | | | |
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| | | | Le même cercle vicieux, dans les cycles prophétie - apostolat - cléricature et économique - politique - éthique. Le gardien du clocher se rapproche des sibylles de passage, l'incorruptible s'acoquine avec Mercure. | | | | |
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| | | | Les bûchers disparurent, mais la sainte simplicité se répand. Les candidats au martyre dénoncent le feu, tandis que c'est le paisible geste du passant qui nous marque au fer rouge. | | | | |
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| | | | L'abjecte qualité, qui a le plus bel avenir, est le sens des responsabilités. Elle décharge la société de l'assistance au faible, accorde au calculateur le prestige, dont seul le danseur aurait dû se prévaloir et, surtout, elle pousse tout danseur à devenir calculateur. | | | | |
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| | | | L'ennui d'un effort de survie est la première embûche sur la voie de la liberté. Eux et nous, le premier réflexe d'un esclave social, quelqu'un m'aidera et solidarité des solitaires qui souffrent en est le deuxième, répugnance devant tout ce qui est fastidieux - le troisième. L'homme devient libre quand il se dit je suis seul, se désintéresse de la souffrance d'autrui et accepte n'importe quoi pour survivre et rester dans le troupeau. | | | | |
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| | | | Être libre, détenir la vérité, se connaître – jadis, ce furent des poses hautaines, hier, ce fut une posture profonde, aujourd'hui, c'est une position bien plate. | | | | |
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| | | | La société d'aujourd'hui : l'anorexie des assoiffés, l'apoplexie des rassasiés. | | | | |
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| | | | Dictature du cœur ou dictature du muscle, tout les oppose en leitmotive, tout les confond en finales. On devrait n'en garder que les ouvertures, vivace, cantabile. Laisser à la dictature de l'argent tous les développements, ma non troppo. Laisser en vibrati le cœur et le muscle contents, avant que l'argent comptant ne décoche la flèche finale en moderato, disparaître au moment même, où s'allume ta lampe d'Aladin : « L'argent comptant est la lampe d'Aladin » - Byron - « Ready money is Aladdin's lamp ». | | | | |
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| | | | Les chars russes à Prague ne discréditent pas l'idée communiste, les conseillers américains à Santiago discréditent l'idée libérale. La première réside dans un mouvement du cœur, la seconde dans un mouvement des bras. | | | | |
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| | | | Le devoir de mémoire face au droit de distance avec ce qui t'est le plus proche. Après Auschwitz, Hiroshima et le Goulag - élargir l'ironie du langage, plutôt que faire d'une pitié emphatique un horizon étroit. | | | | |
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| | | | Une des raisons sociologiques de se méfier de liberté et démocratie : ces mots sont l'ultime recours des boutiquiers, à la recherche du ton véhément. Le libre échange se prête mal au pathétique. | | | | |
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| | | | Une erreur esthétique : chercher des tares sociales du capitalisme - mais celui-ci y a réussi mieux que toutes ses féroces alternatives. Ce qu'il y a de hideux chez lui vient des rapports entre les faibles et les forts, entre la sagesse et l'efficacité. | | | | |
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| | | | La Russie est trop pleine d'une vie sans forme ; je me réjouis chaque fois qu'elle se tourne vers les autres pour se manifester. La France brille par un vide vital, que ne façonnent que les délicats ; je me récrie plus que le Français de souche contre ses emprunts au communisme russe, à l'ordre allemand ou à la puissance américaine. | | | | |
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| | | | Je sais bien, que la résignation colla toujours au nom des esclaves. Cependant je vois, que les plus résignés aujourd'hui se trouvent parmi les hommes les plus libres. | | | | |
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| | | | Dans l'Histoire il n'y a ni périodes critiques ni périodes organiques. C'est l'œil de l'homme qui impose des brisures et des continuités et fait reconnaître un faux vainqueur ou un vrai vaincu : « La tradition des opprimés est un espoir de briser la continuité de l'histoire ; la continuité est celle des oppresseurs » - Benjamin - « die Tradition der Unterdrückten ist eine Hoffnung, das Kontinuum der Geschichte aufzusprengen ; die herrschenden Kräfte stellen sich in der Kontinuität dar ». Tourné vers le futur, c'est du pressentiment bête, vers le présent – du ressentiment instructif, vers le passé – du sentiment intelligent. | | | | |
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| | | | L'échelle la plus profonde qui s'applique aux hommes est celle qui va du plus faible au plus fort. Mais elle est brouillée par les tracés, sans intérêt, des classes, des mérites, des chances. | | | | |
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| | | | Au pays du nationalisme le plus féroce naissent bizarrement les mots Weltliteratur, Weltschmerz, Weltanschauung. Au pays des désastres grégaires et sauvages - boyard, nihiliste, intelligentsia. Contrairement à : snob, spleen, humour qui coulent de source. | | | | |
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| | | | L'implantation patiente de l'homo oeconomicus et de l'homo communicans fait propager l'honnêteté, la tolérance et la bassesse. Mais toute tentative de cultiver, sous contrainte, la noblesse de masse fait pousser la fourberie et le fanatisme. | | | | |
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| | | | Pour mettre à l'épreuve nos yeux et oreilles, les lendemains devraient se taire et le passé - être imprévisible. Plus on est sans voix, plus on prête l'oreille aux lendemains qui chantent. Plus les œillères enveloppent les yeux, plus la rétrospective devient diaphane. | | | | |
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| | | | Les USA - le meilleur accoucheur de la liberté extérieure et le meilleur fossoyeur de la liberté intérieure. | | | | |
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| | | | Quand la déforestation progresse dans les têtes, la loi de la jungle prend forme d'un code de la route vers le progrès. Et voilà le bon sauvage traité en auto-stoppeur. | | | | |
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| | | | Dans la tradition européenne, le goût des élites dictait le prix de la chose culturelle. La démocratie finit par élever la jugeote de l'homme moyen au grade du juge suprême. Et c'est ainsi que l'hégémonie acculturelle américaine naît plutôt à Paris qu'à New York. | | | | |
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| | | | Convertir ou subvertir, à l'époque où il traînaient encore quelques idées non éprouvées par l'acte, est remplacé aujourd'hui, par divertir. Même invertir n'y échappe pas. La contestation ou la fondation d'églises doivent être divertissantes. | | | | |
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| | | | Là où triomphe la liberté économique, se répand la jungle de la force (« la force de la meute est dans le loup » - Kipling - « the strength of the Pack is the Wolf »). Là où pousse, timidement, la fraternité humaine (« la force du loup est dans la meute » - « the strength of the Wolf is the Pack »), s'élargit le terrain vague et s'enhardit la mauvaise herbe. | | | | |
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| | | | L'Histoire fut possible grâce au poids des liens arbitraires ou imaginaires. Sa fin, c'est la reconnaissance que la seule authenticité est dans les relations commerciales, au réalisme pré-programmé. « La croyance utopique implique une radicale insincérité » - Ortega y Gasset - « La creencia utópica implica una radical insinceridad ». | | | | |
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| | | | Quand une pudique générosité s'autorise à violer les règles mercantiles, le prochain viol pourrait provenir d'un vol impudent. La stricte déférence du cadre achat-vente, de la vénalisation douce, rend l'humanité aimable et sage. | | | | |
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| | | | Le bonheur des peuples est affaire des banquiers et des requins, le bonheur d'un homme est affaire de ses rêves (avant sa sécheresse) et de ses colombes (après ses déluges). | | | | |
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| | | | Ce qui, jadis, par un mécénat incontrôlable, permettait à l'artiste de survivre, sera tôt ou tard traité d'emplois fictifs, de détournements de fonds, d'abus de biens sociaux. La fonction publique le recalera à cause de ses hors-sujet, son seul refuge sera la banque. | | | | |
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| | | | Derrière la justice des hommes se devine toujours la soif de vengeance, derrière le culte du mérite - le commerce. Préférer au tumulte du semi-lucre - le culte du simulacre. Chercher Venise par temps sec. | | | | |
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| | | | Justification du culte de la résignation : plus les hommes se soumettent au règne du boutiquier, plus y gagnent la justice et l'égalité. Plus vil est le héros du jour, plus constructif est l'élan des jeunes. Plus gris est l'horizon des désirs, plus de couleurs offre le terre-à-terre des actes. | | | | |
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| | | | En fait de PNB et de libertés, aucune noble révolte ne fit jamais rien avancer ; le moteur du progrès fut toujours le paisible salaud, profiteur de l'ordre établi. | | | | |
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| | | | Le danseur espérant égaler le calculateur, une fois aux affaires, - tous les cataclysmes du XX-ème siècle viennent de cette funeste illusion. Ceux qui refusent de réduire leurs vies à la marche, leurs voix aux sondages d'opinions et leurs âmes à la messe dominicale continuent à escamoter cette fatale évidence. | | | | |
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| | | | Ma position, dans cette société réussie, c'est un conservatisme radical, assorti, pour cette société, d'une radicale répugnance. | | | | |
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| | | | L'idéal politique : une démocratie forte ne s'occupant que des faibles. Mais cette ambition servit toujours de prélude à toutes les tyrannies. « Toujours la tyrannie a d'heureuses prémices » - Racine. Cercle vicieux qui nous pousse à désirer le seul règne qui marche, celui des marchands. | | | | |
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| | | | Jadis, le monde libre fut séparé du monde asservi. Aujourd'hui, la frontière entre liberté et esclavage passe à travers chacun de nous. Les mains, le cœur et presque tout ce qui est viscéral vivotent, mécaniques et serviles, et il ne vibrent, dans la zone libre, que les producteurs de bile et de fiel. | | | | |
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| | | | L'irrésistible puissance de l'argent provient du fait que, contrairement à tout ce qui est noble, il n'a pas d'adversaires à mépriser ; il est prêt à s'acoquiner avec un bourreau ou avec un poète, avec un comptable ou avec un philosophe. Un poète a même dit : « Dans ses effets et lois, l'argent est aussi beau que la rose » - « Money is, in its effects and laws, as beautiful as roses ». | | | | |
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| | | | Le progrès palpable de notre société : l'accumulation cède le pas à la capitalisation, avec un taux de pénétration des âmes à valeur ajoutée jamais atteint. Les méfaits du progrès : le micro fit taire les Voix d'ailleurs, le train fit déblayer les Voies impénétrables. | | | | |
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| | | | Plus les hommes s'agitent plus ils deviennent libres. Plus l'homme s'agite et plus il est esclave. Le tumulte chasse le poète : du forum - dans le premier cas, de ton propre cerveau - dans le second. | | | | |
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| | | | Au sens banal du mot, n'est libre que la société des tyranneaux campés sur leurs droits. Au sens pur du mot, seuls les serviteurs de Dieu se libèrent en plaçant tout droit tonitruant derrière un devoir muet. | | | | |
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| | | | Et si ce qui condamne fatalement toute utopie humaniste n'était pas la bassesse du possédant mais la paresse du dépossédé ? | | | | |
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| | | | La santé d'une nation se reconnaît dans la similitude des voix rebelle et conservatrice. Quand le mutin est plus flamboyant, la nation est jeune. Quand le conformiste éclipse les révoltés, c'en est fini de la fécondité de la nation. La rébellion, c'est la mauvaise herbe, la grégarité ce n'est que du fourrage, jusqu'au lendemain qui renonça d'être radieux. | | | | |
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| | | | Le détachement de l'histoire est signe d'une forte personnalité ou d'une lamentable société. | | | | |
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| | | | Les incompris d'antan, c'étaient ceux qui se permettaient trop d'avis. Aujourd'hui, ce sont ceux qui n'en ont pas. Les faux maudits sont ceux qui s'affichent en victimes de censure, d'interdictions. Le grognon officiel, aujourd'hui, est aussi gris que le conformiste souterrain. On ne les distingue plus. | | | | |
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| | | | On ne dénoncera jamais assez la règle tyrannique : cujus regio ejus religio, mais voyez l'ennui de sa contrepartie démocratique : cujus religio ejus regio et consentez, que la meilleure attitude est peut-être : religio sine regie. | | | | |
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| | | | Deux idoles possibles : l'expansion ou la fraternisation. La procession de la première : ennui, robotisation, progrès ; de la seconde : enthousiasme, tyrannie, faillite. Refuser cette dichotomie, c'est être bête à pleurer ou démagogue à lier, ou les deux à la fois. | | | | |
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| | | | Dans les affaires des hommes, ce n'est pas sa stérilité qui me fait mépriser l'imprécation, mais, au contraire, son indéniable efficacité. | | | | |
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| | | | La caserne se fait rare, nul n'est plus enrégimenté. Le troupeau quitta la rue et s'installa dans la cervelle, où il se reproduit mieux que jamais : la cinquième colonne dans la quintessence de l'univers. | | | | |
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| | | | On continue à faire appel à l'agneau sacrificiel et au bouc émissaire, mais on les charge, aujourd'hui, de leur propres péchés et non pas du sien propre, tout en dépeignant préalablement ces animaux comme bourreaux ou bêtes de proie. Jamais les abattoirs ne présentait une telle correctness. | | | | |
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| | | | L'histoire de l'humanisme : le XVI-ème siècle - le pathos d'une révolte, le XVII-ème- la passion d'une utopie, le XVIII-ème - l'élégance d'un rêve, le XIX-ème - la grandeur d'une théorie, le XX-ème - l'horreur d'une réalité, le XXI-ème - l'ennui de l'inutile. | | | | |
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| | | | Signe du barbare : l'assujetissement anonyme, la démocratie, provoquant le même rejet que l'assujetissement personnalisé, la tyrannie ; la chose vue, la loi, étant la même contrainte que le regard, le visage du tyran. L'homme évolué, lui, est homme de théâtre : accepter le masque pour se passer de visage, se contenter de la scène pour étaler sa vie. | | | | |
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| | | | La fin de l'Histoire veut dire, que forger ou subir sa destinée sont désormais synonymes. D'inspiratrice de l'être (Hegel), l'Histoire se mua en productrice de l'avoir (Marx). Tout volontariste n'est désormais qu'opportuniste. D'où le culte de Napoléon et l'oubli de Pierre le Grand. | | | | |
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| | | | Ce n'est pas à cause d'un prétendu gouffre grandissant entre la vie réelle et les intellectuels, que ceux-ci disparaîtront de la scène. C'est, au contraire, à cause de leur fusion journalistique avec la vie réduite aux statistiques. Ce gouffre béni aura existé pendant 250 ans, mais des pelletées des Balzac, Dickens, Hugo, Tolstoï, Sartre l'ont comblé malgré quelques sapes des Flaubert, Nietzsche, Valéry. Jadis, on confondrait l'intellectuel avec le vagabond ; aujourd'hui, il est indiscernable d'avec le garagiste. | | | | |
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| | | | Tout est perdu, quand, au pays du rêve apollinien annexé par l'empire de Mercure, tout acte de résistance n'est ressenti par toi-même que comme astuce de collabo. | | | | |
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| | | | La Grèce démocratique livre l'aristocratique Socrate au poison. Notre démocratie neutralise toute aristocratie par des contrepoisons prophylactiques : injections vénales accordées à tout sujet frappé d'intelligence. | | | | |
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| | | | Notre époque n'a pas plus de goût pour l'instantanéité ou l'immédiateté que les autres, mais, en revanche, l'heure, la durée et la fréquence ne sont plus lues que sur les cadrans publics, sans vérification par notre horloge interne. | | | | |
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| | | | L'intellectuel de tous les temps, homme de noblesse et de hauteur, combattait une vérité dégradante et laissait le soin de s'attaquer aux mensonges - aux hommes d'action. Un respect mécanique de toute vérité et un culte de l'action expliquent, aujourd'hui, l'extinction de la race d'intellectuels. | | | | |
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| | | | Les combattants de la liberté n'eurent jamais pour adversaire des monstres tyranniques et haineux, mais bien d'insipides tenants de la routine et d'une inertie du statu quo. Mais ils furent plus jeunes, plus romantiques, plus pathétiques. La dévalorisation de la jeunesse, du rêve et du pathos sont à l'origine de cet immonde consensus qui a aplati la querelle de la liberté aujourd'hui. | | | | |
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| | | | Dans une tyrannie, j'admire et compatis à ceux qui souffrent, les meilleurs, une infime minorité, et ainsi, à mes yeux, la liberté rejoint l'élite des valeurs. Dans une démocratie, les médiocres, la majorité triomphante, m'écœurent, et la liberté dégringole parmi ce qu'il y a de plus vulgaire. La seule ratio essendi de la souffrance reste ta propre faiblesse (qu'aucune ratio cognoscendi ne calme : (« la pire des souffrances – avoir tant de visions et si peu de force » - Hérodote) - l'humiliant verdict démocratique, par négation, interdit aux élans de ta honte ou de ton orgueil tout appui terrestre. | | | | |
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| | | | L'égalité démocratique est du même ordre d'aberrance que la tordue égalité entre le Père, le Fils et l'Esprit Saint. La Loi vétéro-testamentaire sert de base à votre liberté, et votre fraternité se réduit à la sacro-sainte Djihad de tous contre tous. | | | | |
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| | | | Nulle part ailleurs le boutiquier n'est aussi omni-présent et omni-puissant qu'en pays européens sous régime monarchique. Les républiques, tout de même, laissent toujours une petite chance à la noblesse à ne pas être entièrement laminée par le lucre. | | | | |
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| | | | Peuple d'hommes de rêve, peuple d'hommes d'action, peuple d'hommes d'affaires - tel fut le cheminement de toutes les nations évoluées. L'élite, à contre-courant, fut en premier lieu dans l'action, puis dans le rêve - aujourd'hui, elle est dans les affaires, comme tous les autres. | | | | |
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| | | | On veut ranimer ou démultiplier la Croix - elle devient gammée ou se transforme en étoile rouge. Et l'on verra dans la croix une svastika castrée ou une étoile éteinte. | | | | |
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| | | | Un caporal (Hitler) en héros d'un humanisme belliqueux, un séminariste (Staline) en héraut d'un humanisme évangélique - les professionnels, les haut gradés, les généraux ou les papes, firent meilleure fortune dans le métier de racoleurs. | | | | |
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| | | | Mon acharnement contre les forts (et le robot, son aboutissement) suit, et parachève (?), une longue, et assez stérile, tradition française, où la cible fut : les scolastiques (Descartes), les cléricaux (Voltaire), les gentilshommes (Rousseau), les bourgeois (Flaubert), les intellectuels (mes contemporains). Hélas, vitupérer les zombies - Dieu, le peuple, l'ignorance - est un exercice sans grâce. | | | | |
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| | | | Toute la philosophie allemande d'avant Nietzsche préparait le chemin du robot, et paradoxalement ce sont les pires des robots allemands qui ont choisi pour symbole - Nietzsche ! On reconnaît une noble pensée par des catastrophes, que déclencherait sa mise en application. « Néron eût été un grand prince s'il n'eut été gâté par le galimatias de Sénèque » - Ch.Fourier. | | | | |
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| | | | La question de société qui est occultée par tous, tout en étant à l'origine de toutes les chamailleries, est : quelle doit être la récompense de la force (musculaire, intellectuelle, monétaire) ? La réponse, presque unique et presque unanime, est - l'argent. « On te range d'après ce que tu manges » - Feuerbach - « Man ist was man ißt ». Nos footballeurs, nos penseurs, nos banquiers exercent de plus en plus le même métier - ce sont des faiseurs d'argent. Sans cette récompense, les déserts de la pensée, aménagés aujourd'hui en sinécures, retrouveraient le béni inconfort des cavernes. | | | | |
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| | | | Plus une beauté est pathétique, mieux s'en accommode la scélératesse et la brutalité. La tolérance démocratique s'éduque dans la tiédeur et la mièvrerie. | | | | |
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| | | | La perte du sens du grandiose : les finalités de plus en plus vagues et les moyens, la raison instrumentale, de plus en plus efficaces, le désintérêt pour les commencements. Ces symptômes ont toujours précédé le déferlement de la barbarie. On tenta d'ajouter du lyrisme bleu aux horizons grisâtres ; le résultat - encore plus de gouttes rouges et d'injustice noire. Impasse. Montée inexorable du robot paisible et juste qui finira par détruire l'homme. | | | | |
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| | | | Tout regard sur le nazisme ou le stalinisme qui n'y décèle pas une part du lyrisme allemand ou russe et tente de les réduire aux tentations totalitaires est creux. Le ressort commun de ces deux monstres est une tentative pathétique de substituer au mesquin le grandiose. Une passion, pas une structure. Qui fait monter Wagner et Bakounine, en 1848, sur le même côté des barricades. | | | | |
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| | | | Le communisme est enfant des Lumières (Rousseau, Voltaire, Danton), comme le nazisme est celui de la Renaissance ou du Moyen Âge (le modèle de la SS de Himmler, ce Loyola de Hitler, fut l'Ordre des Jésuites, comme la Propagande de Goebbels s'inspira de la propaganda fide de la Curie romaine) ; mais le nihilisme de leurs homme ou ordre nouveaux doit beaucoup aux nouvelles valeurs de Nietzsche. L'exaltation et la création transfigurent l'homme ; elles défigurent les hommes. | | | | |
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| | | | Je peste contre le régime le plus juste, le plus efficace, le plus ouvert, mais sous lequel on se demande : « Qui rêve encore aux heures repues ? »* - Hölderlin - « In guten Zeiten gibt es selten Schwärmer ». Quelque chose d'essentiel manque d'aliments. L'âme ne se nourrirait-elle que de la misère d'un corps ou d'un cerveau en proie aux monstres. Face aux robots, elle s'étiole et s'affadit. | | | | |
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| | | | Que les impôts, les vitamines et le fait divers ne laissent plus le temps à la populace pour songer au salut du monde, - on doit s'en féliciter. Mais que la même sagesse frappe les élites, c'est odieux, corruptio optimi pessima. Entendons-nous : quand le patricien se met à réaliser ses beaux rêves d'un monde majestueux, il dépasse vulgum pecus en nocivité, il en devient même plus arrogant. | | | | |
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| | | | La vraie question, raciale et politique, n'est pas « quelles sont des races inférieures ? » mais bien « quelle doit être la liberté du fort et s'il doit sacrifier quoi que ce soit au faible (tout en sachant, que le faible d'aujourd'hui peut devenir le fort de demain) ». | | | | |
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| | | | Dès qu'on libère l'homme de ses attaches nationales pour le faire adhérer à l'universalité, il ne se précipite pas sur la poésie de ses voisins, il il a hâte de s'attacher à la seule loi vraiment universelle, celle du marché. | | | | |
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| | | | Tout ce que le rebelle institutionnalisé dénonce chez les hommes a toujours existé, c'est la qualité des dénonciateurs, en revanche, qui a beaucoup changé : la jeunesse sans bonne révolte, l'élite sans bon regard, le bon Dieu sans bonnes foudres. | | | | |
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| | | | Le goujat-esclave, le bureaucrate moscove, me poursuivit de sa hargne à cause de mon regard absent, ce qui n'empêchait pas mon verbe secret de respirer. Le goujat-maître, l'éditeur parisien, accueille mon verbe libre avec une indifférence qui brouille de rage mon regard, dont personne n'a cure. | | | | |
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| | | | Le progrès, dans toutes les sphères de la vie communautaire, est si évident qu'être homme du progrès est une trivialité de raison. Croire en régression impossible vers une éphéméride intemporelle - une alternative prophylactique pour échapper à la ringardise des aigris ou des nostalgiques de l'emphase persifleuse. | | | | |
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| | | | La voix grégaire : une révolte collective pour favoriser l'individu actuel ; la voix aristocratique : la résignation individuelle pour se retrouver dans un collectif inactuel. | | | | |
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| | | | En abolissant le culte du veau d'or, il faut savoir ne pas se laisser subjuguer par le prône de l'âne ou de l'hyène ou subir la procession des vaches maigres. | | | | |
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| | | | La révolte est dans l'esthétique et la révolution - dans le pragmatique. Motif et acte, le plaintif et le caritatif. Elles ne se rencontrent jamais sans s'horrifier mutuellement. Entre le motif et l'acte se faufile l'idée, qui est toujours près du premier, et c'est plutôt la bonne révolte que vise R.Debray : « Une révolution, c'est un triomphe de l'idée sur le fait » ; ajoutons que, en matière d'idées, le triomphe côté rue tourne toujours, et très rapidement, en débâcle côté âme. | | | | |
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| | | | Votre infâme inégalité matérielle engendre votre infâme égalité des goûts : vos poètes sont indiscernables des épiciers. L'aristocratie aurait plus de chances parmi l'égalité matérielle, où le goût du poème ne devrait rien à la graisse du repu ni au fiel du raté. « La racine et la source de l'amour s'appelle Égalité »* - Maître Eckhart - « Die Wurzel und die Ursache der Liebe ist die Gleichheit ». | | | | |
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| | | | Dans la liberté, se respectent les contribuables ; dans l'esclavage, se découvrent les amoureux ; l'homme libre se reconnaît dans la tolérance, l'homme asservi finit dans la haine : « Leur haine parlait au nom de l'amour » - V.Grossman - « Они ненавидели во имя любви ». | | | | |
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| | | | Deux côtés les plus originaux de notre époque, deux déchéances de regards : de celui des enfants - qui jadis portait le mépris et la révolte devant la crapulerie adulte - et de celui des sages - qui jadis n'affleurait même pas les choses. Aujourd'hui, la musique intérieure de leurs yeux céda la place à la reproduction des cadences du temps. Le regard fait oreilles. | | | | |
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| | | | Porter au suffrage universel l'amour ou la haine est également bête. On ne voue les grands sentiments qu'à un inutile grandiose. | | | | |
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| | | | L'art des perspectives : dire que le Goulag, Auschwitz et Hiroshima s'inscrivent dans un même courant peut être signe d'une débilité facile ou d'une lucidité difficile. | | | | |
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| | | | Dans une tyrannie en quête de drogues, le rêve comme démarche qui grise peut faire jeu commun avec la poudre aux yeux et la langue de bois. Dans une sobre démocratie, le rêve comme marchandise s'apparente aux faux en écriture. Le rêve a une petite chance de se maintenir sous la tyrannie, sous la démocratie il n'en a aucune. Bénie censure, « mère de la métaphore » - Borgès) ! | | | | |
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| | | | L'étrange parallèle entre l'Allemagne et la Russie : une multitude de voix, jeunes et rebelles, jaillirent au lendemain des cataclysmes de la Grande Guerre, un silence de mort suivit l'écroulement du nazisme et du stalinisme. La vitalité de la résignation n'existe plus. | | | | |
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| | | | Le Léviathan, de crocodile ou d'hydre, se mua en une brave vache qui ne s'occupe que de moutons. | | | | |
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| | | | Mon sens de l'universalité : je suis sur ma planète quand je suis avec un poète de Moscou, avec un étudiant de Marbourg, avec un félibre de Provence, avec un pope d'Athos, avec un lazzarone de Naples, avec une guapa d'Estrémadure. Plus je monte vers Bruxelles, Hong Kong ou New York, plus je me sens extraterrestre. | | | | |
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| | | | Aujourd'hui, nous avons la meilleure foule, de toute l'histoire, et peut-être la pire des élites. Cette élite n'observe que les mouvements de la foule, les compare, indignée, avec l'éclat des élites d'antan et se répand en lamentations sur la dégénérescence du monde. Le regard de nos élites est dans les choses vues et non pas, comme naguère, dans le goût électif des yeux. | | | | |
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| | | | Vous vous désintéressez des lendemains qui chantent, et voilà qu'ils se mettent à parler, c'est-à-dire à calculer. Et lorsque votre vie marche, cela veut dire souvent qu'elle ne danse plus… | | | | |
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| | | | Que les figures du professeur et de l'écrivain caracolent sur l'avant-scène dans la dramaturgie de la République des caciques, ou que la Démocratie des comics mette dans le limelight le journaliste et le businessman, c'est la même success-story. D'autant plus qu'aujourd'hui le professeur a la gesticulation du businessman et l'écrivain - la diction du journaliste. Seule une mise en scène aristocratique peut encore donner du panache au seul rôle ne se pliant pas aux exigences du box-office, à celui du vaincu, du loser. | | | | |
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| | | | Que les uns se nourrissent d'un quotidien, ou qu'aux autres il faille un mensuel, - là passerait la frontière entre le profond et le superficiel ! Tout ce qui est périodique ne peut être vu ni lu que dans une perspective basse ! Le journal et l'écran restent le seul lieu, où se jouent les ombres, pour ceux qui ont oublié d'être dans une caverne. | | | | |
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| | | | L'homme dont les droits vous clamez est un homme mort, homme réduit à l'être abstrait. Le premier droit de l'homme vivant est de ne pas devoir son avoir à sa force, mais à la solidarité humaine. Prince Kropotkine poussait encore plus loin : « La solidarité, c'est ce puissant moteur qui centuple la créativité humaine » - « солидарность, этот великий двигатель, увеличивающий во сто раз творческую силу человека ». | | | | |
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| | | | Le seul sens que je puisse donner à libération de l'homme est juste répartition des fardeaux. | | | | |
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| | | | En se moquant de ses chaînes on accède mieux à une haute liberté qu'en les allégeant ou en les allongeant. Mais « il ne suffit pas de se moquer de ses chaînes pour être libre » - Lessing - « Es sind nicht alle frei, die ihrer Ketten spotten ». | | | | |
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| | | | L'essentiel du monde économico-politique : 1. tu t'en prends aux profiteurs, l'indigence des étals s'ensuit, 2. les profiteurs ignoreront la honte, 3. tu dois rêver et non pas chercher la justice, 4. il faut souhaiter, que cette saloperie perdure. | | | | |
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| | | | Il est normal d'étouffer, en toi, tout geste révolutionnaire ; il est infâme d'en enterrer, en même temps, le rêve. | | | | |
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| | | | Leur égalité des chances : que tu sois dans un taudis ou dans une villa, tu dois être sûr de pouvoir déployer impunément tes griffes ou tes tentacules. Égaliser les canines pour mieux rogner les ailes. L'égalité tout court, aux yeux si représentatifs de Tocqueville ou Hayek, est « une nouvelle forme de servitude ». Je saluerais cette égalité qui bouleverserait la vie de l'immense majorité des hommes, riches et pauvres confondus, et ne changerait rien dans la mienne. | | | | |
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| | | | Les élus, aujourd'hui, c'est le troupeau. Les appelés, en revanche, entendant mais ne comptant pas des voix, devinrent rares. | | | | |
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| | | | Félicitons ce monde, en train de réussir son pari millénaire, éliminer le bourreau et l'imbécile. La victime et le non-calculateur, une minorité en voie d'extinction, n'ont que le robot, intelligent et au coup de grâce infaillible, pour oppresseur sans états d'âme. | | | | |
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| | | | La fin de l'Histoire : le jour où les quatre sources de l'homme - jaillies au même moment : les présocratiques, Zarathoustra, le Bouddha, Lao Tseu - seront définitivement bouchées. Nous sommes à mi-chemin. | | | | |
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| | | | Malgré les apparences, les civilisations, précédant la nôtre, étaient plus scientistes. La nôtre est totalement marchande, mais il se trouve, que la science apporte une réelle valeur ajoutée, d'où son actuel prestige, tandis qu'auparavant elle était parfois une valeur tout court. | | | | |
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| | | | L'humanisme ne consiste pas à proclamer l'homme mesure de toute chose, mais à déclarer, que les choses ne doivent pas déterminer la mesure de l'homme. | | | | |
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| | | | Jadis, régnait le médiocre, et par remords intermittents, il se rapprochait du meilleur et le plaçait dans sa ligne de mire. Aujourd'hui, triomphe le meilleur, plein de respect pour le médiocre, et dont il a de plus en plus la dégaine. Ploutocratie ou médiocratie comme formes de méritocratie - timocratie - démocratie, à mille lieux de l'égalité-aristocratie. | | | | |
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| | | | Quand ma haine du fort, dans cette société des marchands, baisse, très brièvement, d'intensité, je me rends compte, que je hais le faible encore plus nettement, puisqu'il serait pire s'il parvenait à rejoindre le fort. Et pour recevoir ma sympathie, il ne me reste, en définitive, que des exclus de leurs balances, des impondérables, des exilés, des emmurés, des anachorètes du style, des stylites sans colonne. | | | | |
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| | | | Le hasard et la force brute désignaient, naguère, le gagnant : « de troubles appels à de troubles actions gouvernent le monde » - Goethe - « verwirrende Lehre zu verwirrendem Handeln waltet über die Welt ». Aujourd'hui, - l'algorithme et la force élaborée. Sur l'échelle du bien, cette distinction est toujours une chute. Et c'est pourquoi, aujourd'hui, avec les meilleurs, surchargés de savoir et d'intelligence, elles sont si retentissantes. « On ne peut que déchoir, quand on attrape un moral de vainqueur »** - R.Debray. | | | | |
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| | | | Mes états d'âme : en Scythie, l'apathie devant la fétide résignation d'esclaves ; en France, l'indifférence devant l'insipide révolte de maîtres. Je cultive la résignation du haut maître sachant, que toute révolte nourrit en lui - un esclave profond. | | | | |
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| | | | La liberté d'expression déchaîne le sot qui se permet de s'attacher au sacré et entraîne vers le profane le délicat qui se détache du sacré. | | | | |
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| | | | Une guerre pour une vraie liberté que mena pourtant une nation de robots contre un peuple héroïque - guerre de Vietnam. Une guerre pour un peu plus d'humanité, guerre menée par des barbares modernes contre des barbares moyenâgeux - guerre d'Afghanistan. Quel journaliste peut se permettre de telles formules incorrectes ? | | | | |
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| | | | Prenez le pur lyrisme du Giaour de Byron, du Diwan de Goethe, de Salammbô de Flaubert, du Khadji Mourat de Tolstoï, - les sots corrects d'aujourd'hui, en les « étudiant », y trouvent du soutien aux peuples opprimés et du courroux face aux tyrans et à l'injustice. | | | | |
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| | | | L'un des slogans les plus populaires, chez les rebelles du 68, fut : « Qu'on en finisse avec les citations ! ». Une raison de plus pour se réfugier dans l'acquiescement métaphorique, aujourd'hui marginal. | | | | |
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| | | | La tyrannie : la contrainte de cacher son visage rebelle ; la démocratie : la liberté d'afficher les masques du mouton prônés par l'opinion publique. | | | | |
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| | | | La sottise des drames économiques : tu tombes, tu te casses le cou et tu maudis la loi de la gravitation au lieu de regretter la dureté de la terre. | | | | |
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| | | | L'évolution de la civilisation suit celle des rôles qu'y joue l'homme social. Quand un rôle arrive à sa perfection logique il s'appelle fonction de robot et le scénario correspondant - algorithme. Il ne nous reste que quelques ultimes ratures dans ce script triomphant. | | | | |
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| | | | La négation, jadis nimbée d'audace et d'originalité, devint vulgaire, dans une société tolérante. Les seules astuces logiques du rebelle restent : la traduction en variables de tout terme terminal et l'évaluation dans l'inexistentiel de ce qui tendait vers l'universel. | | | | |
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| | | | Ce serait bien, si « les problèmes sociaux se résolvaient par des équations algébriques » (Balzac), mais que faire de ceux qui refusent de figurer dans aucune équation ? | | | | |
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| | | | Ni l'appât du gain, ni l'obsession par le pouvoir, ni le vice inné ne sont à l'origine de l'état calamiteux des rapports entre les hommes, mais la seule loi raisonnable qu'on ait pu inventer, pour échapper au cannibalisme, la loi du marché. | | | | |
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| | | | Tous les huppés du monde proclament, doctement, que la richesse devrait n'être qu'un moyen, pas un but, mais la vraie égalité n'est que dans les moyens, chacun ayant la liberté de choisir son propre but ! Logique d'hyènes fraternelles ! | | | | |
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| | | | L'observation qui ne s'est jamais démentie : ceux qui hurlent le plus fort : « Comment peut-on accepter ce monde ! » sont les pires des conformistes, repus dans leur paix d'âme démocratique. La noblesse d'un acquiescement dédaigneux ne loge plus que dans des souterrains affamés. | | | | |
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| | | | Si le Christ, de la vision populaire, revenait sur terre, ce ne serait ni en lépreux (Flaubert) ni en gêneur du Grand Inquisiteur (Dostoïevsky), mais en robuste syndicaliste, descendant d'avion, braillant devant les caméras, dénonçant le repu, le matin, et « attaquant le homard » (Cavanna), le soir. | | | | |
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| | | | La « bête triomphante » (G.Bruno), aujourd'hui, n'est plus l'âne, mais l'hybride des goûts de mouton et des appétits d'hyène. | | | | |
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| | | | La mécanique des rapports humains évinça partout le chaos originel, ce chaud milieu, où je puisse encore respirer. Nietzsche a tout vu de travers : « la civilisation n'est qu'une mince pellicule au-dessus d'un chaos brûlant » - « Kultur ist nur ein dünnes Apfelhäutchen über einem glühenden Chaos ». | | | | |
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| | | | Il paraît que la leçon de Confucius, le jou, se réduise à deux mots : homme et faiblesse, à l'opposé de la devise des hommes : l'union fait la force. | | | | |
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| | | | Le vulgus : jadis, sa place fut dans les bas-fonds, ensuite - dans la médiocrité et la moyenne, aujourd'hui, matériellement, elle est largement au-dessus de nous, les réprouvés de son marché. | | | | |
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| | | | L'Histoire allemande - le soldat et ses exploits, la russe - le policier, l'anglaise - l'ingénieur, la française - l'homme d'État, l'italienne - le financier, l'espagnole - le courtisan, l'américaine - l'entrepreneur. Et l'on veut en faire une école de sagesse et y perçoit même une philosophie ! Dans ces enchevêtrements de faits qui d'ailleurs furent encore plus fastidieux jadis qu'aujourd'hui. | | | | |
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| | | | La pire des fautes qu'on reproche aux princes d'aujourd'hui - perdre le contact avec la réalité ! Eux, qui pourtant vivent perpétuellement dans l'insipidité du réel - comme d'ailleurs d'autres goujats de moindre importance - sans aucune évasion vers le pays des rêves ! Ils connaissent si bien leur place qu'ils redoutent toute u-topie, non-lieu. « On acquit la réalité et perdit le rêve »*** - Musil - « Man hat Wirklichkeit gewonnen und Traum verloren ». | | | | |
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| | | | La modernité - le culte de la version courante, le rejet de conversions. Messageries et communication opposées à messages et communions. Le prix occultant la valeur : « L'ère de la facticité, où il ne s'agit plus de valoir, mais de faire valoir »** - Baudrillard. | | | | |
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| | | | J'ai un goût pour la liberté du faible, du vaincu, de l'ange : Leopardi, Lermontov, Cioran. La liberté prônée par Goethe ou Baudelaire, liberté du fort, du gagnant, du démon, Lucifer ou Léviathan, - est grégaire, en seconde lecture. | | | | |
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| | | | Un bon révolutionnaire serait un énergumène au cœur brûlant, tête froide et mains propres (Dzerjinsky) ; je présente tous les traits d'un contre-révolutionnaire : j'aime le cœur en paix, la tête en feu et les mains confuses s'agrippant au banc des accusées. | | | | |
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| | | | Zeus poursuit de sa hargne l'artiste Prométhée, père de l'écriture et du nombre, et donne sa faveur à Hermès, inventeur du lucre, c'est ainsi que naquit la démocratie de droit divin. | | | | |
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| | | | Leur progression : la morale du sujet, l'éthique de l'individu, la règle du contribuable - l'âme, l'esprit, la machine. De la règle divine, le sage induit une morale humaine ; le sot déduit une régle humaine de la morale de Dieu. | | | | |
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| | | | La démocratie devient irréversible le jour, où le nombre de tyrans repus dépasse celui de victimes assoiffées. Nous y sommes. | | | | |
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| | | | Ce ne sont pas tant ses rides qui empêchent, que je m'éprenne de la liberté que la peau trop lisse de son image de synthèse. | | | | |
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| | | | Entre la pensée totalitaire (l'Un, la passion, le rêve) et la pensée libre, le choix est libre. Toutefois, le contraire de l'Un n'est pas un multiple libre, mais le hasard d'esclave ; le contraire de la passion n'est pas la raison, mais la mécanique ; le contraire du rêve n'est pas le rythme mais l'algorithme. Leur pensée libre est le grincement du cerveau et le silence de l'âme. | | | | |
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| | | | Démarche antique : dépeindre la Cité idéale et fouiller des écueils humains, sociaux, matériels qui la rendent utopique ou lointaine. Aujourd'hui, le politicien fait de ses actes ce que je fais de mon écriture : une maîtrise loquace des contraintes et un embarras muet devant les buts. Mais ce qui rend vivables les ruines désertes, transforme le chantier en étable. | | | | |
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| | | | Quel renversement de l'éthique aristocratique ! Dans l'Antiquité, où le sens des lois était faible, elle prônait la loi face au sentiment rapace ; aujourd'hui, où le sentiment agonise, elle en appelle au sentiment face à la loi de masse. | | | | |
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| | | | La loi écrite est vraie, son application – bonne, pourtant aucune grande voix ne la rend belle. C'est à croire qu'Aristote ne plaisantait pas : « La philosophie est la défense contre la loi écrite ». Elle ne se vouerait qu'à l'inconnu, et Strabon avait de bonnes raisons pour dire : « La géographie est affaire de philosophe », car, à l'époque, et la médecine et la géométrie y auraient également eu leur place. | | | | |
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| | | | L'urbanisme, la politique et l'art : tu bâtis l'étable démocratique, la caserne despotique, les taudis anarchiques ou les ruines aristocratiques. Dans le dernier cas, tout souterrain, même des plus misérables, peut prétendre avoir servi de fondation d'un château écroulé. | | | | |
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| | | | Je suis pour le collectivisme des porte-monnaie et des porte-parole et pour l'élitisme des porte-voix. | | | | |
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| | | | Prendre le parti des paumés perd de son panache, puisqu'ils sont dorénavant composés d'une majorité d'incapables. Tous les capables sont accueillis aujourd'hui par la démocratie des chances, mérites et affaires. | | | | |
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| | | | Pour donner à Valéry ou Cioran la gloire populaire de Nietzsche, il faudrait qu'un futur Hitler, Staline ou Attila s'en entiche. Hélas, l'arbre et les ruines n'ont pas la puissance mobilisatrice du surhomme. | | | | |
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| | | | Des préférences tirées passionnément, sans daigner en apporter des preuves (les preuves du contraire n'étant pas moins rigoureuses), telle est la pensée contrainte. Et puisqu'on reconnaît une pensée noble par l'horreur de son application forcée, apparut le sépulcral totalitarisme de masse, où de bons filtres (contraintes) servirent de monstrueux transformateurs (buts). | | | | |
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| | | | Maintien d'équilibre du corps européen : la menace russe provoqua une excroissance, côté cervelle, - un organe de l'intérêt commun ; l'amitié américaine réduisit à l'état atavique d'apesanteur l'organe superflu, - l'âme. | | | | |
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| | | | Face à la détermination du State Department et du Pentagone, l'Européen se lamente, qu'aucune voix forte et commune ne retentisse de ce côté-ci de l'Atlantique. Mais la voix européenne, jadis, se réduisait à l'âme, au frisson des cordes éthique, esthétique et mystique. Elles ne vibrent plus ; et dans le brouhaha monocorde économique, qui seul atteint aujourd'hui les oreilles, seule compte l'intensité boursière. | | | | |
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| | | | Le triomphe de la vérité, le déclin des utopies - les premières raisons du règne actuel de la grisaille dans les têtes. L'imposture des hommes du rêve, aspirant à plus de fraternité, de compassion, d'émotions, est définitivement balayée par la déferlante bien justifiée des hommes d'action, clamant que « l'esprit grandit en perdant de la hauteur » (Ch.Bobin). L'acte rapporte, le rêve coûte. Pour la première fois dans son histoire, l'humanité est orpheline de ses poètes. | | | | |
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| | | | Les barricades ne séparent que les quartiers, les états, les âges, les cerveaux. Quand tu voudras communiquer avec la Cité de Dieu et intercepter le regard intemporel, tu apprécieras les barricades devenues ruines, où tu seras toujours dedans et dehors, l'assiégé et l'assiégeant, l'assoiffé et l'enivré. | | | | |
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| | | | Les époques où l'on évoquait le plus la noblesse furent parmi les plus sanglantes. Aujourd'hui, tout afflux de sang est jugulé – on ne parle plus de noblesse, du tout. | | | | |
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| | | | Le monde qui sacrifie tout pour la liberté est voué à la seule technique, ma pique à : « le monde qui sacrifie tout à la technique est perdu pour la liberté » - G.Bernanos. | | | | |
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| | | | Pour Kant, le goût, le savoir et la raison légifèrent à tour de rôle. Démocrate pratique (aristocrate pur ? juge en esthétique ?), je dirais, que le savoir devrait s'occuper de l'exécutif, la raison – du législatif et le goût – du judiciaire. Les bancs des assimilés, les bancs des assemblées, les bancs des accusés. | | | | |
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| | | | L'humanisme, par définition, ne peut être qu'éthique ; le désastre totalitaire et le désastre artistique naquirent des tentatives de pratiquer un humanisme mystique ou un humanisme esthétique. | | | | |
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| | | | Les totalitarismes tentèrent d'imposer l'âme exaltée ou prodigue comme la dignité suprême de l'homme, mais ce qui est sommet chez un anachorète s'avéra abîme dans une société. Et notre démocratie a raison de réduire l'homme au corps, c'est à dire à la raison, où l'exaltation et la prodigalité sont des marchandises comme les autres. | | | | |
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| | | | Toutes les révolutions furent des « insurrections de perdants chargés d'énergie qui transforment les règles afin de se configurer comme vainqueurs » (Sloterdijk). Ce qui devrait nous pousser à soutenir, dans ce monde minable, les règles minables, propulsant les hommes minables ignorant tout ressentiment. | | | | |
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| | | | Plus on se soucie de la justice des hommes, plus on est abandonné de la grâce de Dieu ; d'où l'intérêt, presque mécanique, de rester en permanence dans la peau du pécheur. | | | | |
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| | | | L'aberration du siècle dernier - étoiler la loi, l'aberration du nôtre - doter le ciel de lois ; deux déviations fatales des émerveillements de Kant : « le ciel étoilé et la loi morale »* - « der bestirnte Himmel und das moralische Gesetz ». | | | | |
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| | | | Malraux vit juste en prédisant au XXI-ème siècle un mainstream religieux, mais il ne pouvait pas se douter de sa vraie raison – l'extinction des poètes, la sécularisation des penseurs, la perte de vocation des martyrs. On se jettera dans les bras du Pape, du Dalaï-Lama, de l'Ayatollah, en fuyant le seul occupant de la scène publique – le marchand. | | | | |
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| | | | Le contraire de liberté s'appelle passion ; il n'y a pas de liberté spirituelle – qui est toute de passion – la seule liberté respectable est la liberté politique. Lu à la porte d'une chambre d'hôtel ce magnifique écriteau, adressé aux femmes de ménage et exprimant une énigmatique et profonde sagesse : « Le rêve achevé, la voiX est libre » ! | | | | |
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| | | | La mystique de la liberté (Berdiaev) est inféconde ; se frotter à son problème (Dostoïevsky) rend stérile ; le pullulement de ses solutions (les libéraux) témoigne de la natalité fulgurante du robot. | | | | |
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| | | | Aujourd'hui, qu'est-ce que le peuple ? – l'union sacrée des propriétaires des hôtels particuliers, des supermarchés et des HLM. Les souterrains et les châteaux en Espagne des aristocrates servent de décharges publiques, dans des lieux inhabitables. | | | | |
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| | | | Où le progrès est possible régnera, ou règne déjà, la machine. Le goût et le style ne naissent que là, où tout progrès est absurde. L'élargissement du possible est un progrès, mais pas son haussement. | | | | |
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| | | | Deux excellents somnifères de la vie sociale française, les valeurs républicaines du pauvre et la démocratie libérale du riche : ne pas lorgner sur l'assiette du riche, ne pas se moquer de l'assiette du pauvre. Plus d'esclaves, que des maîtres : heureux dans l'humiliation, heureux dans la domination. « Où tout le monde est maître, tout le monde est esclave » - Bossuet. | | | | |
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| | | | C'est la mesquinerie, plus que l'injustice, qui compromet le plus l'ordre capitaliste, qui aurait pu pratiquer une politique grand-seigneur, recommandée, sous un nom paradoxal, par Céline : « il faut du communisme petit bourgeois ; je décrète salaire national 100 francs par jour maximum ». | | | | |
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| | | | De bons yeux suffisent pour entretenir l'illusion de la liberté spirituelle ; un bon regard est nécessaire pour, en plus, tenir à la réalité de l'égalité matérielle, l'égalitarisme supérieur. « L'égalitarisme est signe d'une mauvaise vue » - Nietzsche - « Gleichmacherei ist ein Zeichen schwacher Augen » - c'est une myopie voulue, puisque l'égalité est en bas, mais la liberté est en haut. | | | | |
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| | | | Dès qu'on veut écrire l'histoire avec un grand H, une grande hache en devient complice. | | | | |
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| | | | L'avant-goût de la liberté le plus enivrant naît dans la révolution ou dans l'aristocratie. Et la gueule de bois qu'on en retire est la plus écœurante. Ce n'est pas la liberté, mais, au contraire, des contraintes qu'on aurait dû y ériger. « Je retrouve les mêmes contraintes de la liberté, dans les mondes aristocratique ou révolutionnaire » - Berdiaev - « В мире аристократическом или революционном я натыкаюсь на те же ограничения свободы ». | | | | |
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| | | | La démocratie, c'est la littéralité, la présentation juridique évinçant la représentation lyrique, la critique algorithmique se passant de la topique rythmique - elle est une barbarie glacée du robot. Faut-il pour autant, prôner la barbarie chaude des bêtes pour sauver l'art ? Nos veines coupées appellent la tiédeur liquéfiée plutôt que les brûlots pétrifiés. | | | | |
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| | | | Pour que le néon et l'hygiène satisfissent le besoin des hommes en lumière et en pureté, il fallut, au XX-ème siècle, tenter les deux termes de l'alternative tolstoïenne : éclairer ou être pur (светить или быть чистым), le phénomène ou le fantasme, le communisme ou le nazisme, aboutissant aux ténèbres et à la boue. La cuirasse exclut la pureté d'âme quoi qu'en pense Dante : « sous l'armure du sentiment d'être pur » - « sotto l'asbergo del sentirsi pura ». | | | | |
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| | | | Le conflit politique le plus irréductible oppose les sentimentaux aux cyniques, les tenants de la justice aux promoteurs de la liberté. Les premiers engendrent la misère et l'élan, les seconds – l'opulence et l'ennui. | | | | |
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| | | | Le socialisme cherche à arracher les crocs aux loups ; le capitalisme – à insérer ceux-ci parmi les moutons et à anesthésier la saignée. Mais le principe du troupeau est le même quoiqu'en pense Nietzsche : « Le socialisme est l'aboutissement de la morale du mouton » - « Sozialismus ist zu Ende gedachte Herdentiermoral ». Le triomphe du capitalisme prouve, que « moins d'exigences morales forme une croyance face à l'individu, plus vaste est le troupeau qui l'applaudit »** - S.Zweig - « je geringere moralische Anforderungen ein Glauben an das Individuum stellt, um so weiteren Kreisen wird es willkommen sein ». | | | | |
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| | | | La concurrence ouverte et loyale du capitalisme conduit à une permanente auto-destruction, source de progrès ; l'auto-suggestion socialiste est une forme de panglossisme qui crée l'illusion d'être tout près d'un état idéal, ce qui en fait un conservatisme menant tout droit à la stagnation ; la conclusion : il faut souhaiter à l'économie le plus de capitalisme et à la politique – le plus de socialisme possible, séparer la production de la répartition. | | | | |
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| | | | Les clivages culturels opposent les hommes avec beaucoup plus de virulence que les différences matérielles. Les écarts verticaux de culture exacerbèrent les révolutions française et russe ; l'horizontale culture de masse américaine désarme la lutte de classes et le sentiment de race, pour réduire la vie à la négociation de places. | | | | |
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| | | | Le bon citoyen : renvoyer le poète aux combles, le philosophe – aux souterrains, l'aristocrate – aux châteaux en Espagne, et appeler de ses vœux sincères, que le goujat envahisse la rue le plus souvent possible et que le boutiquier veille sur le bonheur de la cité. | | | | |
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| | | | Aucun risque de rébellion des dépossédés dans une société, où le possédant lorgne vers l'automobile et les stations de ski plus assidûment que vers les salons littéraires. | | | | |
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| | | | Les dernières tentatives d'introduire du sacré dans les affaires des hommes aboutirent à Auschwitz et au Goulag. Depuis, aucune déviation, aucun effondrement, aucune brisure : une consensuelle confirmation ou un paisible rétablissement de la valeur éternelle, du lucre. | | | | |
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| | | | Je suis ce que je veux, je suis ce que je peux, je suis ce que je dois – l'homme héroïque, l'homme créateur, l'homme moral. Plus ils sont indépendants, en toi, plus tu es libre. Lorsqu'ils se fondent en un seul personnage, tu es mouton ou robot. | | | | |
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| | | | Comment peux-tu t'entendre avec les démocrates, ces robots de l'horizontalité ou moutons de la verticalité, si tu es tantôt maître (du verbe que tu conjugues) tantôt esclave (de l'émotion qui te subjugue) ? | | | | |
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| | | | Tu es esclave de la loi (« nous sommes esclaves de la loi, afin d'être libres » - Cicéron - « legum servi sumus ut liberi esse possimus ») – tu deviens robot ; tu suis la loi des esclaves (« tu n'es plus esclave, mais fils de la loi » - St Paul) – tu restes mouton. Où l'universel peut-il rencontrer l'existentiel, sans tourner au troupeau ou machine ? – dans un souterrain, où tu installes tes ruines souveraines. | | | | |
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| | | | Tous les pays devinrent aujourd'hui ce qu'était jadis l'Angleterre byronienne : « pays de bassesse, de journaux, d'ennui, d'avocasseries » - « a low, newspaper, humdrum, lawsuit country ». | | | | |
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| | | | À l'époque où n'appartenaient à la plèbe que les pauvres et les faibles, on n'hésitait pas à parler de racaille ; aujourd'hui, où elle est constituée plutôt de riches et de puissants, on lui réserve le titre de démocrate. | | | | |
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| | | | L'histoire avait un sens – et présentait un intérêt pour son étude - lorsque la cité tenait un mythe ou une utopie en point de mire, sous forme ethnique, étatique ou civilisationnelle. Depuis que l'histoire n'est plus portée par l'enthousiasme, mais par l'apathie (« Ne pas laisser l'élan devenir enthousiasme ; la vertu est dans l'apathie » - Kant - « Den Schwung mässigen um ihn nicht bis zum Enthusiasmus steigen lassen ; die Tugend erfordert Apathie »), depuis que les hommes préférèrent la justice robotique et la sensibilité moutonnière, l'histoire n'est pas plus instructive que la météorologie. | | | | |
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| | | | La bêtise de la critique maoïste-trotskyste des soixante-huitards n'a d'égale que la bêtise de leur actuelle critique du communisme. Leurs misérables révoltes suivent le vent dominant. La meilleure garantie du maintien du laisser-aller devint le laisser-râler. | | | | |
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| | | | Je serais tenté de voir dans l'Histoire un processus d'étouffement du rêve libre par une liberté d'esclaves (« L'Histoire universelle est le progrès de la conscience de la liberté » - Hegel - « Die Weltgeschichte ist der Fortschritt im Bewusstsein der Freiheit »), mais ce qui reste inexplicable, c'est l'existence, jadis, de rêveurs parfaitement libres et même repus. | | | | |
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| | | | Le tyran ne peut pas s'imposer en s'appuyant sur des causes médiocres, il lui faut des belles et des exaltantes. Ce qui nous protège contre la tyrannie, c'est la misère des causes grisâtres portées par les hommes. Dans le jugement des affaires des hommes, la nature des porteurs compte plus que la hauteur des causes et la bassesse des effets. | | | | |
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| | | | La démocratie : la proclamation de la reconnaissance d'égalité des chances (débouchant sur l'inégalité de fait) ; l'aristocratie : la réclamation de la reconnaissance de supériorité spirituelle (s'inscrivant dans une égalité matérielle). | | | | |
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| | | | Il y a très peu de choses sur lesquelles le poète ait un avis ; le propre des moutons et des robots est d'en avoir un sur tous les sujets, y compris la bonté, la fraternité, l'amour ou le rêve. La fin de l'Histoire fut signée le jour, où leur avis la-dessus se mît à peser plus que celui du poète. | | | | |
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| | | | Quand le miséreux commence à subir moins la précarité et à goûter à la sécurité, qui est le premier à s'en moquer ? - le repu, imbu de son angoisse, dans le pari risqué d'une machination financière. | | | | |
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| | | | Humainement, je salue l'avènement du règne du dernier homme - il réduit le nombre de faibles ; je déplore l'attitude du premier : sa soumission aux goûts du dernier et sa recherche de reconnaissance par ce dernier. Le maître défait enviant l'esclave victorieux - pitoyable ! Dès qu'apparaît cette exécrable soif de reconnaissance, il n'y a plus de maîtres, on dit même (Kojève et Fukuyama) qu'il n'y a plus d'Histoire, puisque l'égalité des chances calme toutes les ambitions. | | | | |
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| | | | Jadis, le bourgeois s'imaginait gentilhomme en s'acoquinant avec l'artiste, symbole de l'aristocratie d'esprit ; aujourd'hui, la seule aristocratie visible est médiatique, - le bourgeois se détourne de l'artiste et s'entoure de journalistes, l'artiste lui-même s'abaisse au métier de journaliste et devient bourgeois. Que je regrette la France d'un duc de X, souffrant des suites d'une galanterie qu'il eut avec marquise de Y, ratant ainsi une chevauchée de Flandre ou de Catalogne, pour s'adonner, en son château, à la rédaction des commentaires spirituels d'Héraclite ! | | | | |
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| | | | Je peux pardonner à A.Blok et Maïakovsky, à E.Jünger et G.Grass qu'ils aient entendu une musique, en haut d'une tour d'ivoire révolutionnaire. Qu'ils n'aient pas entendu le hurlement dans des souterrains est inacquittable. | | | | |
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| | | | Le boutiquier comme symbole, tel est le point de départ commun de Marx et de Hitler, du marxisme et du nazisme. L'élan de haute justice de Marx, pour redresser le faible, ou la pulsion de basse envie de Hitler, pour se dresser en force. La haine de tout boutiquier – l'attitude marxiste, ou la haine du grand boutiquier par le petit - l'attitude des nazis. Mais l'élan ou la pulsion, lâchés dans la foule, produisent le même effet – la férocité contre l'autre. | | | | |
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| | | | Staline chérit la révolution, Hitler mise sur le militarisme : selon Staline, il n'y aura jamais de révolution en Allemagne, puisque pour la faire il faudrait piétiner quelques gazons ; selon Hitler, il n'y aura jamais de bonne armée en Angleterre, puisque ses divisions blindées manquent de polygones, dont l'aménagement demanderait l'expropriation de quelques manoirs de la gentry. | | | | |
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| | | | Quel fut le premier cadeau, que Zeus l'espiègle offrit à Europe séduite ? - un robot, Talos, créateur de la police des frontières. On connaît l'aventure de la lignée taurine, le bel avenir de la branche robotique commence à s'éployer sous nos yeux. | | | | |
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| | | | Notre époque a autant de grands récits, de grands périls, de grands buts que toutes les autres ; elle manque surtout de grandes contraintes, dont la plus grande est noblesse. | | | | |
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| | | | La bonne raison, beaucoup plus que l'échine, fléchit aujourd'hui, chez l'esclave moderne qui se croit le plus libre ; le tableau de Montaigne : « Ma raison n'est pas duite à se courber, ce sont mes genoux » - s'inversa. | | | | |
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| | | | L'échelle de mes haines va des riches aux forts, en passant par les paisibles ; et chaque fois que je me trouvais, moi-même, dans leur peau respective, ma haine redoublait de violence ; mais, tout en subissant toutes les combinaisons de ces avatars, je ne me connus jamais, à la fois, pauvre, apaisé et faible ; ce bouquet angélique serait réservé au Rédempteur. | | | | |
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| | | | La politique est possible, car les deux hypothèses fondatrices – l'homme est bon ou l'homme est mauvais – trouvent des justifications d'égal poids ; et soit on s'attendrit sur le sort d'esclave, soit on libère les forces du salaud, avec le même résultat : l'esclave persiste et le salaud résiste. | | | | |
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| | | | La justice sociale se réduirait à deux actions : la séparation de deux types d'argent, servant à huiler la machine économique ou à remplir nos assiettes, l'égalité totale dans la distribution de la deuxième ressource. Dans cette optique – rien à reprocher au capital, à la globalisation, à la concurrence ; toute gloire serait immatérielle, toute souffrance matérielle – fraternellement partagée ; toute élite sécrétant le mépris, conscience tranquille, tout goujat privé de raison d'investir les rues ; l'ennui de la majorité gueulante, la paix bénie d'une minorité chantante. | | | | |
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| | | | Le nazisme fut un provincialisme et le bolchevisme – un universalisme. Le folklore ou la philosophie. Et ils s'écroulèrent, confrontés à leurs antagonistes : à l'universalité du genre humain et au folklore du peuple russe. | | | | |
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| | | | Deux points capitaux communs, entre le nazisme et le bolchevisme : l'exaltation du vainqueur et l'élimination du vaincu ; sur le premier point, les sources sont à l'opposé, l'anti-humanisme face à l'humanisme : glorifier le fort, le supérieur ou bien le faible, l'exploité ; mais sur le second point, la ressemblance est complète : voir dans l'adversaire un sous-homme, un insecte, un ennemi du peuple – le mépris d'espèce aboutissant même plus surement à l'abattoir qu'à la salle de tortures. Et si c'était une fatalité de tout matérialisme ? - « En supprimant les injustes, on s'assurera plus de tranquillité » - Démocrite. | | | | |
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| | | | Le nazisme ou le communisme, la supériorité ou l'égalité, c'est par un paisible compromis entre ces deux attitudes que triomphe la démocratie, compromis qui s'appuie sur deux faits capitaux : les supérieurs ont désormais les mêmes goûts que les inférieurs, et les faibles repus trouvent le culte du mérite aussi naturel que les méritants repus. | | | | |
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| | | | Celui qui est pour la démocratie, politiquement, ne m'est vraiment sympathique que s'il y répugne esthétiquement. | | | | |
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| | | | La modernité : percevoir l'humanité en tant qu'un troupeau de moutons, sans flamme, et l'homme – en tant qu'un robot, sans drame. Le trépas, dans les deux cas, - avec le front plissé, sans cheveux dressés. Et dire que, jadis, on pouvait encore s'interroger : « Pourquoi est-on si ému à la mort d'un seul ? - la mort d'un seul est bien une mort, celle de deux millions – de la petite statistique » - E.M.Remarque - « Warum sind wir so erregt wegen eines einzelnen : ein Einzelner ist immer der Tod — und zwei Millionen immer nur eine Statistik ». | | | | |
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| | | | Une utopie politique gagne en pureté lorsqu'elle se double d'une uchronie poétique, une raison futuriste – d'une âme nostalgique, une liberté fraternelle – d'une solitaire irréversibilité. | | | | |
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| | | | Il faut être un profond démocrate pour pouvoir prétendre être un haut aristocrate ; une résignation extérieure, en accord avec une rébellion intérieure ; le choix rationnel du non-bon pour sauver le haut beau irrationnel. | | | | |
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| | | | Les goûts respectifs pour l'acquiescement silencieux ou pour la bruyante révolte naissent d'une même source – une dévorante ambition. Ou bien on se tourne vers la liberté, la mauvaise foi, l'authenticité (Sartre), et l'on finit un beuglement, bête et solidaire, du troupeau, ou bien on se contente de l'aristocratisme, et l'on se recueille (Valéry) dans des commencements intelligents et solitaires. | | | | |
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| | | | On s'adresse à la grandeur, à la pureté, à la poésie de l'homme – on arrive à la tyrannie du goujat, à la cruauté et à l'obscurantisme ; on se tourne vers le consommateur et vers le contribuable – une démocratie, tolérante et éclairée, s'ensuit, sans aucun effort de propagande. Voilà pourquoi tout théâtre, aujourd'hui, est théâtre de boulevard, tout livre – reflet de la gazette, tout rêve – traduit immédiatement en chiffres. | | | | |
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| | | | L'idée communiste m'est d'autant plus sympathique que, depuis l'effondrement de l'URSS, elle fut, sur-le-champ, abandonnée par tous, tandis que l'idée national-socialiste continua à intriguer même des rêveurs comme Heidegger, qui apercevait une folle parenté entre américanisme et bolchevisme. Le communisme, contrairement aux autres, n'est pas une voie, mais un regard : les pieds robotisent les autres, les mains moutonisent le second. | | | | |
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| | | | Les porteurs de la pire grisaille ne juraient que par un avenir radieux ; qu'ils sont radieux, aujourd'hui, ceux qui ne promettent au monde que la pire grisaille ! | | | | |
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| | | | Les trajectoires de toutes les idées politiques, et mêmes des plus sanguinaires, débouchent à l'ennui final : j'écoute le débat entre l'un des derniers SS, G.Grass, et l'un des derniers cripto-marxistes, P.Bourdieu, - les boutiquiers sont plus amusants et même plus nobles. | | | | |
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| | | | La première règle du monde entier devint : je suis plus fort – en intelligence, en performances, en héritage – donc, je mangerai mieux ; être plus fort signifiant se vendre mieux sur le marché courant, le prix d'échange étant devenu la seule valeur humaine prise en compte et bannie des contes. | | | | |
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| | | | De la servitude à la liberté : l'absence de choix (mouton), les choix imposés (esclave), les choix calculés en fonction du contexte (robot), les choix atteints depuis le degré zéro de l'existence, de la création, du désir, du goût. Ce niveau primordial surgit à l'endroit, où la croyance se substitue à la raison, il n'est donc pas vide, il est ce « bercail poétique, où les rêveries remplacent la pensée, où les poèmes cachent les théorèmes »* - Bachelard. | | | | |
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| | | | Les majorités devinrent si écrasantes, que tout soulèvement est réduit aussitôt à la platitude. | | | | |
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| | | | Amer constat : le meilleur bien social résulte du mal individuel suivi par la masse ; le plus grand mal social résulte du bien individuel suivi par la masse. Donc, si tu veux du bien à la société, ne songe pas à mettre à son service – ton bien à toi. | | | | |
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| | | | La démocratie n'a pas d'idées, elle n'a que des règles ; toutes les belles idées sont totalitaires, mais c'est la démocratie qui fournit le meilleur outil pour les réaliser ; l'unité européenne en est un excellent exemple, et l'idéal utopique d'égalité verra le jour non pas suite à une passion des extrémistes, mais à une sobre réflexion démocratique. | | | | |
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| | | | Les critiques qu'on entend aujourd'hui s'adressent à un professionnel : capitaine d'industrie, politicien, fonctionnaire, avec ses chiffres et ses agendas, jamais à l'homme, avec ses peurs, ses hontes et son orgueil. | | | | |
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| | | | Par contraste avec le Siècle des Lumières, on est tenté d'appeler le siècle dernier – Siècle des Ténèbres, mais le second n'est que l'incarnation de ce qui ne fut conçu que par et pour l'esprit. Les Barbus, dans leurs Écoles ou leurs nuages, n'auraient jamais dû descendre parmi nous et ne pas laisser leurs esprits engrosser nos lettres, par inadvertance. | | | | |
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| | | | L'une des plus honnêtes leçons politiques : savoir dire non à la mise en pratique de certains rêves, que tu respectes et dire oui à certaines règles, que tu méprises ; et l'on y verra de la trahison des saints ou de la complaisance aux crapules. | | | | |
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| | | | Les ombres constitueraient un royaume (Homère) ; mais depuis le siècle des Lumières, l'art se veut républicain ; les ombres sont proclamées doubles de la lumière ou, pire, de l'objet ; mais les fantômes royaux décapités continuent à hanter mes pinceaux. | | | | |
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| | | | Plus qu'à la virulence lyrique de Marx, c'est à l'érudition mécanique de Hegel que le XX-ème siècle doit ses plus horribles holocaustes : toutes ces balivernes sur l'Histoire, la dialectique, la religion, l'État, où tout est minable, tout est contre la liberté imprévisible de l'homme et pour la rigueur toute robotique. | | | | |
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| | | | De tous temps, le rebelle avait plus de noblesse et d'intelligence que le conservateur ; quand je vois le minable mutin d'aujourd'hui s'enflammer pour l'alter-mondialisme ou la baisse de taxes, j'accorde aux puissants la palme de vertu et même de justice. | | | | |
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| | | | De la vertu propédeutique de la ponctuation : prends les trois formules qui résument les régimes politiques - « parle toujours », « répète après moi », « tais-toi » - et relis-les avec, successivement, le point d'exclamation, le point d'interrogation, les points de suspension – le chœur, le dialogue, le soliloque – qui réveillent en toi le rebelle, le penseur, le rêveur. Là où tu t'attarderas le plus sera ton âme. | | | | |
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| | | | Le philosophe, qui chercherait à montrer le chemin aux jeunes héros, devrait éviter toute évocation de flammes éternelles et de salles de gloire et dessiner plutôt des abattoirs, impasses et ruines. L'exaltation du premier pas n'est saine que les yeux baissés. L'exaltation du pas dernier ne peut être que du fanatisme ou de la bêtise. | | | | |
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| | | | L'adhésion à Hitler ne pouvait être que de l'égoïsme de celui qui aimerait se trouver parmi les forts ; l'adhésion à Staline était surtout de l'altruisme, de la compassion pour les faibles. L'ennui, c'est que ce n'est ni le fort ni le faible qui furent bénéficiaires de ces ordres, mais le mouchard, l'assassin et le lèche-bottes. | | | | |
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| | | | Le riche accueille avec bonhomie et compréhension les revendications du pauvre, il l'aide même à se redresser ; il ne craint que sa propre reculade monétaire qui plongerait son nez dans la véritable base de sa renommée et puissance – dans le merdier : « L'homme de ce monde est à l'aise dans ses déjections et redoute qu'on ne les remue » - Dostoïevsky - « вет любит скверну свою и не хочет, чтоб ее потрясали ». | | | | |
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| | | | Des deux côtés de la barricade tu trouves de bons arguments pour prendre un pavé ou une baïonnette ; il vaut mieux tout réduire au problème de circulation : ainsi, tu t'occuperas de chemins viables ou d'impasses vitales. | | | | |
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| | | | La liberté, pour des raisons obscures, produit, dans les cerveaux affranchis, deux néfastes certitudes : celle d'un bien transparent et facile, qu'on porte au monde, et celle d'un mal opaque et étranger, dont on est immune. | | | | |
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| | | | La tyrannie et la démocratie visent les mêmes normes, mais la tyrannie en prône l'esprit, c'est à dire les valeurs, tandis que la démocratie se satisfait avec la lettre, les lois. L'esprit couvre autant de saloperies collectives que la lettre - de saloperies personnelles. Comment veux-tu être humilié ? En tant que mouton ou en tant que machine ? | | | | |
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| | | | Jadis, le faible voyait dans la chère liberté un moyen pour se rapprocher de l'égalité et d'envisager la fraternité ; aujourd'hui, le fort pratique la liberté chérie comme un but, en éloignant l'égalité et en se détournant de la fraternité. | | | | |
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| | | | La Bourse, la concurrence, la course aux profits seraient d'excellents outils, pour amener le progrès économique et pour décider qui doit produire des ordinateurs, chemises ou polices d'assurance, s'ils ne décidaient pas, en même temps, de la différence du contenu de nos assiettes. Les rebelles niais cherchent des poux à l'outil, au lieu de les dénicher et écraser dans ce qui les met en marche et s'en sert - des cervelles orgueilleuses ou des âmes soumises. | | | | |
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| | | | Les progrès de la démocratie sont directement liés à l'intelligence politique du peuple, puisque tous les imbéciles devraient avoir de la sympathie pour une tyrannie, où ils pourraient gouverner, même s'ils ne pourraient plus voter. L'exhibition de la bêtise de chacun et l'élimination des plus bêtes est l'un des plus grands bienfaits de la démocratie. | | | | |
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| | | | En inversant certains postulats totalitaires on arrive parfois à de jolies métaphores démocratiques, par exemple : la vérité est multiple et l'erreur est une, ce qui traduit la liberté d'expression et l'égalité devant la loi. | | | | |
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| | | | Le premier ennemi du goujat est l'ennui ; c'est pourquoi il est contre l'égalité matérielle, où il ne saurait plus déployer ses dons de rapace ou de charognard. Le premier désir des âmes électives est, que leurs émotions soient libérées du poids des choses et des pesanteurs ; c'est pourquoi elles sont pour cette égalité qui rendrait leurs joies d'autant plus immatérielles et donc - hautes. | | | | |
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| | | | La grande chance de la démocratie, en France et en Angleterre, fut le positivisme philosophique qui régnaient dans la plupart des têtes pensantes ; toute démocratie, qui veut survivre, devrait se donner pour tâche prioritaire la détection à temps d'un nouveau Nietzsche, B.Croce, Ortega y Gasset, Berdiaev, pour le mettre à son service ; la place d'un lyrisme philosophique est dans un salon, un sous-sol ou une ruine, jamais – sur une place publique. | | | | |
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| | | | Étant né dans un bagne, hors circuits sociaux normaux, je reste étranger aussi bien à l'individualisme rural qu'au collectivisme citadin ; pour entretenir le contact des âmes, nul besoin de quitter ma cellule ou mes ruines. | | | | |
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| | | | Les expériences vietnamienne, coréenne et allemande prouvèrent, que Marx avait raison : le communisme ne peut réussir dans un seul pays, puisque sa misère économique le désavoue et le condamne ; le communisme n'a que des valeurs absolues ; dans des relatives il perd rapidement pied. Les marxistes doivent attendre, que la générosité et la noblesse s'emparent de l'Amérique, avant de songer à transformer le monde. L'attente sera longue. | | | | |
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| | | | Le rêve social n'est beau qu'impuissant ; dès qu'un lyrisme (Marx) s'incarne dans un dynamisme (Lénine), un concentrationalisme (Staline) en prendra la suite. | | | | |
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| | | | Plus un peuple est mesquin, plus solide est sa démocratie ; dès qu'on s'attache à une grandeur quelconque, les premiers bûchers s'annoncent au bout des regards enflammés ; savoir remplir les stades et les feuilles d'impôts, diffuser les bandes dessinées et les écrans à plasma sont d'excellents outils d'éducation démocratique. | | | | |
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| | | | La liberté disparaît de la circulation, lorsque, à tous les carrefours vitaux, ne se produit plus aucune panne des feux de circulation ; tu ne peux mettre à l'épreuve ta liberté que devant la perplexité ou la permissivité de tous les feux, éteints ou éclairés simultanément. | | | | |
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| | | | L'idéal de la liberté est atteint : le veau d'or se moque et du lion hiératique et du mouton démotique ; l'idéal de l'égalité triomphe : le loup et l'agneau sont assurés de démarrer leur course à partir des mêmes starting-blocks ; quand on s'avisera de se pencher sur la fraternité, on la trouvera tout prête à unir, corps et âmes, les robots que seront devenus les hommes libres et égaux. | | | | |
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| | | | La liberté : dans ton mental, distinguer l'inertie (expérience, langage, intérêts) de la pulsion initiale (déracinement, degrés zéro, pureté) ; une fois la distinction faite, même une décision grégaire devient libre ; sans elle, même le choix le plus original ou loufoque peut être servile. | | | | |
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| | | | Traditionnellement, tout homme de plume, en France, se doit de choisir son camp – à gauche ou à droite. Je ne saurais pas me prononcer : jadis, on pouvait admirer la haute beauté du doute du droitier et/ou la profonde bonté de la conviction du gauchisant ; mais depuis que les deux optèrent pour la plate vérité comme la seule lice de leurs mesquins combats, ni l'âme ni le cœur ne peuvent plus être leurs juges ; seule l'impassible raison salue ou se détourne du gagnant d'une magistrature. | | | | |
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| | | | C'est l'emploi de termes de foule ou d'élite qui place l'homme d'aujourd'hui dans la catégorie de conservateurs ; formellement, j'en fais partie, avec, toutefois, ces deux détails : je vois, que tous les riches sont dans la foule, et presque tout homme d'élite est un naufragé. | | | | |
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| | | | L'essence de l'Occident s'évapore inexorablement ; elle est condamnée à se muer en insipide américanisme. Les USA reproduisent la trajectoire de la Rome affairée, comme l'URSS celle du Carthage erratique. Toutes les deux méprisées par la Grèce, le seul Occident qui mérite un franc respect. | | | | |
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| | | | On connaît la spirale des révolutions : genèse des prophètes, création des apôtres, enfer des inquisiteurs : du vent, du sang, du gang. Le révolutionnaire est un poète, il lui faut des noms. Le conservateur est un homme d'action, il lui faut des verbes ; il ment, il tend, il vend - il ment au cœur, il tend vers la raison, il vend l'âme. | | | | |
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| | | | Il paraît, que le premier supplice du méchant soit son propre rêve ; oh combien plus de supplices des autres débutèrent au siècle dernier par le rêve des grands cœurs ! | | | | |
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| | | | De tout temps, on se doutait bien, que « la propriété, c'est le vol »* (Proudhon), mais les consciences des riches sont aujourd'hui en paix, puisque la loi écrite dédouane désormais toutes leurs saloperies, et la loi morale est morte, suite, d'ailleurs, aux mêmes symptômes que l'agonie de l'art : faute de mécènes à conscience trouble. | | | | |
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| | | | L'extase, comme état d'esprit, devrait être réservée aux seuls gentlemen (et interdite aux moines, avocats ou journalistes). Il faudrait bannir de la scène publique l'exaltation de l'ampleur (Wagner), de la profondeur (Dostoïevsky), de la hauteur (Nietzsche) et bercer les hommes par l'apaisante platitude, ou la mélasse, des Proust, Chopin, Hegel, qu'on glisserait entre les agitations des stades, des Bourses ou des salles de débat des intellectuels parisiens. | | | | |
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| | | | Quels couples pathétiques engendra l'antisémitisme ! Deux grandes Juives, Arendt et S.Weil, admirées par deux grands hommes, proches des nazis, Heidegger et Thibon ; un grand Juif, Celan, aimé passionnément par une Aryenne, fille des nazis, I.Bachmann. Et le suicide comme la plus probable des perspectives des survivants d'Holocauste. | | | | |
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| | | | Un silence écrasant, étouffant, répugnant, ce silence des politiciens ou des intellectuels d'aujourd'hui sur ce que le monde devrait être ; le déferlement du réel, c'est à dire du marchand, dans toutes les sphères, où, jadis, se croisaient des idées, des utopies ou des rêves ; à la mort du poète, les jurés moutonniers interprétèrent correctement son testament, en léguant tous ses biens au robot. | | | | |
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| | | | Au chaos, menaçant le cycle historique, la théocratie oppose l'action de grâces, l'aristocratie – l'action d'éclat, la démocratie – l'action en Bourse. | | | | |
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